Soulèvement(s), texte de Marcel Bozonnet et Judith Ertel, avec la collaboration de Sophie Wahnich, création collective avec Valérie Dréville, Marcel Bozonnet, Richard Dubelski

Crédit Photo : Pascal Gély

SOULEVEMENT(S) Texte de Marcel Bozonnet et Judith Ertel d apres les texte d Olympe De Gouges, Abdel Wahab Meddeb, Mirabeau, Robespierre, Antonin Artaud,... Avec :  Marcel Bozonnet Valerie Dreville Richard Dubelski Lieu : Theatre de Chelles Ville : Chelles Le : 03 10 2015 © Pascal GELY

SOULEVEMENT(S)
Texte de Marcel Bozonnet et Judith Ertel
d apres les texte d Olympe De Gouges, Abdel Wahab Meddeb, Mirabeau, Robespierre, Antonin Artaud,…
Avec :
Marcel Bozonnet
Valerie Dreville
Richard Dubelski
Lieu : Theatre de Chelles
Ville : Chelles
Le : 03 10 2015
© Pascal GELY

Soulèvement(s), texte de Marcel Bozonnet et Judith Ertel, avec la collaboration de Sophie Wahnich, création collective avec Valérie Dréville, Marcel Bozonnet, Richard Dubelski

 

Le soulèvement évoque un mouvement massif de révolte – émeute, insurrection – contre un oppresseur. Cette révolte correspond au souci du monde, à l’indignation devant l’inacceptable et à l’origine d’une action salvatrice. Image traditionnelle de violence collective, de rébellion, d’émeute, le soulèvement signifie le refus d’accepter une situation, le rejet de l’absurdité du monde et celle de la condition humaine.

Et plus elle est collective, politique et sociale, plus la révolte gagne en force.

Le texte de Soulèvement(s) de Marcel Bozonnet et Judith Ertel est inspiré par les soulèvements dans les pays arabes, les mouvements populaires qui ont surpris le monde alentour, au-delà de l’urgence de cette légitimité revendiquée, rappelant, comme si on l’avait oublié, que le peuple réagit contre l’oppression qui la blesse.

Grâce à la lecture de l’ouvrage de Sophie Wahnich, Histoire d’un «  trésor perdu », la transmission de l’événement révolutionnaire (1792-2012), les concepteurs ont revisité les valeurs de la Révolution française – matrice de Soulèvement(s) -, souvent des références elles-mêmes brandies par les acteurs et témoins des révolutions arabes. Aussi le spectacle s’attache-t-il à rendre compte de trois soulèvements populaires, émaillés de discours et de revendications claires, par le biais d’anonymes : l’insurrection de Saint-Domingue de 1791, pour l’égalité des hommes, les émeutes du sucre à Paris de janvier 1792, pour le droit aux subsistances, et la manifestation qui conduit le peuple de Paris à l’Assemblée Nationale le 20 juin 1792, pour la souveraineté populaire et la résistance à l’oppression.

À cette période de laboratoire révolutionnaire, font écho les séquences historiques et les témoignages des événements contemporains qui ont eu lieu en Tunisie, en Syrie et en Egypte. Le soulèvement procède d’une posture, d’une action, d’un bouquet de sentiments, d’un jugement moral et d’une attitude métaphysique : « La révolte prouve (…) qu’elle est le mouvement même de la vie et qu’on ne peut la nier sans renoncer à vivre » (L’Homme révolté de Camus).

Le montage de Soulèvement(s) cite, entre autres, les pensées de Bossuet, Hugo, Mirabeau, Césaire, Robespierre, Sophie Wahnich et Haïm Burstin. À côté du pouvoir d’évocation de la parole, la mise en scène – une partition verbale et gestuelle ouvragée et méthodique, tant individuelle que chorale – est chorégraphiée avec grâce, s’appliquant à témoigner de l’énergie et de la force des corps en mouvement, leur poussée, leur marche sous le flux de l’enthousiasme, de la colère, de la confrontation avec le risque et le danger, de la mise à distance de la peur de la mort.

Dans un décor délicat dont la scénographie revient à Renato Bianchi et les lumières à Nicolas Barraud, les acteurs et performers Valérie Dréville, Marcel Bozonnet et le percussionniste Richard Dubelski font les cent pas sur la place de Grève, cheminent dans les rues de Paris, marchent d’un pas allègre du faubourg Saint-Marcel au faubourg Saint-Antoine, rencontrent les artisans et les petits métiers de Paris, courent, ralentissent la cadence puis accélèrent le rythme, avancent et poussent sans se lasser : « Dans le vacarme, le chaos de la circulation et les cris, le cortège marche vers la Seine. Les manifestants longent les ports et arrivent au pont de Sully ». Peu avant, le spectateur a écouté attentivement une manifestante qui se rend sur la place Tahrir, l’une des places égyptiennes les plus emblématiques du Caire, le 25 janvier 2011 : « … moi aussi, aujourd’hui, je tuerai ou je serai tuée ! Je me suis dirigée vers Abbasia pour rejoindre le cortège allant vers le palais présidentiel. On a tous marché en chœur. On pouvait entendre nos pas frapper le sol comme si nous étions une armée. Mon cœur battait si vite… »

La donnée dramaturgique et scénique ne manque pas d’intérêt, elle apparaît comme passionnante et même porteuse d’espoir, pour ce qui est de la confiance populaire. Or, de même que la Révolution française ne représente pas non plus une vérité en soi, à laquelle tout mouvement contestataire devrait obligatoirement se référer ; de même, la notion de Peuple – variable – ne représente pas non plus une vérité en soi. Penser les événements de1789, c’est réfléchir l’Histoire dans le recul des faits, ce que n’autorisent pas les révolutions arabes dont le sang versé n’a pas séché et dont les aboutissements politiques, économiques et sociaux restent encore en question.

La réserve vient du raisonnement choisi plus que de l’engagement scénique et humaniste dont font preuve les interprètes, réactifs aux bouleversements du monde.

Véronique Hotte

Maison des Métallos, du 9 au 25 octobre. Tél : 01 47 00 25 20

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