Alors que j’attendais, texte et dramaturgie de Mohammad Al Attar, mise en scène de Omar Abusaada – spectacle en arabe surtitré en français

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Alors que j’attendais, texte et dramaturgie de Mohammad Al Attar, mise en scène de Omar Abusaada – spectacle en arabe surtitré en français

Quelque part en Syrie, un jeune homme est plongé dans le coma tandis qu’il continue de vivre au milieu des siens en esprit, éveillé mais invisible à tous.

À travers cette présence irréelle, le patient entre vie et mort qui a milité pour les droits démocratiques de son pays, observe le quotidien de la vie réduite et empêchée de ses proches.

Le presque fantôme est en compagnie scénique d’un autre jeune, un DJ ouvert qui a connu la prison et dont l’expérience politique autre est passée par la police politique de Bachar El Assad d’abord, force conservatrice attisée contre la Révolution en herbe et qui sera bientôt fauchée, puis par les camps djihadistes de Daesh, avant de réaliser que les deux camps mortifères se ressemblaient.

Les deux figures juvéniles qui ont connu la violence physique – torture, tabassage ou prison – sont installées dans les hauteurs, sculptures vivantes au-dessus de la scène.

De là, ils observent les leurs qui vivent et existent, un piédestal qui les isole, s’adonnant à la musique dont ils ont fait une passion, bien que le jeune dans le coma descende régulièrement auprès de sa mère, de sa sœur, de sa fiancée et de son ami, sur le plateau, se faufilant derrière chaque personnage sans être vu ni perçu.

Ceux-ci s’acharnent à recomposer le film que le jeune homme préparait – témoignages de la rue et de l’Histoire – manifestations d’un pays qui bouge et tente.

Les forces vives des amis n’en finissent pas de réfléchir, de se poser des questions sur le présent et l’avenir du pays, engagés du côté du mouvement sans pourtant agir, produire ni décider pragmatiquement et effcicacement : partir ou bien rester ?

Pour le metteur en scène Omar Abusaada, cinq ans après la Révolution, le spectacle Alors que j’attendais est l’occasion de faire le point sur la Syrie : le pouvoir en place n’est pas le seul obstacle à l’émergence d’une société nouvelle pour une génération dont les idéaux politiques régénérateurs animent la vie et les projets.

Un défaut manifeste apparaît dans la construction initiale de la société syrienne et son système familial, systématiquement orienté vers le père et la religion.

Le père dans la pièce, apparemment dans les affaires et la manipulation de l’argent, n’a guère été présent auprès de sa femme et de ses deux enfants. Celle-ci s’est plongée et immergée dans la religion, lecture fébrile du Coran et port du voile qu’elle a voulu encore imposer à sa fille et dont celle-ci s’est libérée en fuyant au Liban.

Les violences commencent dans la famille et le regard qu’on porte sur l’autre – trouver sa raison d’être, une identité d’emprunt pour exister devant l’autre.

La justice sociale ne peut être qu’atteinte qu’à l’échelle plus large du monde.

Sur la scène, les acteurs sont précis et convaincants, engagés dans leurs convictions politiques d’un renouveau possible et plein d’espoir, même si ce futur immédiat à atteindre se présente comme marqué d’obstacles et de heurts.

Le spectacle fait la part belle à la mesure et à la force délicate des attachements.

Saluons Mohamad Al Refai, Mohammad Alarashi, Fatina Laila, Nanda Mohammad, Amal Omran, Moulad Roumieh.

Véronique Hotte

Festival d’Avignon, Gymnase Paul Giéra, les 8, 9, 11, 12, 13 et 14 juillet.

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