Jean Zay, l’homme complet, d’après « Souvenirs et solitude » de Jean Zay, adaptation et jeu de Xavier Béja, mise en scène de Michel Cochet.

Crédit photo : David Ruellan

Jean Zay, l’homme complet, d’après « Souvenirs et solitude » de Jean Zay, adaptation, jeu de Xavier Béja, mise en scène de Michel Cochet. Vidéo Dominique Aru, lumières Charlie Thicot, création sonore Alvaro Bello, collaboration artistique Sylvie Gravagna et Philippe Varache.

« Au côté d’hommes, comme Pierre Cot ou Pierre Mendès France, Jean Zay (1904-1944) appartient aux rangs de l’aile gauche des Jeunes radicaux qui veulent rénover le programme de leur parti pour l’adapter à la situation nouvelle issue de la Première Guerre. Il participe dès 1931 aux congrès nationaux du Parti radical et y apparaît comme une des étoiles montantes du parti.

Nommé par Léon Blum, en juin 1936, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du premier gouvernement de Front populaire, il conserve ce poste sous les divers gouvernements qui se succèdent jusqu’en 1939. Homme de gauche, il réforme le système d’enseignement avec la volonté de corriger les inégalités d’origine sociale et en établissant la sélection par le mérite. 

Il prolonge la scolarité obligatoire de treize à quatorze ans, limite à trente-cinq le nombre d’élèves par classe, rend l’éducation physique obligatoire, généralise la médecine préventive pour les étudiants et crée un Comité supérieur des œuvres sociales en faveur des étudiants. L’École Nationale d’Administration ne verra le jour qu’après la guerre ; il est aussi l’initiateur du Centre National de la Recherche Scientifique. Ministre des Beaux-Arts, il donne l’impulsion à la création du Musée d’Art moderne et du Musée national des Arts et Traditions populaires, et dépose un projet de statut du cinéma français et prépare pour septembre 1939 le premier festival de Cannes.

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, Jean Zay donne sa démission du gouvernement pour remplir ses obligations militaires. Hostile à l’armistice qui se profile, il s’embarque sur le Massilia le 21 juin 1940 avec vingt-six parlementaires pour continuer en Afrique française le combat contre l’Allemagne nazie. Arrêté au Maroc par le résident général Charles Noguès, sur ordre du gouvernement Pétain, il est transféré en France et traduit devant un conseil de guerre qui le condamne à la détention à perpétuité pour « abandon de poste et désertion devant l’ennemi » ! 

Incarcéré à Clermont-Ferrand, puis à Marseille, avant la prison de Riom, il rédige un journal de captivité Souvenirs et solitude – réflexions et souvenirs sur sa vie politique. C’est à Riom que les miliciens viennent l’enlever le 20 juin 1944 pour l’assassiner dans un bois près de Cusset (Allier). Son corps ne sera retrouvé qu’en septembre 1946. » (Serge Berstein, Encyclopedia Universalis)

Jean Zay, l’homme complet, création de la Compagnie Théâtre en Fusion, invite à ce que résonne sur la scène la dimension existentielle de l’homme pris dans la tourmente de l’Histoire, en même temps que celle, visionnaire et pragmatique de la sagesse, de l’humanité et de la clairvoyance d’un être d’exception au destin tragique, et aussi le voyage d’une conscience entre présent et passé.

Un mouvement qui se re-crée sur la scène entre le personnage et le public, d’une époque à l’autre.

Le protagoniste tente de rester au « complet » – joie, colère et humour. Pour le metteur en scène Michel Cochet, ce récit de captivité témoigne de la conscience exemplaire d’un des bâtisseurs méconnus du Front Populaire, fervent démocrate à qui l’on doit nombre d’institutions, l’éducation populaire, l’éducation physique et la leçon de choses hors les murs scolaires, sur le terrain.

Jean Zay incarne ce que Vichy déteste : le Front Populaire, les Juifs, la Franc-maçonnerie, la République radicale, l’enseignement public, la résistance à Hitler. Le spectacle solo de Michel Cochet par Xavier Béja offre le combat d’un homme luttant contre son anéantissement moral.

                        « Souvenirs et solitude » : le journal de captivité 

En prison, il tient un journal durant le temps de sa captivité. En dépit de la dureté de ses conditions de détention, il consacre l’essentiel de ses forces à cet ouvrage qu’il comptait publier plus tard. Chronique du quotidien d’un captif – regard sur son action passée et sur la France de l’époque.

A la fois politique, résistant, écrivain et penseur, le « héros »est incarné par Xavier Béja – réserve et exaltation -, selon une réflexion en mouvement qui transcende le doute ou le désespoir, animée par des convictions humanistes – valeurs citoyennes, intérêt public, courage et compassion.

L’acteur figure avec brio cette élégante présence au monde : solitude, optimisme, force de vie. Il se sent vivre dans son manteau qui le protège du désastre du froid et de l’isolement ou bien dans son costume complet, assis à une petite table pour écrire, ou faisant encore les cent pas dans sa cellule et la petite cour attenante qui lui sert de jardin; il s’évertue à y faire pousser plantes et fleurs, en bêchant un petit carré de terre que surplombe la lumière du ciel étoilé ou celle du soleil.

Une fois, il a eu l’accès, du regard, à la petite place, face à la Maison d’Arrêt de Riom, il a vu les habitants de la bourgade animée, petite foule colorée et vive qu’il n’avait pu observer depuis un an.

Des images s’invitent sur le petit écran de drap blanc et la vidéo de Dominique Aru : archives, relevant d’une part, du contexte historique – cartes postales, affiches de films, Festival de Cannes, Front populaire, sorties scolaires, colonies de vacances et d’autre part, extraits d’actualités du temps, avec accélération ou ralenti au rythme de la composition musicale originale d’Alvaro Bello.

L’interprétation éclaire un espace mental poétique, la fenêtre imaginaire d’une prison, échappée par la mémoire – images de campagne ensoleillée, de nature lumineuse et d’oiseaux, d’énergie et de mélancolie, où est pressenti encore un destin funèbre, mer brumeuse et bouillons de vagues.

En attendant, Xavier Béja, silhouette longiligne, compose avec sincérité un héros de notre temps.

Du 17 au 19 février 2022 à 19h30, Anis Gras – Le lieu de l’Autre,  55, avenue Laplace- 94110 –Arcueil. Du 7 au 30 juillet 2022 à 11h30, Le Théâtre des Vents. (Festival off d’Avignon). Du 30 septembre au 24 octobre 2022, Le Théâtre Le Local – Paris 75020. Du 24 au 26 novembre 2022 (+ représentation scolaire le 25 novembre à 14h30) Anis Gras – Le lieu de l’Autre,  55, avenue Laplace- 94110 – Arcueil.

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