Au Bois, texte de Claudine Galea (Éditions Espaces 34), mise en scène de Maëlle Dequiedt (élève sortante du Groupe 42 du Théâtre National de Strasbourg)

Crédit Photo : Jean-Louis Fernandez

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Au Bois, texte de Claudine Galea (Éditions Espaces 34), mise en scène de Maëlle Dequiedt (élève sortante du Groupe 42 du Théâtre National de Strasbourg)

Le « bois » a toujours été intégré au paysage rural traditionnel ; il est souvent aujourd’hui, proche de la ville, une non-zone anonyme d’un quartier périphérique, un lieu de promenade tranquille ou d’errance troublée – un refuge pour sans-abris et autres marginaux du temps -, un espace de jogging ou parcours de santé pour les adeptes du sport salvateur, intégré à la nécessité salutaire et sacrée d’entretenir, malgré ou en dépit de tout, les corps bien malmenés des citadins en souffrance.

Le Bois dont les rêves sont faits (2014) de Claire Simon est ainsi un film éloquent.

Mais à côté du corps, les fantômes nocturnes troublent l’âme toujours, l’inquiètent et l’accablent de craintes et de frayeurs : spectres, démons, revenants, lutins et grands méchants loups. L’impact des légendes reste fort, et le loup à la férocité vorace et la sexualité débridée n’en finit pas de hanter l’imaginaire, restant le bel animal récurrent des contes et dessins animés entre cruauté et érotisme, de Walt Disney à Tex Avery.

L’auteure Claudine Galea s’est amusée des clichés et des récurrences diverses accompagnant l’image frelatée du Loup, du Chasseur et du Petit Chaperon Rouge.

La fable nouvelle et réactualisée s’éclaire de la présence de la Mère et de la Rumeur publique : préjugés, qu’en dira-t-on, jugements à l’emporte-pièce, présupposés soupçonneux, condamnations précipitées et mauvaise foi tenace de la médisance. On ne peut plus faire peur à la petite fille décidée et fascinée par ce qu’elle ne connaît que peu encore : la comédienne Adèle Zouane à la voix acidulée joue l’élève chahuteuse qui secoue et rabroue sa propre mère, jolie encore, qu’elle estime trop passive, réfugiée dans son déshabillé et ses petits plaisirs gourmets, comme si elle échappait toujours à ses rêves de femme aptes au ressaisissement de sa propre vie. Laure Werckmann est magnifique de fantaisie et d’invention dans le rôle maternel, à la fois ludique et irresponsable, réfléchie et fantasque, prête aux rencontres secrètes.

Quant au Loup et Chasseur – la voix colportée du monde -, il joue autant que faire se peut avec la puissance de ses deux compagnes subversives et résistantes ; Joachim Pavy accepte avec beaucoup d’humour et de saveur, et presque à son corps défendant, le mauvais rôle du mâle prédateur et éternel donneur de leçons.

Or, Laure Werckmann sait aussi s’emparer avec fraîcheur du rôle masculin honni.

Le paysage verbal est secoué comme une boisson pétillante : jeux de mots sur la bobinette, la chevillette, les serrures trois points, évocation du « bois » et du désir hasardeux, restes de fêtards, sacs plastique, canettes de bière et préservatifs.

La metteuse en scène Maëlle Dequiedt met en scène ces petites filles éternelles – une adolescente libérée d’aujourd’hui et sa mère qui n’ose pas, deux « belettes ». Toutes deux croisent sur leur chemin loups et chasseurs divers, les premiers chassés par les seconds ou bien, les uns et les autres s’associant dans la complicité.

La scénographie judicieuse de Solène Fourt fait voler des copeaux volatiles d’un noir brillant qui jonchent le sol quand la forêt se fait obscure ; les costumes sont malicieux, un renard autour du cou pour signifier la sauvagerie du loup, une chapka pour le chasseur, pull et chaussures rouge vif pour la chaperonne et déshabillé à la Greta Garbo pour la mère. Et le tour est joué, d’autant que la scène est installée à la manière d’un jeu enfantin de ronde, les comédiens circulant autant dans le dos des spectateurs qu’en face d’eux, de-ci delà, « Loup, y est-tu ? Loup, que fais-tu ?»

Le jeu en vaut la chandelle, le temps théâtral est vif et facétieux, amuseur et amusé.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet – États singuliers de l’écriture dramatique, vendredis 17 et 24, samedis 18 et 25, dimanches 19 et 26 juin. Tél : 01 43 62 71 20

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