Quoi, mise en scène Marc Vittecoq – La Vie brève, jeu et écriture collective Margot Alexandre, Jean-Baptiste Azéma, Caroline Darchen, Raphaël Defour, Nans Laborde-Jourdàa, TamaÏI Torlasco

Crédit photo : Marc Vittecoq

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Quoi, mise en scène Marc VittecoqLa Vie brève, jeu et écriture collective Margot Alexandre, Jean-Baptiste Azéma, Caroline Darchen, Raphaël Defour, Nans Laborde-Jourdàa, TamaÏI Torlasco

 

Assis au milieu du public, sur l’un des premiers rangs de la salle installée sur la scène, déconstruite selon un plateau tri-frontal, un homme jeune en débardeur, se lève, muscles apparents et bras levés, et lance sa belle amertume contre la dureté du monde. Au cours de cette représentation de Quoi – rien à voir avec le titre beckettien, si ce n’est que tout ou rien pourrait alors s’y référer –, un spectacle de Marc Vittecoq et du collectif La Vie brève, le public comprend que celui qui vient de s’exprimer si violemment, quittant les lieux en claquant la porte, n’est autre que l’éboueur désigné dans le texte de présentation.

Les autres comédiens se lèvent de la même façon discrète de leur siège anonyme, assis au milieu des spectateurs, comme s’ils appartenaient à un cours de théâtre et que chacun allait faire son impro, le plus souvent en se confrontant à l’autre.         Une professeure des écoles s’attendrit sur la spontanéité de sa classe mais s’émeut quand certains jeunes élèves s’inventent des auto-agressions pour se distraire, tandis que le partenaire de la dame l’écoute en s’étonnant plus ou moins. Ces scènes ont l’allure de comédie charmante un peu mièvre. Une comédienne raconte à une amie, après avoir joué avec elle une scène mouvementée de série « serial killers », le programme de ses week-ends comme coach professionnel, jeux de rôles et fictions d’un jour ou deux, pour cadres.

Pour noyau du spectacle, la situation racontée implicitement d’un père et patron malade en train de mourir ; la succession de l’entreprise revient au fils aîné, à moins que l’on tienne compte des dernières paroles du mourant accordant sa préférence au cadet, selon les dires non vérifiables de ce dernier au grand frère. Il est question encore de relations entre patron et employé – de menaces de licenciement sur quatre-vingts employés ; le bientôt ex-salarié signifie sa différence d’avec le directeur, en lui rappelant que, s’il peut lui arriver, à lui l’employé, de venir tailler la haie du jardin de son patron, l’inverse reste improbable : jamais le second ne taillera la haie du premier. Sur la sellette donc, la précarité du travail et l’argent dont il est besoin pour vivre, les relations socio-économiques de pouvoir et d’exploitation, mais aussi et heureusement l’amour et les sentiments.

Les acteurs jouent à merveille les rencontres hasardeuses, la tendresse qui peut circuler et se déployer, de l’un à l’autre, devant les toiles d’un musée. Les hésitations diverses – mutuelles et réciproques -, la naissance ineffable du trouble et l’impossibilité de contrôler celui-ci, la peur de perdre son identité et son quant à soi, la difficulté de s’inscrire dans l’existence, font le miel du jeu subtil des interprètes. Le collectif de La Vie Brève est talentueux quand il fait surgir aux yeux du monde les mouvements intérieurs et éternels qui bouleversent les jeunes êtres en herbe. Toutefois, le spectacle en soi semble un peu trop léger, en dépit du travail fourni, tournant en rond comme un miroir que les acteurs se tendraient à eux-mêmes et entre eux, sans jamais s’extraire de la protection de leur cocon initial.

La pratique d’écriture collective de La Vie brève, sincère et efficace, prendrait de la graine et plus de confiance en elle, en se confrontant à une vraie et solide matière.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité Internationale, du 12 au 24 octobre. Tél : 01 43 13 50 50

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