La Volupté de l’Honneur (Il piacere dell’onestà) de Luigi Pirandello, adaptation et mise en scène de Marie-José Malis

Crédit Photo : Willy Vainqueur

La Volupté de l’Honneur (Il piacere dell’onestà) de Luigi Pirandello, adaptation de Marie-José Malis d’après la traduction de Ginette Herry intitulée Le Plaisir d’être honnête (L’avant-scène théâtre n°1318, mise en scène par Marie-José Malis

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Agata Renni (Sylvia Etcheto) attend un enfant d’un homme marié, le marquis Fabio Colli (Victor Ponomarev), amant sincère mais qui tient à protéger son épouse. Cet aristocrate imprévoyant et la mère de la jeune femme, Maddalena (Michèle Goddet), incapables d’affronter dignement le déshonneur de la situation, décident de faire appel à un tiers pour le rôle d’époux symbolique et de père légitime. Angelo Baldovino (Juan Antonio Crespillo), ami d’enfance du cousin de Fabio (Olivier Horeau), accepte de jouer la comédie pour sauver les apparences de l’honnêteté. Or, le rédempteur – homme déchu et déconsidéré par l’histoire d’une ruine familiale – décide, à travers une entreprise personnelle de rachat moral, de pousser l’honnêteté dans ses conséquences extrêmes en humiliant le monde alentour, tel un compagnon de raccroc de gens bien nés et en même temps, le fossoyeur patient du trio initial.

Marie-José Malis, directrice du CDN – La Commune d’Aubervilliers, met en scène avec simplicité et magnificence La Volupté de l’Honneur (1918), l’histoire singulière d’un homme qui cherche à se modifier et à transformer le monde en jouant la vertu. La pièce donne une vision satirique de cette aristocratie mêlée au monde des affaires, soulignant moins le jeu des mondanités que la configuration morale douteuse de cette catégorie sociale. Agata, l’honnête « coupable », se révolte contre le simulacre inventé. La mère et le marquis ne savent que soupirer et pleurer, démunis, coupés à la fois du monde et d’une parole libératrice et autonome qui briserait les douleurs d’un silence imposé. Sinon, plus généralement, entre la mère et les amants, se dégage un mélange de honte, de répulsion et de bonne volonté jusqu’à l’entrée en scène du sauveur. L’homme dit prendre les choses en main, déclarant que cette action qu’on lui demande est vile, se considérant lui-même comme vil. L’intrus n’en a pas moins une dignité à défendre, mais ce qu’on lui demande n’est pas déshonorant. Revenu de sa malhonnêteté initiale, il préfère jouer et vivre à présent l’honnêteté – un dialogue de soi à soi et face à l’autre sans mensonge ni fard, en s’obligeant à une observance morale rigoureuse, individuelle et collective. L’hypocrisie d’une moralité de façade – un pathétique de convention – est décrite avec précision par le nouveau philosophe et le rêveur, enclin à réfléchir douloureusement sur sa posture existentielle. Le marquis, figure sociale figée, ne comprend pas cette rédemption de la Vie par la Forme à laquelle aspire son rival.

Celui-ci déjouera pourtant le piège et le stratagème que le marquis malhonnête lui tend : l’expression maladroite d’une aristocratie bourgeoise en perte d’inspiration.

Le mari d’emprunt ne volera pas l’entreprise de Fabio qu’il gère admirablement.

La scénographie s’installe dans un univers radieux de soleil éblouissant, versé généreusement sur les parois blanches de chaux de la villa italienne solaire : petit escalier intérieur, portes dérobées, chaises de terrasse abandonnée, un paradis.

Les acteurs vivent pourtant des souffrances intérieures infernales non formulées ; ils parlent comme ils pensent, suivant le fil des méandres d’une conversation intérieure, l’expression d’un verbe poétique intense, vécu au plus près de l’âme et du cœur. Les personnages revêtent une identité existentielle de grande beauté, et le public, éclairé comme les figures scéniques, ne dissocie pas le comédien de sa personne, entraînant du coup le spectateur à sa suite, un autre lui-même assis sur son siège.

Le théâtre et sa machinerie s’amusent sur le plateau, des ouvertures apparaissent dans le lointain, découvrant le plateau technique et métallique nu ; une porte découpée dans le mur de la villa se renverse d’un bloc sous les yeux du public.

Fiction et réalité, théâtre et vie, tous les assemblages se combinent pour composer un présent à soi, une aventure existentielle de tous les instants que chacun construit.

Un somptueux rideau de théâtre de velours rouge est hissé jusqu’aux hauteurs, et le lustre de la salle monte et descend à vue, tandis que tel personnage appuie sur tel ou tel interrupteur pour augmenter ou bien réduire éclairages et lumières d’un soir.

La magie théâtrale s’accomplit, honorée par une parole poétique et de vrais acteurs.

Véronique Hotte

La Commune – CDN Aubervilliers, du 5 au 20 novembre. Tél : 01 48 33 16 16

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