Lettres à Elise, texte de Jean-François Viot, mise en scène de Yves Beaunesne

Crédit photo : Guy Delahaye

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Lettres à Elise, texte de Jean-François Viot, mise en scène de Yves Beaunesne

 Directeur de la Comédie Poitou-Charentes – Centre dramatique national – et metteur en scène, Yves Beaunesne offre dans la liste des spectacles proposés pour la commémoration de la Guerre 14-18 un témoignage des plus justes et pertinents.

Le spectacle Lettres à Elise de Jean-François Viot est inspiré de correspondances réelles, soit la Grande Histoire entrelacée aux petites histoires intimes et familiales.

Un instituteur appelé sur le front, laisse au pays sa femme enceinte et ses deux enfants – c’est l’épouse qui sera auxiliaire d’enseignement pour la classe restée sans maître, accueillant du même coup quelques Belges en exode qui aideront à la ferme.

Sur le plateau et dans la belle scénographie de Damien Caille-Perret, le comédien Elie Triffault officie seul – lisant, ou bien faisant revenir à sa mémoire certaines images d’un passé récent au village avec son épouse et les siens, ou anticipant encore les permissions qui tardent et finissent par arriver, plus ou moins bien.

L’acteur évoque, commente et décrit sa situation précaire, conversant sans fin. Derrière lui, une paroi de verre et de fer, perspective de baie vitrée de classe qui sert aussi de tableau d’école sur lequel le soldat dessine pays en guerre et petite famille.

Sur la paroi vitrée, des images vidéo laissent entrevoir la silhouette féminine aimée qui peu à peu prend en charge la déclamation de ses lettres de réponse émues.

Figure fugitive, fantôme gracieux en noir et blanc, Elise semble glisser sur le sol.

Peu à peu, la comédienne Lou Chauvain apparaît en transparence, à la fois proche et lointaine, distante et infiniment présente à travers l’entrain d’une voix et d’un corps.

L’histoire s’élabore à plusieurs car Elise a partie liée et indéfectible avec Jean.

Du côté du soldat, les copains de régiment restent soudés depuis le service militaire et forment une autre famille pour le mari mobilisé sur le front. Du côté d’Elise, on note l’accouchement de Jeanne – la petite dernière -, les notes scolaires de Camille et d’Arthur, les aînés, et puis l’arrivée d’un enfant et d’un adulte belges.

Du côté du front, un Noël « partagé »  éphémère entre soldats allemands et français.

Avec des supérieurs hiérarchiques tyranniques, capables de tuer le responsable de la petite compagnie, Victor, bien-aimé de tous et fusillé, aussitôt remplacé par Jean.

Violence et brutalité des chefs haineux, sentiment de trahison chez les soldats, la guerre indigne est sociale encore, au-delà des qualités des camarades proches.

La vie d’Elise s’organise au village ; les étrangers de Belgique apportent leur lot d’humanité. Des instants comiques avec le jeu mimique et ludique de Jean qui, à la lecture de la lettre d’Elise, imite la Comtesse du village, altière, exigeante et cruelle, qui ne livre pas de bois suffisant pour chauffer l’école mais protège son fils du front.

La vie va, par-delà les horreurs de la guerre, les blessures, les amputations, les séjours à l’hôpital et avant l’instant fatal de la mort qui survient sans prévenir.

Des images d’archives silencieuses de nos poilus sur le terrain sont projetées.

Un spectacle précis et poétique, au plus près de la qualité existentielle des êtres.

Véronique Hotte

 

Théâtre de L’Atalante 10 place Charles-Dullin 75018, du 23 mars au 14 avril. Tél : 01 46 06 11 90

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