Parages 08 -La revue du Théâtre National de Strasbourg avec deux focus : l’un sur l’auteur Martin Crimp et l’autre sur les éditions Les Solitaires Intempestifs.

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

Parages 08 -La revue du Théâtre National de Strasbourg – Revue de réflexion et de création consacrée aux auteurs contemporains – deux focus : l’un sur l’auteur Martin Crimp et l’autre sur les éditions Les Solitaires Intempestifs.

Parages est une revue de réflexion et de création, fondée par Stanislas Nordey – directeur du Théâtre National de Strasbourg, conçue et animée par Frédéric Vossier, auteur et conseiller artistique au TNS. Parages 08 propose deux focus : l’un porte sur un auteur majeur de notre temps, Martin Crimp, et l’autre sur les Solitaires Intempestifs, maison d’édition rayonnante.

Martin Crimp – un auteur de notre temps.

Martin Crimp est un auteur dramatique majeur de la scène européenne actuelle, écrit Frédéric Vossier. Ses textes en France sont publiés aux éditions de l’Arche et ont été créés par de nombreux metteurs en scène depuis 2000 – Rémy Barché, Hubert Colas, Daniel Jeanneteau, Stanislas Nordey, Christophe Rauck… 

L’écriture de Martin Crimp, intime et politique, renouvelle les « territoires mouvants de la dramaturgie contemporaine », questionnant autant les violences des hommes aujourd’hui que les « systèmes perceptifs » de ces violences. Sylvain Diaz, chercheur en études théâtrales, inscrit d’ailleurs cet auteur dans la tradition d’un théâtre clinique et non pas critique. Martin Crimp serait l’héritier singulier d’un autre grand dramaturge anglais, Harold Pinter.

Du drame bourgeois à la réécriture des mythes antiques, passant par la pièce-paysage, Atteintes à sa vie, il « façonne une poétique impitoyable pour la scène d’une autonomie irréductible ».

Parages publie l’incipit d’un texte de Crimp en cours, livrant le début d’un vaste projet d’écriture dramatique et choral, composé d’une multitude de voix – Not one of these people – Aucun d’entre eux -, commencé en mai durant le confinement et proposé pour la réouverture post-confinement, du Royal Court Theatre de Londres. Christophe Pellet et Guillaume Poix traduisent l’oeuvre.

Christophe Pellet raconte la complicité épisodique de son histoire croisée avec l’auteur anglais, tandis que l’auteure Pauline Peyrade et le metteur en scène Rémy Barché inventent une fiction sur un couple d’artistes échangeant sur les constructions dramaturgiques d’une oeuvre tentaculaire.

Le photographe Jean-Louis Fernandez saisit – bureaux des éditions de L’Arche, rue ou restaurant -, l’instant partagé entre Martin Crimp, Anglais à Paris, et Claire Stavaux, son éditrice en France. 

Quant à la romancière Alice Zeniter, elle avoue sa frayeur devant le sort réservé aux enfants dans les pièces de Crimp, re-dessinant avec soin le paysage dramatique de cette enfance malmenée. 

Enfin, la grande comédienne Dominique Reymond nous invite à suivre au jour le jour à travers son carnet les étapes d’un travail de répétition – corps et esprit immergés dans la pièce Le reste vous le connaissez par le cinéma, une réécriture des Phéniciennes d’Euripide par Martin Crimp. Une de ses dernières créations marquantes en France, présentée au Festival d’Avignon 2019 et mise en scène par Daniel Jeanneteau. L’actrice écrit, dessine, illustre, souligne et fait vivre des pages intenses : un bonheur de lecture, la découverte d’un beau paysage mental et artistique.

Parages propose la réécriture par Julien Gaillard, auteur associé au Théâtre du Peuple à Bussang, du mythe d’Oreste – Oreste ou l’Adolescence (théâtre-poème) -, dans le cadre d’un atelier théâtral avec des adolescents. Poème inspiré des Choéphores d’Eschyle, de l’Electre de Sophocle et du monologue dramatique de Yannis Ritsos, Oreste ou l’Adolescence. Les voix de ce théâtre-poème résonnent du « silence d’où se détachent les mots qui le dénudent», commente Olivier Neveux.

Quant à Sarah Cillaire dramaturge et traductrice, elle propose un témoignage-récit – Dire la langue – sur ses traversées dramaturgiques de textes contemporains. Avec le metteur en scène Tommy Milliot, elle a exploré les territoires textuels de Fredrik Brattberg, Lluisa Cunillé, Frédéric Vossier, Naomi Wallace. Et si Tommy Milliot découvre au lycée de Béthune les auteurs flamands, Josse de Pas, Jan Fabre, Jan Lauwers…, Sarah Cillaire, depuis son lycée de Montluçon, bénéficie du voisinage des Fédérés avec l’utopie rurale d’Olivier Perrier et des spectacles sous chapiteau du Footsbarn Travelling Theatre. Elle se souvient des répétitions de Chantal Morel adaptant Jean Vautrin ou celles de Didier Bezace montant Le Piège d’Emmanuel Bove. Elle croise la route de Philippe Delaigue, Eugène Durif… Un événement marquant, Violences de Didier-Georges Gabily.

Et Fanny Mentré signe un inédit, L’Idole, un texte hantologique – formule derridienne – où est discutée la question de notre rapport aux morts, une parole-force d’affrontement et de libération.

Notre confrère particulièrement attentif Hugues Le Tanneur livre un entretien passionnant – L’écriture est une quête absolue de l’inconnu – avec Hubert Colas, auteur, metteur en scène, acteur et scénographe, pour qui le théâtre réconcilie sa vocation initiale pour les arts visuels et ses talents de dramaturge. Parallèlement à son oeuvre d’auteur, Hubert Colas se penche naturellement sur les écritures contemporaines auxquelles il offre une visibilité dans ses propres créations, mais aussi depuis 2002, dans le cadre du festival Actoral à Marseille, chaque automne.

Claudine Galéa écrit A chacun ses capacités, une forme brève pour la manifestation Faits d’hiver organisée tous les ans par Simon Delétang au Théâtre du Peuple à Bussang. Une exploration décalée de ce qu’on nomme le « fait divers », menée par un Questionneur – quarantenaire ou cinquantenaire -, une Reine – octogénaire et plus – et son Arrière-petit-fils de vingt-deux ans.

Par ailleurs, Olivier Neveux offre Une étoffe brûlante – Les drames de la sensation de Laura Tirandaz, un « portrait dramaturgique » de l’auteure Laura Tirandaz, une exploration de la texture sensible et tonale de cette écriture. Pour Olivier Neveux, « chaque pièce invente, sans esbroufe, presque discrètement, son dispositif singulier d’énonciation impressionniste, direct ou indirect, parfois épique, d’autres pris en charge par les personnages… » Un regard engagé et avisé.

Une maison d’édition respectée – Les Solitaires intempestifs – 

En 1992, Jean-Luc Lagarce et François Berreur fondent Les Solitaires Intempestifs au sein de la compagnie le Théâtre de la Roulotte, d’autant que les textes d’Olivier Py ne trouvent pas d’éditeur. 

L’auteur du Pays lointain disparaît en 1995, la compagnie est mise en liquidation judiciaire et la maison d’édition renaît en 1998 sous la forme d’une SARL, qui rachète les titres déjà édités : La Nuit au cirque (pour des enfants) (1992) et les Aventures de Paco Goliard (1992) d’Olivier Py, Mon père qui fonctionnait par périodes culinaires et autres…(1993) et Les Drôles : un mille-phrases (1993) d’Elizabeth Mazev, enfin Music-hall (1992) et Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (1995) de Jean-Luc Lagarce.

Dès lors, « le travail et l’image des Solitaires Intempestifs dépendront complètement de la personnalité de François Berreur et de la figure fondatrice de Jean-Luc Lagarce », écrit fort à propos Pierre Banos dans sa thèse sur l’édition théâtrale en France, soutenue en 2008.

François Berreur a vaillamment bâti, note à son tour Frédéric Vossier, une maison dont la ligne éditoriale ne se départit pas de l’exploration d’un théâtre de création audacieuse et innovante.

Sont publiés, entre autres auteurs, le Théâtre complet de Jean-Luc Lagarce (Tomes 1, 2, 3 et 4), les textes dramatiques de la collection « Bleue », les emblématiques Ronan Chéneau, Rodrigo Garcia, Jean-René Lemoine, Angélica Liddell, Pascal Rambert, Pauline Sales, Jean-Pierre Siméon, Ivan Viripaev, Mohamed El Khatib, Lazare et Pauline Peyrade. S’impose la collection « Du désavantage du vent », avec les ouvrages d’Anne- Françoise Benhamou et Bruno Tackels, celle des « Classiques contemporains » – le mythique Loin d’Hagondange de Jean-Paul Wenzel.

Jean-Pierre Thibaudat brosse un portrait amusé et tendre d’un homme discret, François Berreur : « …Quelques aventures, ruptures, éloignements et brouilles plus tard, La Roulotte se résume à un trio : Jean-Luc (l’auteur s’affine et s’affirme comme metteur en scène), Mireille Herbstmeyer  (l’actrice) et François (le « beau jeune homme »devenu acteur). « Peu à peu, constitution d’une troupe secrète entre Mireille, François et moi », écrit Lagarce dans son Journal en novembre 1982.

Marie-José Sirach, responsable du service Culture de L’Humanité, dresse l’inventaire des fulgurances païennes d’Angelica Liddell, l’empêcheuse de tourner en rond, tandis que la féministe  Bérénice Hamidi-Kim livre, à travers le travail théâtral de Gurshad Shaheman, une réflexion poussée sur les rapports entre la masculinité et la virilité. 

L’entretien croisé que mène notre consoeur Fabienne Arvers avec Elizabeth Mazev et Olivier Py est particulièrement vif et malicieux. Les deux se souviennent avec émotion de leurs relations avec Jean-Luc Lagarce, riant de leurs facéties respectives et du soutien réel de ce maître un peu plus âgé dans les premiers temps de leur propre carrière théâtrale. Et Olivier Py d’insinuer que Jean-Luc en pinçait bien pour Elizabeth Et en écho à l’entretien, un texte de Jean-Luc Lagarce adressé aux journalistes et aux libraires lors de la publication de Drôles d’Elizabeth Mazev en 1993.

Brillent les photos de Jean-Louis Fernandez sur la maison d’édition, bâtiment, bureaux et équipe de travail, le conseiller éditorial François Berreur, la directrice Pascale Vurpillot, la responsable de la communication, Eulalie Delpierre, et la secrétaire d’édition Martine Broussaudier.

Un Parages 08 qui fait du bien, à voir ainsi les choses se construire avec patience et constance.

Durant ce confinement, le TNS poursuit son soutien aux auteurs à travers un projet de commande d’écriture lancé en cette fin d’année 2020. Dans le cadre de la continuité pédagogique pour les élèves de l’école du TNS, quinze auteurs sont invités à écrire une forme brève sur ce même thème : « Ce qui (nous) arrive ». A suivre…

Véronique Hotte

Parages 08 -La revue du Théâtre National de Strasbourg – Revue de réflexion et de création consacrée aux auteurs contemporains – deux focus : l’un sur l’auteur Martin Crimp et l’autre sur les éditions Les Solitaires Intempestifs, 15 €.

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