La Lune et l’Ampoule, Histoires et chansons de Dario Fo, cabaret musical en deux actes, traduction et adaptation de Félicie Fabre, mise en scène Cathie Biasin et Luciano Travaglino.

Crédit photo : Markus Fauvelle.

La Lune et l’Ampoule, Histoires et chansons de Dario Fo, cabaret musical en deux actes, traduction et adaptation de Félicie Fabre, mise en scène Cathie Biasin et Luciano Travaglino. Musiques de Fiorenzo Carpi Enzo Jannaci, arrangements de Patrick Dray, costumes de Igor Mitrecej, lumières de Karl Big. Avec Patrick Dray et Luciano Travaglino.

Plus de vingt ans après la création, Luciano Travaglino et Patrick Dray reprennent leur duo de cabaret – La Lune et l’Ampoule -, inspiré par l’esprit et la lettre du Prix Nobel de Littérature 1997, Dario Fo (1996-2006). 

Lui-même formait un duo avec Franca Rame. Ces textes des années 1950 sont cocasses et farfelus, entrecoupés des chansons écrites avec le musicien Enzo Jannaci, soit un spectacle caractéristique des débuts scéniques du baladin italien, facétieux et engagé.

Ces chansons farfelues écrites vers la fin des années 60 décryptent une belle élaboration théâtrale : depuis les premiers essais d’écriture, inspirés par les conteurs I Fabulatori du Lac Majeur de l’enfance de l’auteur, où se mêlent Commedia dell’Arte et l’univers médiéval des jongleurs de Mistero Buffo – bataille énergique et satire tonique, politique et société. 

Dario Fo restitue les traits de la commedia dell’arte – jeu insolite et libre avec les corps comiques et voix, improvisation, irrévérence – pour refonder un véritable théâtre populaire. Il assume l’écriture, le jeu, la mise en scène, la conception des décors et des costumes. Comique, il crée un jeu épique, refusant le mimétisme, ayant recours à la parole.

De son côté, le comédien Luciano Travaglino joue de cette gestuelle expressive et allusive, capable d’incarner de nombreux personnages, respectant la distance entre l’acteur et la figure incarnée, et du coup, offrant des perspectives à l’imagination des spectateurs à l’écoute attentive et amusée. 

Clown blanc, il raconte : « Il y avait une fois un vilain… »; aussitôt, l’auguste interroge : « Quoi ? », l’autre répond : « Un paysan ! », et le clown auguste Patrick Dray acquiesce, peu convaincu toujours : « Ah ! Bon ! ». Les répétitions s’enclenchent et n’en finiront pas.

Italien, patois, vénitien, français, le duo scénique formé s’amuse des dialectes, de l’invention d’une langue orale avec onomatopées – effet comique sur la compréhension du sens adressé à l’autre, qu’il ne saisit pas forcément. Jeu sur l’italien et le français.

La farce dans la tradition théâtrale populaire est un moyen d’expression fort, tels les chants populaires traditionnels et leur visée politique. Luciano Travaglino les déclame face à un public complice, consentant d’emblée à ce qu’il chante avec brio et allant.

Dario Fo faisait l’éloge, en 1994, via une lettre milanaise, du théâtre de la Girandole, qui exhibait deux artistes complices et virtuoses aux talents de chanteur, conteur, musicien.

« Un instant leur suffit pour métamorphoser les personnages, pour transformer le climat, troubler l’atmosphère, changer le tempo…,  saisir dans le même instant les plus gros « effets » et la délicatesse du sentiment, la violence d’une réplique et sa contrepartie chargée de tendresse. »

Mélange de violence autoritaire et de douceur, de la part du clown blanc, l’acteur satisfait, et pose victimaire de la part de l’auguste ridiculisé et bafoué qui n’en pense pas moins, un faire-valoir acquiesçant en maugréant aux aux velléités de pouvoir du partenaire-tyran.

Luciano Travaglino et Patrick Dray offrent au public une « jonglerie » enthousiaste, des acteurs maîtres de leur plateau, l’un à son piano et l’autre à ses discours et ses chansons. Inventivité, art de se transformer, les figures populaires et bouffonnes sont vivantes.

Entre autres saveurs, surgit l’histoire du zèbre rustre qui se résoudra à l’apprentissage d’une forme d’élégance inconnue de lui  – il a osé se soulager sur un lion – image de la puissance – auquel il s’opposait.  Or, l’acteur racontera l’histoire du zèbre, même si le musicien ne le veut guère à cause de sa fin tragique : on ne raconte pas que des histoires qui finissent bien – sagesse populaire.

Théâtre, cabaret, chanson et variété, burlesque et absurde, commedia dell’arte, music-hall, La Lune et  l’Ampoule est un enchantement poétique. Sur la scène, le musicien et le chanteur en lesquels chacun se reconnaît – de l’un à l’autre, de l’autre à l’un -, et desquels ne surgit nulle trace d’amertume, de haine, de dépit, mais une tendresse existentielle.

Un spectacle vif et tonique, heureux d’en découdre avec la scène, le théâtre et la société.

Véronique Hotte

Spectacle vu le 17 décembre à La Girandole, 4 rue Edouard Vaillant 93100 – Montreuil. Représentation le dimanche à 17h, du 17 janvier au 21 mars 2021. Et, un spectacle épicurien et philosophique, Recettes immorales et cetera, mise en scène de Charles Lee, avec Félicie Fabre et Luciano Travaglino, du 16 janvier au 20 mars 2020 à 19h, avant-première le 11 janvier à 14h30. Tél : 01 48 57 53 17.

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