Les Bouillonnantes, textes de Nadège Prugnard et Koffi Kwahulé, musique Camille Rocailleux, direction artistique et mise en scène de Carole Thibaut

Crédit photo : Héloise Faure

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Les Bouillonnantes, textes de Nadège Prugnard et Koffi Kwahulé, musique Camille Rocailleux, direction artistique et mise en scène de Carole Thibaut

 Nadège Prugnard et Koffi Kwahulé ont co-écrit Les Bouillonnantes en allant à la rencontre de femmes, soit deux auteurs en résidence d’écriture au Théâtre des Îlets – Centre Dramatique National de Montluçon région Auvergne Rhône-Alpes que dirige l’autrice, metteure en scène comédienne Carole Thibaut, qui crée le spectacle.

Sont à l’honneur les femmes qui d’ordinaire ne le sont pas, oubliées, transparentes, inexistantes pour le regard de l’autre : celles habitant Montluçon pour Koffi Kwahulé et celles habitant le territoire de Marcillat en Combrailles pour Nadège Prugnard.

Pour celle-ci, il ne s’agit que de questionner la terre d’où l’on vient grâce à la mémoire des habitantes, et pour celui-là, ce pourrait être une façon de « faire histoire, celle de son pâté de maisons, de son quartier, de sa ville, l’histoire vécue », entre quête de souvenirs approximatifs et de déformations temporelles obligées.

Ce collectage de paroles de femmes édifie une histoire orale du coin de la rue et dont le cours des jours, côté campagne comme côté ville, s’entremêle sur le plateau.

 Pour Koffi Kwahulé, viennent en première ligne de mire  les femmes du quartier de Fontbouillant, d’où est issu le titre évocateur et sonore des Bouillonnantes, qui ont vu leurs tours d’habitations s’écrouler pour raison préventive, vu un soubassement instable.

« Rasé. Quelque chose qui était là Et quelque chose qui ne sera plus jamais là. Rasé. Ça a été comme un saut dans le vide. Une détonation, et Fontbouille a perdu la tête… » Le sol aurait été trop marécageux, il fallait le détruire et faire poussière.

Fontbouille est un quartier montluçonnais hors de la ville, un peu plus pauvre, où les petites maisons, en échange des tours, auraient dû créer du lien social, de la convivialité, une  qualité de vie et d’humanité. Car les tours avaient été édifiées avec l’arrivée de Dunlop qui employait nombre d’ouvriers alentour, à l’heure des Trente Glorieuses, avant que ne commencent désindustrialisation et déconstruction.

« On était le quartier le plus moderne de Montluçon. Salle de bain, baignoire, toilettes, eau chaude, trois chambres pour les enfants. On avait tout, on avait la lumière, on avait les toilettes, on avait un balcon » ; or le temps travaillait contre soi.

Nadège Prugnard de son côté, s’est penchée sur l’histoire de la ruralité montluçonnaise, la région étant à l’origine avant tout agricole – petites fermes et emplois journaliers – avant le miracle Dunlop et ses propositions d’emplois à foison.

D’où une histoire ouvrière et paysanne réelle du Montluçonnais, avec la disparition des fermes au profit de plus grandes – difficulté de vivre des agriculteurs et taux élevé de suicides.

Reste un petit café que tient Lily – interprétée avec grâce et émotion par Valérie Schwarcz – qui a tout perdu en perdant son mari Pierrot, tous deux amateurs de théâtre, et qui regrette la désaffection de son établissement – bar, boulangerie, épicerie, timbres, cabine publique pour le vétérinaire, autrefois – vivant et bruyant, qui faisait les événements – baptêmes, mariages et enterrements, fête des rois en janvier et fête des lilas au printemps – avec leurs valses joyeuses et leur accordéon festif :

« C’est fini personne point final le monde a évolué et moi j’ai « dévalué » y’a plus personne dans le bar sauf René avec qui je joue aux petits chevaux le lundi le silence un chien qui boit dans une flaque d’eau mes fils travaillent en ville et personne. Rien. »

Quant à Marianne – incarnée par la noblesse de maintien de Carole Thibaut -, elle n’était que « femme de », « épouse de », ou « sans emploi », n’obtenant le statut de collaboratrice d’agriculteur qu’il y a peu, asservie à une belle-mère intransigeante qui ne la regardait jamais en tant que personne mais en tant que travailleuse anonyme.

Et le mari agriculteur qui choisit de s’en aller face à des charges trop lourdes :

« C’est énorme les maux de la terre… l’abandon de la politique des quotas par l’Union européenne…la perte de 300.000 exploitations en quelques années contre 800.000 dans les années 80… terrible les hurlements le système du « toujours moins cher » …  obscène la pression des fournisseurs des banquiers de la mondialisation. »

Et Nadège Prugnard – femme louve provocante et en quête d’un accomplissement sensuel et existentiel – joue le rôle de Rose, prénom regrettable que personne n’appelle, quand tout est noir à l’intérieur de soi. Une femme élevée par sa grand-mère qui a travaillé dans diverses entreprises, créant la sienne avant la faillite, une battante qui écrit, dont la tragédie est la solitude et qui voudrait aimer et être aimée.

Le public est convié à pénétrer les arcanes sombres et mystérieux du café-bar de Lily, en fin de fête du 14 juillet ou de bal des conscrits, confettis à terre et bouteilles bues à même le goulot, les chaises rangées de côté pour pouvoir danser sur une piste dégagée, boule magique et ballons colorés accrochés, la musique de Camille Rocailleux opère sa magie, avec à vue le comptoir des musiciens – percussions et guitare basse – Yi-Ping Yang et Mathieu Ben Hassen, pour un récital poético-rock tissé de mélancolie et de coups de gueule, de désir d’aimer et d’amour du monde.

Véronique Hotte

Théâtre des îlets- Centre dramatique national de Montluçon-région Auvergne-Rhône-Alpes, les 4, 5 et 6 décembre. MJC –centre social de Montluçon (Allier), le 14 décembre à 20h. Tournée sur le territoire de l’Allier, Pont-de-Menat, Saint-Fargeol, Saint-Gervais-d’Auvergne, Cosne-d’Allier, Noirlac, printemps 2019.

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