Ça ira (1) Fin de Louis, une création théâtrale de Joël Pommerat

Crédit photo : Elizabeth Carecchio

2015 juin Theatre des Amandiers

2015 juin Theatre des Amandiers
« Ça Ira /1 Fin de Louis » un spectacle écrit et mis en scène par Joël Pommerat
Décor et lumière: Eric Soyer
Costumes Isabelle Deffin
Avec
Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Éric Feldman, Philippe Frécon, Yvain Juillard, Anthony Moreau, Ruth Olaizola, Gérard Potier, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu, Simon Verjans, Bogdan Zamfir

Ça ira (1) Fin de Louis, une création théâtrale de Joël Pommerat

 

Pour Joël Pommerat, Louis XVI, le seul personnage historique nommé dans sa dernière création intitulée Ça ira (1) Fin de Louis, est une énigme autour de laquelle gravite une myriade de personnages anonymes – même s’ils sont probablement les répliques de figures historiques légendaires – d’un spectacle qui balance entre la fiction scénique et la réalité historique. Le public est invité à la manifestation théâtrale de l’événement fondateur de nos démocraties européennes, la Révolution Française, à travers un esprit dialectique vif, soutenu par les idées de liberté, d’égalité et de fraternité. Les interprètes – instigateurs et suiveurs, manipulateurs et manipulés – de la Révolution à son orée se questionnent sur les intentions royales et leur vie à eux. Le monarque est l’un des fils conducteurs de la séquence historique représentée, depuis la crise financière de 1787 jusqu’au printemps 1791, peu avant la tentative de fuite et de salut ultime du couple menacé. Auparavant, se succèdent des séances de débats et d’échanges, du premier ministre au clergé et à la noblesse, des députés au président de séance, de la salle à la scène, du public en général aux spectateurs ; ainsi, pour exemple, le « blocage » des États Généraux avant la déclaration de l’Assemblée nationale. En représentation civile et moderne, sur la scène mais aussi depuis la salle où sa royauté chemine, quand elle survient à l’improviste depuis les hauteurs les plus élevées des gradins, elle apparaît – le roi en costume et cravate -, telle une apparition sacrée de portrait contemporain en majesté, et son entourage suivi des députés et des parisiens représentés dans leurs lieux de débats et de réunion, la résidence royale et l’Assemblée à Versailles, l’Hôtel de Ville et les assemblées de quartier à Paris. Dans ces lieux à la fois divers et similaires, règne impétueusement l’art du conflit révolutionnaire, de la dispute et des ruptures temporaires ou définitives. Ainsi, la contradiction, l’opposition, l’argumentation, la thèse et l’antithèse, la persuasion et la conviction s’épanouissent à tort et à travers, alimentant l’intrigue vivante en devenir, ses mouvements d’ondoiements en eaux troubles – risques et menaces – jusqu’à parvenir à la libération, « vraie liberté » arrachée aux oppressions.

Le verbe vindicatif et glorieux des locuteurs agissant dans la salle, debout au milieu du public – intervenants, députés, représentants du peuple ou des privilégiés -, que l’on jette violemment à la face de l’assemblée réunie, retient d’emblée l’attention ; chacun consent à son numéro – verbe et gestuelle -, entre fractures collectives et nuances individuelles qui font passer d’un camp à l’autre, abandonnant une posture passée pour une autre nouvelle. Le spectateur assiste à une Histoire qui s’accomplit approximativement sous ses yeux, comme si elle lui était strictement contemporaine.

À travers un contexte difficile – la pénurie des vivres dans la capitale et les provinces, les magasins vides et la famine qui s’installe, et alors que l’on réfléchit à la réorganisation du pouvoir et à l’homme nouveau mu par des valeurs citoyennes de partage et d’échange humanistes -, la fresque scénique correspond à notre inquiétude actuelle, quant à la chute des valeurs démocratiques en Europe.

L’œuvre de Joël Pommerat est portée par le souci politique authentique d’interroger un présent dont les failles économiques, sociales et morales s’approfondissent.

Ses comédiens talentueux – micro HF, costume cravate et perruque de ville, hommes et femmes – incarnent principalement les représentants du peuple en colère, et s’approchent du micro sur le plateau, chacun à tour de rôle pour son propre show ; ils interprètent aussi les citoyens des comités de quartier à la mise modeste. Sur le plateau – le bureau des politiques -, les dépêches se succèdent.

Toutefois, il reste de cette grande messe citoyenne, façon spectacle de candidature à la présidentielle américaine, où chacun est invité à côtoyer les faiseurs de l’Histoire, une résonance étrangement factice. La large« invasion » sonore et répétitive des discours et des débats politiques – radiophoniques ou télévisuels – dans un quotidien standardisé et aseptisé est telle que l’effet de surprise disparaît ; soit la banalité, reprise au théâtre, de plaidoyers successifs et semblables sur la cité.

Les invités – le public – sont conviés à une émission de télévision en live – un plateau de grande messe médiatique -, et les acteurs admirablement engagés profèrent leurs beaux discours sous les sunlights – la quête de la reconnaissance populaire et de la « vraie » liberté, la colère contre les nantis – dans le vide assourdissant de leur micro. Un brouhaha d’où ressort la vanité de discours ressassés, la critique politique est ici atteinte dans la proximité scénique fabriquée.

Malgré les coups et les vociférations du peuple devant les grilles de Versailles, la leçon formelle et complaisante esquive l’exigence attendue de réflexion intérieure.

Véronique Hotte

Nanterre – Amandiers, du 4 au 29 novembre. Tél : 01 46 14 70 00

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