Augustin passe aux aveux d’après Les Confessions de Saint-Augustin dans la traduction des Aveux de Frédéric Boyer (éditions POL, 2008), adaptateurs Martine Loriau et Dominique Touzé, mise en scène Dominique Touzé

Crédit Photo : Pascal Gély

004 - Augustin@Pascal Gély.jpg

Augustin passe aux aveux d’après Les Confessions de Saint-Augustin dans la traduction des Aveux de Frédéric Boyer (éditions POL, 2008), adaptateurs Martine Loriau et Dominique Touzé, mise en scène Dominique Touzé

 

Frédéric Boyer s’est essayé avec belle audace à une nouvelle traduction intégrale du texte d’Augustin, berbère de l’Antiquité tardive, brillant intellectuel débauché, qui deviendra Père de l’Église, auteur entre autres des Confessions (401).

Le texte se révèle vif et exigeant, sans nulle tendance à l’évitement ou la compromission.

L’entreprise autobiographique des Confessions tend vainement de saisir le moi, si ce n’est le rapport à soi et la tentative d’une expression personnelle clarifiée.

Mais l’écriture introspective s’éloigne toujours du moi à mesure qu’il se cherche car il est dépassé par une présence divine qui lui est plus intime que sa propre intimité.

À travers l’épanchement de soi, l’énonciateur tend non à la recherche de lui-même mais à celle de Dieu : et le chercheur devient « l’homme le plus homme qui ait jamais été », soit la belle formulation de Musset dans la Confession d’un enfant du siècle.

Telle une odyssée personnelle, un voyage dans le temps de l’enfance à la maturité – la matière mémorielle – et celle de l’écriture, l’œuvre dynamite les cadres anciens.

Dominique Touzé qui interprète sur la scène Augustin passe aux aveux est sensible à ce qu’il nomme la trajectoire contrariée mais inéluctable d’un jeune intellectuel jouisseur vers la révélation de la foi dans la plus grande des humilités. Cet amour de Dieu, au-delà de la haine du corps et du mépris du monde, est qualifié paradoxalement de surhumain : « la mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure ».

Dès les débuts de son éducation et l’apprentissage de la parole, Augustin aime étudier. Malgré les condamnations préventives de sa mère, le jeune homme cède aux péchés charnels. Lors de ses études à Carthage, il reconnaît avoir préféré l’amour humain à l’amour de Dieu : « Je n’aimais pas encore, et j’aimais être aimé ».

L’étudiant avoue sa passion pour les spectacles et le désir de briller intellectuellement : il apprécie particulièrement la lecture de l’Hortensius de Cicéron puis la lecture de la Bible le déçoit. Augustin enseigne à Rome puis à Milan : Ambroise lui révèle la lecture allégorique de la Bible. Il se convertit intellectuellement puis moralement au christianisme, après une crise spirituelle résolue dans le jardin de Milan où il est incité à la lecture de Paul : il renoncera finalement au monde.

Dans la salle moyenâgeuse du bas du Théâtre des Déchargeurs, Dominique Touzé joue à fond l’expansion ultime : « Tu m’as forcé à me faire face. Ce jour-là j’étais nu devant moi. Nulle part où échapper à moi-même ». Le comédien incarne l’homme de chair, éloigné de la posture de spiritualité ou de recueillement sévère du fidèle.

Il se présente debout dans l’embrasure étroite de pierre que surmonte un visage de farce, masque humain ou grotesque condamné à la disparition, que la pierre retient. L’acteur monte ensuite en chaire pour diffuser sa parole – humilité et modestie.

L’interprète est accompagné sur un piédestal central par la fougue de Guillaume Bongiraud, musicien violoncelliste – compositeur pour violoncelle et de musique électro-acoustique et percussions sur l‘instrument (en alternance avec Clémence Baillot d’Estivaux). La musique prégnante et percutante cite autant les Suites de Bach qu’elle voyage librement jusqu’à Carthage, du côté de l’identité berbère de celui qui deviendra pourtant le fondateur de l’identité chrétienne occidentale.

L’acteur incarne un discoureur à la fois sensuel et mystique, proche de Dieu comme du public de spectateurs attentifs à ces paroles infinies de sobres aveux intimes.

Un moment intense et vivant de retour à soi et à l’Autre absolu – quel qu’il soit.

Véronique Hotte

Théâtre Les Déchargeurs, le jeudi et le vendredi du 19 mai au 1er juillet. Tél : 01 42 36 00 50

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s