La Pensée de Leonid Andreïev, traduction, conception et interprétation d’Olivier Werner

La Pensée de Leonid Andreïev, traduction, conception et interprétation d’Olivier Werner

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Olivier Werner – traducteur, adaptateur, metteur en scène et interprète – poursuit avec constance sa trilogie de l’enfermement avec La Pensée de Leonid Andreïev, spectacle qui fait suite à After the end de Dennis Kelly, donné cet automne à la Fabrique mc11 à Montreuil, et précède La Coquille de Mustahfa Kalifé de la saison 2013/2014.

Pour l’acteur et homme de théâtre, La Pensée de Leonid Andreïev traite du lien étroit entre l’incarcération physique et l’incarcération mentale. Leonid Andreïev (1871-1919), anti-tsariste puis antibolchévique, est un visionnaire, quant au destin de la Russie du siècle dernier. Chroniqueur judiciaire, alcoolique et hanté par la mort, il n’en découvre pas moins sa propre vocation littéraire.

Peut-être a-t-il imaginé le sujet ombrageux de La Pensée lors d’un cas réel rencontré professionnellement. Le médecin Kerjentsev est le protagoniste de La Pensée, une pensée à la fois libre et sous contrôle qui pourrait être le véritable personnage de l’œuvre.

Quand le spectateur le découvre sur scène – un espace froid et réduit, sur-éclairé par la crudité des néons, dont le sol est constitué de caillebotis métalliques -, Olivier Werner alias Kerjentsev est interné dans un hôpital psychiatrique. Meurtrier de son meilleur ami, son statut juridique est encore indéterminé.

Il écrit huit feuillets qui lui permettront de s’adresser aux experts médicaux chargés d’observer son état mental pour statuer sur son sort : l’asile ou la prison à vie. Le meurtrier malgré lui ( ?) s’adonne à une introspection des plus précises, une auto-analyse vertigineuse qui finalement met en scène deux êtres, les symptômes désignés d’une forme de schizophrénie.

Si, en effet, le criminel fait preuve de lucidité et de clairvoyance, quant aux conditions exactes de son « histoire » tragique, il manque en même temps de capacité à proposer une vue d’ensemble de sa situation. Il ne délie pas les fils emmêlés du scénario – les raisons de son acte, la jalousie …

La folie pure ou bien la démence est finalement le refuge du discours apparemment « bien sous tous rapports » de l’accusé. L’écriture des feuillets que leur auteur porte à la connaissance des experts-spectateurs suit les circonvolutions d’une réflexion extrêmement maîtrisée, une méditation qui se déroule peu à peu dans le vide et le néant de l’incohérence à mesure que passent le temps et l’infini du discours.

Olivier Werner est un dément parfait, bien mis, correct et bcbg, toutes marques qui pourraient cacher un déséquilibre latent. Le comédien fait les cents pas dans sa cellule, dévidant une logorrhée de paroles pourtant articulée, construite, d’un point de vue formel, mais dont le sens échappe toujours.

C’est en serviteur du verbe seul que l’acteur s’impose sur le plateau, dominant et brillamment dominé par une langue qui l’enserre et l’enferme peu à peu dans le filet de la démence d’un pantin masqué. Plus on porte foi à ses propos de beau parleur, plus on doute. Qui est fou ? L’interprète, le personnage… à moins que ce ne soit le spectateur.

Une plongée troublante dans les arcanes d’une conscience introuvable, enfuie ou échappée dans les limbes d’un au-delà de soi et de la raison. Une vraie performance qui tient le public en haleine.

Véronique Hotte

Festival Off Avignon – Le Nouveau Ring, impasse Trial, du 7 au 30 juillet à 12h10. Tél :  06 58 21 34 36

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