Gérard-Henri Durand nous a quittés le 10 août 2019.

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Gérard-Henri Durand nous a quittés le 10 août 2019, alors qu’il s’apprêtait à présenter publiquement les œuvres de quatre américaines qui lui étaient fort chères – Joan Didion, Tony Morisson, Joyce Carol Oates, Susan Sontag.

Une voix s’est éteinte, passionnée de radio, de théâtre, de littérature et de l’Autre.

 Né le 18 juillet 1933 à Autun en Saône-et-Loire, Gérard-Henri Durand mène sa carrière à l’Education nationale et à la radio de France-Culture, tambour battant.

D’un côté, le face à face avec les étudiants en langue anglaise, de l’autre, la fréquentation des auteurs de littérature anglo-saxonne et américaine dont il est parfois le traducteur, et des auteurs de théâtre, des metteurs en scène et comédiens.

Le monde lui parle et il en parle – via le théâtre, les œuvres littéraires, les langues.

 Au début des années 1950, Gérard-Henri Durand est de l’aventure semi-amateur du Groupe antique de la Sorbonne dont les tournées le mènent en Grèce, en Sicile ; le goût pour le grec ancien le conduit à traduire Médée d’Euripide (Actes Sud, 1989).

En 1954, non sursitaire, l’appelé est maintenu trois ans dans le Djebel constantinois, une expérience douloureuse de la Guerre d’Algérie et de la triste communauté des hommes.

Il renoue avec le théâtre après les Evénements de Mai 1968, en voyageant aux Etats-Unis, retrouvant le théâtre de rue avec le « Bread and Puppet », et rencontrant, en même temps, Susan Sontag dont il assure en France la première traduction, Le Bienfaiteur, puis Voyage à Hanoi et La photographie (Seuil), enfin Artaud (Bourgois).

Le passionné de cultures et de mondes « autres » et d’une société meilleure à reconstruire, rencontre Ivan Illich à Cuernavaca au Mexique. Il traduit et collabore à ses deux premiers ouvrages : Libérer l’avenir et la Société sans Ecole (Seuil, 1971).

Et pas peu fier de rappeler sa participation à l’élaboration du concept de « convivialité », un mot-clé et mot-étoile d’un esprit neuf d’ouverture existentielle.

A la recherche d’auteurs américains pour les Editions Julliard, Gérard-Henri Durand séjourne dans une réserve indienne, expérience fondatrice et emblématique à partir de laquelle il écrit Le Dieu Coyote (Garnier, 1979 et Phébus, 2004 ). Il traduit Un livre de raison (Julliard)après sa rencontre avec l’auteure Joan Didion, en Californie.

Le traducteur rencontre Vladimir Nabokov deux ans avant sa disparition, cette amitié, si brève soit-elle, le conduit à écrire une préface et trois traductions : L’extermination des tyrans, Une beauté russe et Brisure à Senestre (Julliard, puis Gallimard).

L’homme de radio entre à France Culture en 1978 qu’il quittera au début des années 2000 : collaborateur du Panorama, il est également producteur de nombreuses émissions littéraires, de reportages et producteur régulier d’émissions sur le théâtre.

Ainsi, résonnait, au cours des années 1990, « le quatrième coup », émission hebdomadaire du lundi, de 13h40 à 14h, à laquelle nous avons eu le plaisir de collaborer, en compagnie d’une tribune plutôt joyeuse de critiques de l’époque, chaleureusement accueillis : Fabienne Pascaud, Armelle Héliot, Didier Méreuze, Gilles Costaz, Guy Dumur, Odile Quirot, Chantal Boiron, Jean-Pierre Han, Sylviane Gresh, Raymonde Temkine, Jean-Luc Toula-Breysse, Micheline Servin, Nicolas Roméas …

Une ambiance bon enfant et joviale, ouverte, mais non complaisante pour autant.

L’émission mensuelle, « les mardis du théâtre », avec Yvonne Taquet se penchait plus longuement sur un metteur en scène de théâtre, un auteur, un comédien.

Alain Trutat, Jacques Duchateau, Michel Bydlowski, Laure Adler, Pascale Casanova, Lucien Attoun, Roger Dadoun et tant d’autres comptent parmi ses amis à la radio.

Gérard-Henri Durand poursuit plus tard son activité littéraire – articles et préfaces, pièces et poèmes -, publiant et montant Mon frère, mon amy (Les Quatre-Vents, 1993), sur l’amitié entre Montaigne et La Boétie, interprétant l’auteur des Essais.

Il met en scène Mademoiselle Julie de Strindberg au CDN de Rennes, écrit, monte et joue Robert Desnos, spectacle où joue également son épouse, la comédienne Viviane Mauptit au Théâtre Molière à Paris. Il joue encore dans Roméo et Juliette par son ami de longue date François Roy, et dans L’Homme qui rit par Yamina Hachemi.

Il joue au cinéma en 2005 dans « Un Couple parfait » de Nobuhiro Suwa, et nous n’énumérerons pas toutes les traductions auxquelles il s’est adonné avec ferveur.

En 2011, il écrit deux pièces pour « la forge des mythes/instant théâtre » « l’homme qui voit » et « Empédocle » dans lequel il interprète Empédocle. »  

Il devait encore en septembre 2019 présenter le travail de ses amies auteures américaines Joan Didion, Tony Morisson, Joyce Carol Oates, Susan Sontag au Café Vert, un lieu convivial de la commune de son domicile du Pré Saint Gervais.

Il est parti inopinément avant, rejoignant deux d’entre elles, Tony et Susan.

Nous regretterons la disparition de cet ami éloquent, nous pensons en même temps à son épouse Viviane Mauptit-Durand, et à sa fille Anaïs Mauptit-Durand, qui a repris haut le flambeau de la mise en scène de théâtre, poursuivant ainsi l’engagement paternel.

Véronique Hotte

Cérémonie d’adieu à Gérard-Henri Durand, le 16 août à 13h Crématorium du Père-Lachaise 75020 Paris (entrée 71 rue des Rondeaux, métro Gambetta).

Festival Interceltique de Lorient (FIL 2019) – « Celtic Electro + » – Peatbog Faeries (Ecosse), Mercedes Peón (Galice), NOON (Bretagne).

Festival Interceltique de Lorient (FIL 2019) – « Celtic Electro + » – Peatbog Faeries (Ecosse), Mercedes Peón (Galice), NOON (Bretagne).

Mercedes Peón (Galice).

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Crédit photo : C. Pannetier/Le Télégramme.

Auteure et compositrice inspirée, interprète multi-instrumentiste, militante pour les droits des femmes, Mercedes Peón est une activiste régionaliste qui a du cran.

Rayonnante et décidée, la musicienne défend la culture traditionnelle de la Galice et l’ajuste dans sa foulée créatrice« trash and celtic » aux sonorités contemporaines.

Entourée de deux musiciennes tout aussi lumineuses – l’une brune et l’autre blonde,Monica de Nut et Ana Fernandez -, Mercedes Peón compose un trio musical qui vaut le détour car, en digne icône charismatique de la musique du monde, elle a dégagé sur la scène de l’Espace Marine, une énergie folle aux accents tradi, rock et électro.

Le jeu du tambourin et le chant du Ribeirana, une danse traditionnelle galicienne, inspirent l’invention artistique, à partir de quoi tout peut advenir – cris et sons.

Longue exploratrice de la musique traditionnelle, ses compositions reposent sur une atmosphère particulière, entourée de voix et de percussions, de sonorités industrielles bordant l’électroacoustique, le signe distinctif fort de sa musique.

Dotée d’une estime de soi culturelle, d’un « lieu de pensée politique », dit-elle, la compositrice chante, joue de la batterie et de la gaïta. Sa musique invente une dynamique et une fraîcheur à la dimension communicative à travers la quête même de la transe – un état qui a à voir avec la dissociation de la voix et du mouvement.

Souriante et manifestement généreuse, elle invite le public à la suivre sans détour.

Son dernier album « Deixaas » donne la sensation d’un son mécanique et industriel, inspiré du chantier naval d’El Ferrol à La Corogne en Galice – soit quatorze heures d’enregistrement adaptées musicalement en volumes, en percussions, en textures.

Avec trois lignes fondamentales de recherche : le travail avec les organisations féministes engagées dans le développement, la construction et la représentation des genres dans les groupes populaires et enfin l’histoire de l’industrie de sa région.

Mercedes Peón à la reconnaissance artistique internationale témoigne d’un cœur à l’ouvrage sans pareil d’obédience industrielle et portuaire : rock, métal et tradition, caractéristiques d’une diva de la scène « ethno-contemporaine » européenne.

Peatbogs Faeries

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Auparavant, le public de « Celtic Electro + » aura pu apprécier les Peatbog Faeries, originaires de l’Ile de Skye et dont le violoniste vient des Iles Shetland, les pionniers écossais d’une musique fameuse de sons traditionnels et de rythmes dance-floor.

Gigues, reel, dance music, jazz, musique africaine, cette musique renouvelle le son écossais – musique instrumentale diffusée à travers le monde, la « Celtic Dance ».

Violon et cornemuse, guitare, claviers, basse et batterie, le mariage est heureux, s’associant aux rythmes technos pour une conquête évidente de la salle lorientaise.

Et en fin de partie de cette soirée « Celtic Electro + », le quintet NOON prend plaisir à casser les codes en mariant la musique électronique à la puissance sonore de quatre cornemuses – l’électro, la trap ou les musiques traditionnelles de Bretagne.

Une soirée houleuse et tempétueuse qui renverse les tranquillités conventionnelles.

Véronique Hotte

Espace Marine à Lorient, le samedi 10 août, à 22h.

Festival Interceltique de Lorient – FIL 2019. « Yann-Fanch Kemener : Tremen en ur ganan » – « Passer en chantant ».

« Yann-Fanch Kemener : Tremen en ur ganan » – « Passer en chantant ».

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Le Cinéfil  – Films et documentaires suivis de rencontres  – Auditorium du Cercle Saint-Louis – 11, place Anatole Le Braz à Lorient.

Yann-Fanch Kemener, chanteur traditionnel et ethnomusicologue, l’une des voix les plus célèbres en Bretagne, s’est éteint le 16 mars 2019, à Trémeven (Finistère), des suites d’une longue maladie, ayant consacré sa vie au chant et à la langue bretonne.

Le documentaire de Ronan Hirrien pour France 3, « Yann-Fanch Kemener : Tremen en ur ganan», « Yann-Fanch Kemener : Passer en chantant » a été diffusé au public averti de la salle du Cinéfil, en version originale du breton sous-titré en français.

Un film émouvant et poétique qui retrace le chemin de formation du chanteur de 45 ans de carrière, via un dialogue de grande sincérité entre le cinéaste et l’artiste.

La proximité de la mort que le chanteur assume avec lucidité donne à son propos sensible une force tendue, métaphorique d’une existence entière vouée à l’art.

Passer dans le temps imparti à sa vie est le lot de tous, mais la disparition est trop tôt advenue, et Yann-Fanch Kemener n’en finissait pas de chercher, découvrir et créer.

L’artiste ne manifeste nulle amertume ni plainte, reconnaissant d’avoir pu consacrer ses instants comptés à sa passion pour la langue et le chant bretons, qu’il a contribué à faire connaître, regrettant encore de n’avoir pas œuvré davantage.

Né en 1957 à Sainte-Tréphine (Côtes d’Armor) en Haute-Cornouaille, au cœur du pays Fanch/Plinn, aux limites du pays vannetais, il vit dès son plus jeune âge dans la musique traditionnelle des chants quotidiens de la gwerz et du kan-ha-diskan.

A l’intérieur de la chapelle de Saint-Trémeur à Sainte-Tréphine, il indique la présence d’une cavité que les enfants en bas-âge devaient emprunter pour s’ouvrir au monde.

Rituel qu’il a dû lui-même accomplir, très jeune, même s’il ne s’en souvient pas. Or, depuis, il a parcouru le monde entier, dit-il, fier de sa curiosité inlassable des autres.

De langue maternelle bretonne – le père ne parle que breton et la mère, les deux langues -, il est issu d’une famille modeste de chanteurs et chanteuses traditionnels, du côté maternel, et de chanteurs et danseurs du pays paternel Fisel de Glomel.

Pris très jeune sous l’aile de chanteurs avertis, il suit le chemin d’une transmission faite « naturellement », si ce n’est qu’il lui a fallu ténacité et patience dans sa quête de collectage de chants à recueillir – réception et sauvegarde d’un apprenti-chanteur.

Une jeunesse à côtoyer les anciens pour acquérir leurs connaissances – un savoir et une sagesse –, et en saisir les moindres nuances de signification, se mettre à leur écoute enfin en se donnant l’exigence et la peine de retranscrire paroles et airs.

L’important, dit la mère au petit garçon, c’est le mot bien frappé, la note juste, l’accent à la rime, une raison pour laquelle il lui plaisait de s’exprimer par dictons.

Le parcours élémentaire de formation du chanteur est évoqué, le jeune homme se rendant chez les uns et les autres pour recevoir, à la source, les chansons dont ils sont porteurs – cahier et crayon en main pour le collecteur de paroles et de mélodies, qui est muni aussi d’un magnétophone obtenu après avoir travaillé tout un été.

On voit l’artiste futur, cheveux longs et pantalon pattes d’éléphant des seventies, descendre d’une voiture qui le conduit chez une interprète qui chantera pour lui.

L’adresse aux plus âgés est essentielle – un repère existentiel pour le chanteur.

Yann-Fanch Kemener évoque ainsi Albert Bolloré, Eugène Grenel… et bien d’autres.

Influencé par les voix des plus âgés, Mme Bertrand et consorts, le chanteur alterne gwerzioù et airs à danser en fest-noz, avec Marcel Guilloux,  Erik Marchand…

Sont évoqués la Ballade de SkolvanGousperrou ar ranned et La Grande Passion, Chants profonds de Bretagne ; le groupe Barzaz, l’album Kerzh ’Ba ’n Dañs’ avec Skolvan ; l’Héritage des Celtes de Dan ar Bras ; Didier Squiban avec qui il enregistre trois albums de « gwerz de chambre » ; ses duo avecle violoncelliste Aldo Ripoche ; ses chants à partir de Yann Ber Kalloc’h, Xavier Grall, Emile Masson, Angela Duval.

En 2016, il crée le Yann-Fanch Kemener Trio avec Erwann Tobie et Heikki Bourgault, animant les fest-noz. Nous les voyons travailler chez l’artiste à Trémeven.

Reste dans les mémoires et à travers l’œuvre discographique fournie et accessible, le souvenir d’une voix absolument pure et élevée qui fend le silence de ses percées.

Voix cristalline à l’écoute de la nature proche, vent, soleil et pluie. Sont filmés les paysages bretons poétiques de campagne et de bords de mer, roches et étendues de verdure paisibles ou accidentées, arbres aux lourds feuillages frémissants, un oiseau se posant avec délicatesse sur les croix de pierre des tombes des cimetières.

Et du plus loin que le chanteur-voyageur est allé, c’est à ses racines, à son bourg d’enfance de Sainte-Tréphine, berceau de sa formation, qu’il revient en songe.

On le voit chanter, invitant son corps qu’il vouvoie à le quitter bientôt, au-delà des cendres qui s’envoleront, et dont la présence spirituelle perdure du fond de la nature.

Fulgurance d’une vie trop vite suspendue dont le rayonnement brillera longtemps, une figure que le film-documentaire de Ronan Hirrien restitue au mieux, saisissant le petit garçon, telle la page de dessin d’un album illustré, qui chante debout sur son lit, en chemise de nuit car sa mère est venue le réveiller pour que son oncle en visite entende le talent sûr de Yann-Fanch – un héritage familial capté de main de maître.

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Véronique Hotte

Festival Interceltique de Lorient – Le Cinéfil  – Films et documentaires suivis de rencontres  – Auditorium du Cercle Saint-Louis – 11, place Anatole Le Braz, le 7 août à 16h15.

Festival Interceltique de Lorient (FIL 2019) –  Pleins feux sur la guitare celtique » : Vair (Ecosse) – Jean-Félix Lalanne & Soïg Sibéril.

Festival Interceltique de Lorient (FIL 2019) _ « Pleins feux sur la guitare celtique » : Vair (Ecosse) – Jean-Félix Lalanne & Soïg Sibéril.

 Vair (Ecosse).

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Le démarrage est  plutôt vif d’une belle soirée musicale, dédiée à l’art de la guitare.

En première partie de spectacle, au Théâtre de Lorient, quatre garçons venus du grand vent fort des îles Shetland, le groupe Vair qui s’adonne avec une énergie débordante à un mélange complice de mélodies traditionnelles et contemporaines.

Vair est l’un des derniers groupes apparu sur la scène musicale traditionnelle. Les quatre membres musiciens – instrumentistes et chanteurs – font partie des talents prometteurs des îles Shetland, forts d’un dynamisme et d’une énergie rayonnante.

Le groupe Vair a débuté au “Shetland Folk Festival”, en 2012, acclamé et ovationné par le public du Festival et a depuis lors connu un grand succès – public et critiques.

En 2016, il participe au “Celtic Connections”, puis en 2018, sort un album en public intitulé A Place In Time. Bien que les îles Shetland aient toujours un impact sur leur style musical, le groupe Vair s’inspire également des folklores écossais et irlandais, ainsi que du bluegrass américain et ses sonorités repérables – une influence festive.

Les instruments à cordes et les percussions s’agitent tambour battant : guitare, mandoline, banjo et cajon, instrument de musique inventé au Pérou au XVIII è siècle.

A l’origine, une simple caisse destinée à la cueillette des fruits ou à la pêche des poissons, un matériau rustique auquel les esclaves de tous les temps avaient accès. L’instrumentiste prend place assis sur le cajon, ses mains agiles battant en rythme.

Vigueur et puissance d’une musique dont le souffle régénérateur séduit tant la salle qui en redemande, qu’il empêche les artistes de partir sans un rappel dûment exigé.

 

« Pleins feux sur la guitare celtique » avec Jean-Félix Lalanne et Soïg Sibéril.

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Quand deux « monuments » de la guitare acoustique se retrouvent, le résultat est assuré. Après le succès de l’album et de la tournée Autour de la Guitare Celtique, Soïg Sibéril et Jean-Félix Lalanne poursuivent leur aventure enivrante en duo.

Tous deux ont un goût prononcé pour la mélodie, les climats harmoniques et rythmiques et la musique celtique. La maturité des deux artistes débouche sur un répertoire riche de compositions de l’un et de l’autre, avec des arrangements acoustiques et électriques où Jean-Félix Lalanne enrichit les différents climats par l’usage fragmentaire de sa guitare synthé, instrument blanc qu’il saisit puis redépose.

Une musique d’âme et de corps où la mélodie et le rythme vont bien au-delà de la vision unique de deux seuls musiciens sur scène. Le duo de guitaristes est éblouissant, techniquement : picking et jeu aux doigts, efficacité et sensations.

Le dernier cd du duo avec tablatures pédagogiques s’intitule Back to Celtic Guitar ; les deux guitaristes offrent sur le plateau scénique quelques morceaux au public ébloui, récupérant en livele travail de composition musicale, solitaire par nature.

La musique celtique pour le Niçois Jean-Félix Lalanne qui vit non loin de Saint-Paul de Vence, dans un village médiéval, ouvre à toutes les possibilités. Berceau de la pop, elle est l’union parfaite entre le lyrisme mélodique et la subtilité rythmique.

Quelle que soit la musique – classique, de jazz, de « finger style » ou celtique -, s’impose le travail expressif à l’extrême de la mélodie et d’un univers harmonique bien trempé.

Une belle amitié musicale et humaine transparaît manifestement entre les deux interprètes, en quête de partage de vibrations vivantes – notes et complicité.

La corde cassée de la guitare de Jean-Félix Lalanne permet à Soïg Sibéril de jouer un morceau en solo, le temps de la réparation efficace de l’instrument mis à mal.

Une soirée artistique de rigueur via la guitare musicienne à la technicité performante.

Véronique Hotte

Festival Interceltique de Lorient (FIL 2019), Théâtre de Lorient, le 8 août, 21h.