Love me tender, d’après des nouvelles de Raymond Carver, et Callisto et Arcas, d’après Ovide, adaptation et mise en scène de Guillaume Vincent

Crédit photo : Renaud Monfourny

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Callisto et Arcas, d’après Ovide,

 Métamorphoses- Métamorphoses, quand elles tiennent le metteur en scène Guillaume Vincent, créateur heureux d’un précédent Songes et Métamorphoses d’après Ovide et Shakespeare, celles-ci ne le quittent plus : le même prolonge l’aventure avec une petite farce, pure comédie de divertissement, Callisto et Arcas.

 Un homme changé en femme, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de Jupiter, le Dieu des dieux, qui ne se refuse rien et arrive à ses fins pour séduire la belle Callisto.

Sur la scène ainsi, un peu de mythologie et de présent, car la Callisto pressentie est mère d’un enfant de quinze ans aujourd’hui, regrettant l’absence à la fois d’un père inconnu et d’une mère changée en ourse dans la forêt, sans qu’il ne le sache.

Quinze ans déjà, les spectateurs applaudissent et chantent quand le fils Arcas souffle les bougies de son gâteau d’anniversaire ; il revêt les atours guerriers d’Hyppolite et sa mère s’essaie avec brio au verbe tragique de la douleur de Phèdre.

Emilie Incerti Formentini joue de l’art de la déclamation dans tous les registres, du drame quotidien au chant tragique, de la bouffonnerie bon enfant à la réserve timide.

Or, tout finit bien en ce bois de sapins puisqu’on retrouve l’enfant et la mère, des migrants sur la voûte d’un ciel étoilé – petite et grande ourse de notre constellation.

Le public ne peut que sourire face à un Jupiter travesti en femme – Et Vincent Dedienne dans le rôle éprouve un malin plaisir à évoluer dans sa petite robe lamée courte et scintillante, silhouette rehaussée sur des talons dégageant les jambes.

Le rôle joue sur deux niveaux, non seulement celui d’un homme métamorphosé en femme pour en séduire une autre, mais d’abord celui d’un mâle abuseur – telle une personnalité influente de l’industrie du cinéma et un rappel de Harvey Weistein, dont le public amusé apprécie la comédie des approches stratégiques de harcèlements et d’agressions sexuelles sur une comédienne démunie et en recherche de contrats. Légèreté d’une comédie qui n’en dénonce pas moins les agissements indignes.

Love me tender, d’après des nouvelles de Raymond Carver

Poète d’abord, Raymond Carver (1938-1988), peu joué en France, est l’un des maîtres américains de la nouvelle : la publication de son recueil, Tais-toi, je t’en prie,en 1977, lui donne enfin accès à la célébrité, après de longs débuts tourmentés.

Guillaume Vincent a choisi pour Love me tender d’adapter six des nouvelles de Carver : Tais-toi je t’en prie, Pourquoi l’Alaska, La Peau du personnage, Personne ne disait rien(recueil Tais-toi je t’en prie) ;Appelle si tu as besoin(recueil Qu’est-ce que vous voulez voir; Débranchés
(recueil Les Trois roses jaunes).

Dans une société qui ne fait l’éloge que des succès tapageurs et des réussites spectaculaires, Carver propose le spectacle désenchanté de foyers modestes. Freinés par une gêne matérielle, les couples insatisfaits et décalés ne trouvent nul réconfort dans la consommation d’alcool, de tabac et autres substances : ils sont de grands jaloux obsessionnels, supposant trahisons et adultères de la part de l’autre.

Ils parlent donc à bâtons rompus, friands d’anecdotes à raconter ou bien à écouter,  s’entretenant sans fin, recevant des amis lors de la fête de Noël, et pourtant si seuls.

Intérieurs kitsch, ameublement années 1950, petites tables de nuit à lampe vétuste, canapés usagés, bonnets de Père Noël, et « duches » dans la salle de bains.

Une galerie de personnages théâtraux hauts en couleur, que Guillaume Vincent saisit dans l’humour, la dérision et la satire. Une multiplicité de couples – huit comédiens vifs, dynamiques et heureux d’en découdre – revêt les rôles dont deux pour chacun des interprètes puisqu’ils changent de partenaire, selon les scènes.

Le malaise est prégnant, comme si on n’était guère à sa place, placé là par erreur. Chez tel couple, on invite un autre à étrenner la pipe à eau et son haschich, entre bouteilles de coca, bons mots et rires sonnants jusqu’ à ce que s’installe l’ennui.

Chez tel autre, on s’apprête bizarrement à partir en Alaska ; ailleurs, on décide d’aller rendre visite aux propriétaires d’un appartement loué. Bonnes blagues à raconter,  et dérives existentielles. Une femme avoue à son mari l’avoir trompé jadis, et l’autre précise que son ex-mari est présent dans ses rêves alors que l’actuel n’y est pas.

Dans ces histoires félonnes d’amour malheureux, les acteurs jouent leur partition avec une belle vigueur – un bonheur d’être –  jusqu’à conférer à ce théâtre une note boulevardière qui, même mise à distance et moquée, ne sied guère à la dimension poétique de l’œuvre littéraire. Les deux univers ne se rencontrent pas, hermétiques.

Les beaux poèmes de Carver, clamés ici ou là, comme décalés et déconnectés, ne laissent ni traces ni fumées : « Il est malade, cette nuit, l’esprit. » (Insomnie d’hiver).

Véronique Hotte

Callisto et Arcas, du 15 au 27 septembre à 18h30 (les 15, 18, 19, 21, 25 et 27 septembre) ; Love me tender, du 14 septembre au 5 octobre, du mardi au samedi à 20h30, matinées les samedis 22 et 29 septembre à 15h30, au Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis bd de la Chapelle 75010 Paris. Tél : 01 46 07 34 50.

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