Mais qu’y avait-il Dans le frigo ? Le frigo de Copi, Macbeth de Shakespeare, Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène de Clément Poirée.

Crédit photo : Hélène Bozzi

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Mais qu’y avait-il Dans le frigo ? Le frigo de Copi, Macbeth de Shakespeare– texte français de Jude Lucas-, Les Bonnes de Jean Genet – Editions Gallimard-, mise en scène de Clément Poirée.

 Le metteur en scène et directeur du Théâtre de la Tempête, Clément Poirée, est manifestement attiré par la magie que provoque le théâtre, surtout quand il s’en réfère à l’œuvre de Copi avec la pièce Le Frigo. « Exilé à Paris dans les années soixante, l’auteur et dessinateur franco-argentin est une figure emblématique et déjantée de la scène, dans l’affirmation du mouvement gay « , écrit Clément Poirée.

Condamné par la maladie en 1983, lorsqu’il écrit Le Frigo, Copi affirme, par l’intermédiaire de L., le protagoniste, à propos du fameux appareil ménager :

« Je n’ose pas l’ouvrir. J’ai peur d’y trouver le cadavre de ma mère » – une métaphore d’un mal dont il pressent l’issue prochaine. Un frigo, note l’auteur, « c’est la boîte de prestidigitateur la plus élémentaire quand on n’a pas de moyens ».

Pour le coup, le frigo offert par la mère de L. pour ses cinquante ans, aurait bien à voir avec les songes, les rêves, les fantômes et les morts – hors de la vie vivante.

La mise en scène du premier volet du triptyque, livré cash par le concepteur, se présente entre la joie et la facétie dans la scénographie soignée de Erwann Creff.

Des garde-robes, des dressings à faire rêver les épouses de nos ministres.

Le/la protagoniste qu’incarne avec un allant et un instinct scénique rare – entre dignité et gourmandise, plaisir de vivre et mélancolie profonde -, le comédien Eddie Chignara, est absolument inénarrable et inouï, changeant de rôle comme de robe.

Star mannequin retraitée qui écrit ses mémoires, bonne agressive à la voix de rogomme, sa propre mère alcoolique et abusive, et manipulant aussi les marionnettes –  un rat, M. Freud, le psychiatre, et la mère en poupée -, entre soubrettes à tabler blanc et marionnettistes au service de Madame -, l’acteur se métamorphose en l’artiste de génie, Copi soi-même – rêves fous et vrais fantasmes.

Le plaisir vif du dynamique Eddie Chignara se faufile jusqu’au public dans la salle, ébloui par tant de gestes, paroles énoncées, songes éveillés et désirs avoués.

Des métamorphoses amusées, métaphoriques du héros, à la fois homme et femme.

Mais voilà que tout à coup, les spectateurs sont conviés à se lever de leur siège pour se déplacer ailleurs, non seulement en foulant le plateau, mais après avoir vu encore la porte de l’immense frigo s’ouvrir et laisser surgir trois sorcières shakespeariennes.

Le public  est alors installé en tri-frontal, sommé de suivre la tragédie cruelle et un rien loufoque de Macbeth : le jeu du comédien Bruno Blairet, qui interprète le noble sanguinaire usurpant le titre de roi, ressemble un peu à celui de  L. du Frigo de Copi.

Même folie, même réalité qui s’étiole, mêmes songes, rêveries et cauchemars.

Céline Milliat-Baumgartner est une Lady Macbeth également « monstrueuse ».

Or, si les personnages shakespeariens sont monstrueux, ceux de Copi ne le sont pas – nulle violence, nulle cruauté, nulle volonté de dominer dans un rêve de puissance.

Quant au troisième volet de la soirée, qui invite le spectateur à rejoindre la salle initiale, il offre une représentation des Bonnes effervescente et piquante, grâce aux comédiennes décidées et malicieuses, Louise Grinberg et Anne-Lise Heimburger, et au comédien aussi talentueux et mordant, Laurent Menoret, dans le rôle de Madame.

Un huis-clos de théâtre dans le théâtre à n’en plus finir, une manière de jouer à jouer jusqu’à ne plus savoir où est la réalité ni où sont la fiction et l’invention. Nulle monstruosité, si ce n’est la confusion entre le rêve de liberté et le principe de réalité, et on ne peut qualifier les Bonnes de figures de sorcières ni de tyrans sanguinaires.

Les Bonne et Le Frigo forment une apothéose ; Macbeth, quoique honnête, est un peu trop « avalé » et empressé, comme jeté à la va-vite et bousculé. Or, la soirée est appréciée dans son ensemble, et on n’oublie pas non plus de remercier les comédiens non cités, Emilie Lechevalier, Pierre Lefebvre-Adrien et la voix profonde de Matthieu Marie.

Véronique Hotte

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie – rue du Champ-de-Manœuvre 75012 – Paris, du 13 septembre au 20 octobre, du mardi au samedi à 19h30, dimanche à 15h30. Tél : 01 43 28 36 36.

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