Construire un feu, de Jack London, version scénique, mise en scène, scénographie et costumes de Marc Lainé

Crédit photo : Vincent Pontet, coll. Comedie-Française

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Construire un feu de Jack London, version scénique, mise en scène, scénographie et costumes de Marc Lainé

 L’œuvre de Jack London (1876-1916) est caractéristique de ce que l’on nomme le roman d’aventures. Ainsi, en tant qu’aventurier – marin et chasseur de phoques –, l’écrivain américain explore la qualité inouïe de certaines expériences – non seulement l’aventure, au sens général, mais encore la puissance sauvage de la Nature et le monde animal, tels L’Appel de la forêt (1903) et Croc-Blanc (1907).

« Là s’étendait le Wild, le Wild sauvage, gelé jusqu’aux entrailles des terres du Grand Nord… » Si fort soit-on, on peut être vaincu par le Wild car la nature du Grand Nord américain et canadien est si démesurée qu’elle en est porteuse d’effroi.

De son côté, le plasticien, scénographe, réalisateur et metteur en scène Marc Lainé n’est pas en reste pour l’attrait énigmatique de la blancheur des vastes étendues enneigées : l’un de ses spectacles parmi d’autres, – Vanishing Point – s’inscrivait précisément dans le Grand Nord. Le concepteur crée sur la scène la seconde version à fin tragique de la nouvelle Construire un feu (2018) de Jack London.`

Un homme marche dans la neige, accompagné seulement d’un chien. Il doit retrouver le soir ses compagnons qui empruntent un autre itinéraire. Pour son premier hiver en ces lieux, il est surpris par le froid intense – 50° et encore plus bas.

Il peut à peine manger ses biscuits, les doigts s’engourdissant à la froidure ambiante.

La rivière gelée peut être dangereuse et cacher des trous recouverts de glace et de neige. Quand l’eau se brise, le marcheur s’enfonce dans l’eau glacée. Les pieds mouillés, il se sèche en construisant un feu sous le couvert d’arbres ; or, le feu s’éteint soudain par la neige accumulée sur les lourdes branches et tombée net.

Lui revient en mémoire le souvenir des anciens : « Au-delà de cinquante degrés sous zéro, on ne doit point voyager seul. »

Les mains, les pieds, les joues, le nez s’engourdissent peu à peu et gèlent…

Avec trois caméras, les maquettes et les toiles peintes représentant les paysages nordiques sont filmées en direct et projetées sur un écran au-dessus de la scène.

Et le baroudeur, rude gaillard expérimenté et peut-être trop sûr de lui, entreprend son voyage, faisant les mouvements et les gestes d’une marche immobile, face caméra.

Le comédien Nâzim Boudjenah, recouvert de fourrure et dont seul le visage reste à découvert, incarne la souffrance subie dans un abandon total, corporel et spirituel.

Le trappeur est filmé constamment, debout et assis, accroupi dans la recherche de brindilles, tandis que le narrateur s’essaie à un ample récit étrange et quasi documentaire, décrivant avec précision les moindres gestes du héros, expliquant comment Construire un feu : un mode d’emploi et un guide de survie pour amateurs.

Pierre-Louis Calixte – le narrateur – est légèrement facétieux, démontrant, preuve à l’appui, la supériorité immense de la Nature sur la petitesse des hommes vindicatifs.

Le chien conquiert sur le plateau une place d’importance, même s’il n’est pas l’ami de l’homme éprouvé, il offre un point de vue personnel, quant à l’instinct du danger.

Alexandre Pavloff incarne le chien, chemise et pantalon Lewis, pieds nus et chevelure longue, plie les pattes, ou se redresse debout, à l’écoute du maître.

Le public tendu et inquiet est subjugué, dans l’attente, tel le chien tenu en haleine par l’imminence d’un danger dont le cheminement a pourtant été long et patient. Attentif, le spectateur devine que l’homme ne résiste pas à un climat excessif et souverain.

La Nature – les profondeurs indicibles de l’espace hivernal et ses distances – est un univers de géants, une ennemie insensible, démesurée et étrangère à l’aventure humaine, si on ne sait l’apprivoiser, c’est-à-dire s’adapter à elle et la reconnaître.

Grave allégorie : il faut savoir entendre la voix de la Nature, apte à tout emporter.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie Française, 99 rue de Rivoli, Galerie du Carrousel du Louvre 75001 Paris, du 15 septembre au 21octobre 2018, du mercredi au dimanche à 18h30. Tél : 01 44 58 15 15

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Maison de poupée, librement adapté de la pièce d’Henrik Ibsen, adaptation, conception et mise en scène de Lorraine de Sagazan

Crédit photo : Pascal Victor/ArtcomPress

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Maison de poupée, librement adapté de la pièce d’Henrik Ibsen, adaptation, conception et mise en scène de Lorraine de Sagazan

Du côté de la femme brille la morale de la sphère domestique privée, avec le soin porté aux enfants et à l’époux à l’intérieur du foyer familial, morale contrebalancée « équitablement », du côté de l’homme, par la sphère publique, orientée par les principes de devoir et de justice, tels sont les rôles distribués selon le sexe de l’homme et de la femme au XIX é siècle dans Une Maison de Poupée (1879) d’Ibsen.

Aujourd’hui, pense Lorraine de Sagazan qui monte la pièce féministe adaptée à une réalité strictement contemporaine, les choses ont évolué considérablement, même s’il demeure bon nombre de ratés et d’approximations. Il semblerait pourtant qu’on aille vers une égalité des droits et une possibilité de choix de vivre plus libre.

Or, perdurent les rivalités ancrées ; il est malaisé de se détacher de codes sociaux, culturels et psychologiques ancestraux, la domination masculine joue l’implicite.

Du coup, sous la baguette de la jeune femme, la situation nouvelle est inversée : le couple moderne propose une Nora active en poste à responsabilités, tandis que Torvald est un père au foyer heureux qui assure les activités diverses des enfants.

Difficile est l’existence privée et professionnelle de Nora, quand bien même la jeune cadre dynamique représenterait un idéal féminin pour certains, et un contre-modèle à bannir pour d’autres, vu la complaisance appuyée à la cause du deuxième sexe.

Mais pour la cause dramatique et scénographique en question, une Maison de Poupée se passe sur la scène de théâtre et avec le public assis sur le plateau en tri-frontal, sur des chaises d’appartement, et invité à côtoyer de près les personnages ibséniens.

Tels des proches, les figures évoluent sous les yeux des spectateurs invités, tout près du frigo, de la table, du canapé, des chaises, d’une guitare et de bouteilles de vin et de champagne à volonté, car la fête est de mise en cette célébration de Noël.

L’ami du couple est là qui vit chez eux, ironique et caustique, face au maître de maison qu’il aime, tandis qu’il révèle, gravement malade, sa mort prochaine. Dans le rôle de la tierce personne qui donne un meilleur équilibre aux relations duelles, usant d’humour et de persiflages satiriques qui trahissent le désarroi, Benjamin Tholozan est juste et en accord avec la situation fébrile et tendue qui accapare ses hôtes.

Dans le rôle de l’assistant peu recommandable de Nora, Antonin Meyer Esquerré est un Krogstad amer, sec et cassant au possible, qui retrouve sa sensibilité perdue ou abîmée grâce au retour auprès de lui de l’humble Linde, sa bien-aimée de jadis, une amie de longue date de l’époux qui est en quête d’un poste, auprès de Nora. Lucrèce Carmignac interprète une Linde attentive et raisonnable, venue du public assis.

Nora, qu’incarne l’élégance naturelle de Jeanne Fabre – mouvements à la fois épanouis et réfléchis, danse fébrile et excitation –, fait preuve de réflexion et de sensibilité. Analysant la situation qui s’offre bientôt à elle, elle s’accorde des pauses et des respirations salutaires pour mieux apprécier le point de vue de son conjoint.

Quant au rôle envahisseur de l’époux royal, il est tenu par Romain Cottard qui occupe le plateau et le verbe constamment, maître de maison accompli, se justifiant auprès de ses proches et s’auto-justifiant, s’admirant lui-même en époux socialement subversif ayant déposé les armes de la virilité, s’auto-congratulant d’une telle liberté d’esprit contrefaite.

Il est l’homme au foyer, maître de la parole, posant les questions et faisant réponse, commentant, décrivant, relatant les actes de tel ou telle, grand dieu manipulateur à l’aise chez lui comme dans le monde, une figure mondaine et moderne joliment satisfaite.

Une danse festive et scintillante – lumières et hystérie -, teintée de violence, de déception et de trahison latentes, sentiments que Nora tente de mettre au jour en vue d’une chère liberté si durement disputée aux conquérants historiques de la méprise féminine.

Véronique Hotte

Le Monfort, 106 rue Briançon 75015 Paris,  du 18 septembre au 6 octobre, du mardi au samedi à 20h30, relâches dimanche et lundi. Tél : 01 56 08 33 88

Du 9 au 13 octobre 2018- CDN de Normandie, Rouen. Les 8 et 9 novembre 2018 – Théâtre de Cornouaille, Scène nationale de Quimper. 
Le 15 novembre 2018- Le Rayon Vert, Scène conventionnée de Saint-Valery-en-Caux et le 17 novembre 2018- Festival Les Enfants du Désordre, La Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-la-Vallée, Noisiel.

Les Enivrés de Ivan Viripaev, texte français de Tania Moguilevskaia et Gilles Morel (Les Solitaires Intempestifs), mise en scène de Clément Poirée

Crédit photo : Léna Roche

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Les Enivrés de Ivan Viripaev, texte français de Tania Moguilevskaia et Gilles Morel (Les Solitaires Intempestifs), mise en scène de Clément Poirée

« Le Seigneur nous parle avec la langue de ceux qui sont ivres. » (Les Enivrés)

Le quarantenaire sibérien Ivan Viripaev – auteur, metteur en scène, acteur, scénariste et réalisateur -, se montre des plus facétieux avec l’écriture des Enivrés.

La pièce prend l’état second d’ébriété au pied de la lettre, et ses buveurs excessifs font tomber leur propre masque comme celui de leur voisin, en vue de la vérité.

Révélation rimbaldienne d’une belle conscience mystérieuse, surgie et dévoilée.

Le débordement provoqué par les excès d’alcool ; cette perte de contrôle de soi, familière encore du processus initiatique et cathartique des anciens cultes bachiques et dionysiaques est un mode d’accès privilégié à la connaissance et à la création.

Etre soûl revient à remporter victoire et vengeance sur la vie : « On oublie, on revoit, on ignore et l’on sait… » (Verlaine, Jadis et Naguère « Amoureuse du diable »).

En compère et en joyeux drille, en complice de goguette, le metteur en scène et directeur du Théâtre de la Tempête Clément Poirée s’est amusé de l’état physique et mental de l’ivresse des corps, divertissant du même coup les spectateurs ravis.

A l’extérieur, sont claironnés par les comédiens des appels au public ; et sur la scène, on voit se mouvoir une tournette festive de cabaret aux parois transparentes, cernée par un sillon de boue : les performers restituent, dans la splendeur d’une danse effrénée, les débordements hors de toute mesure des adeptes de beuveries.

Sur le plateau, à deux ou à quatre, les personnages « copieusement ivres » et confinés dans leurs paradis artificiels, célèbrent la vie à travers leur présence burlesque, brutale et lyrique, évoquant l’esprit, le désir divin, le chuchotement du Seigneur dans notre cœur et l’existence : « La mort n’est pas, et voilà tout ».

Ces figures cocasses, habitées par le corps de chair et éprouvé de John Arnold, Aurélie Arto, Camille Bernon, Bruno Blairet, Camille Cobbi, Thibault Lacroix, Mathieu Marie et Mélanie Menu, sont au rendez-vous d’une ivresse clownesque et mystique.

Jeu de cirque, engagement corporel, chacun met en jeu sa silhouette verticale vacillante pour pallier aux contrepoints titubants des démarches rationnelles.

Chacun y va de la torsion de ses pieds et de ses jambes dans le tangage de la station debout, jusqu’à la perte de l’équilibre et la chute, pour finir en rampant.

On croirait des passagers pris par le mal de mer sur le pont d’un paquebot nocturne.

Il ne reste alors que l’avancée à quatre pattes, et une fois les jambes dépliées, la tentative ratée puis réussie de relèvement fragile grâce à un genou qui se dresse. Et comme on tombe souvent, tant dans une boue métaphorique que dans des flaques noirâtres bien réelles, les enivrés s’essuient le visage sali avec leurs mains.

Tous tentent bien de s’aider mutuellement pour se relever mais les mains glissent.

« Quand tu aimes quelqu’un, tu finis toujours vautré sur le plancher parce que la terre se dérobe sous tes pieds».

Le sens est dans l’amour et dans l’humour. Si on aime, on vit, si on n’aime pas, on n’est rien – un objet  en polystyrène : « La liberté c’est quand ton cœur est donné une fois pour toutes et ce n’est plus toi son maître, mais celui à qui il appartient de droit. »

L’énergie déployée par les interprètes offre un ballet magnifique, entre, d’un côté, les postures physiques, les démarches houleuses de fatigue et d’épuisement, et de l’autre, la déclamation vigoureuse et maîtrisée, martelée et rythmée, d’une parole répétitive de leitmotivs et de refrains, qui exige le retour d’un contact avec la réalité.

Du coup, mise en scène et jeu des comédiens reprennent contact avec le théâtre.

« Et toute cette liberté que nous voulons, dont nous parlons tous ici en permanence, que nous essayons tous ici tout le temps d’obtenir. Quelle liberté ? Vous voulez être libres ? Libres de quoi, putain ?! Libres de qui, putain ? En quoi consiste cette liberté ? Quelle foutue liberté pouvez-vous espérer, si nous avons perdu ce foutu contact. »

Le spectacle rabelaisien bien vivant des Enivrés– vigueur puissante, élan et crudité -empêche de sombrer dans la mélancolie, grâce à la Dive bouteille et à l’art du théâtre.

Véronique Hotte

La TempêteCartoucherie 75012 Paris, du 14 septembre au 21 octobre, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Tél : 01 43 28 36 36

Love me tender, d’après des nouvelles de Raymond Carver, et Callisto et Arcas, d’après Ovide, adaptation et mise en scène de Guillaume Vincent

Crédit photo : Renaud Monfourny

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Callisto et Arcas, d’après Ovide,

 Métamorphoses- Métamorphoses, quand elles tiennent le metteur en scène Guillaume Vincent, créateur heureux d’un précédent Songes et Métamorphoses d’après Ovide et Shakespeare, celles-ci ne le quittent plus : le même prolonge l’aventure avec une petite farce, pure comédie de divertissement, Callisto et Arcas.

 Un homme changé en femme, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de Jupiter, le Dieu des dieux, qui ne se refuse rien et arrive à ses fins pour séduire la belle Callisto.

Sur la scène ainsi, un peu de mythologie et de présent, car la Callisto pressentie est mère d’un enfant de quinze ans aujourd’hui, regrettant l’absence à la fois d’un père inconnu et d’une mère changée en ourse dans la forêt, sans qu’il ne le sache.

Quinze ans déjà, les spectateurs applaudissent et chantent quand le fils Arcas souffle les bougies de son gâteau d’anniversaire ; il revêt les atours guerriers d’Hyppolite et sa mère s’essaie avec brio au verbe tragique de la douleur de Phèdre.

Emilie Incerti Formentini joue de l’art de la déclamation dans tous les registres, du drame quotidien au chant tragique, de la bouffonnerie bon enfant à la réserve timide.

Or, tout finit bien en ce bois de sapins puisqu’on retrouve l’enfant et la mère, des migrants sur la voûte d’un ciel étoilé – petite et grande ourse de notre constellation.

Le public ne peut que sourire face à un Jupiter travesti en femme – Et Vincent Dedienne dans le rôle éprouve un malin plaisir à évoluer dans sa petite robe lamée courte et scintillante, silhouette rehaussée sur des talons dégageant les jambes.

Le rôle joue sur deux niveaux, non seulement celui d’un homme métamorphosé en femme pour en séduire une autre, mais d’abord celui d’un mâle abuseur – telle une personnalité influente de l’industrie du cinéma et un rappel de Harvey Weistein, dont le public amusé apprécie la comédie des approches stratégiques de harcèlements et d’agressions sexuelles sur une comédienne démunie et en recherche de contrats. Légèreté d’une comédie qui n’en dénonce pas moins les agissements indignes.

Love me tender, d’après des nouvelles de Raymond Carver

Poète d’abord, Raymond Carver (1938-1988), peu joué en France, est l’un des maîtres américains de la nouvelle : la publication de son recueil, Tais-toi, je t’en prie,en 1977, lui donne enfin accès à la célébrité, après de longs débuts tourmentés.

Guillaume Vincent a choisi pour Love me tender d’adapter six des nouvelles de Carver : Tais-toi je t’en prie, Pourquoi l’Alaska, La Peau du personnage, Personne ne disait rien(recueil Tais-toi je t’en prie) ;Appelle si tu as besoin(recueil Qu’est-ce que vous voulez voir; Débranchés
(recueil Les Trois roses jaunes).

Dans une société qui ne fait l’éloge que des succès tapageurs et des réussites spectaculaires, Carver propose le spectacle désenchanté de foyers modestes. Freinés par une gêne matérielle, les couples insatisfaits et décalés ne trouvent nul réconfort dans la consommation d’alcool, de tabac et autres substances : ils sont de grands jaloux obsessionnels, supposant trahisons et adultères de la part de l’autre.

Ils parlent donc à bâtons rompus, friands d’anecdotes à raconter ou bien à écouter,  s’entretenant sans fin, recevant des amis lors de la fête de Noël, et pourtant si seuls.

Intérieurs kitsch, ameublement années 1950, petites tables de nuit à lampe vétuste, canapés usagés, bonnets de Père Noël, et « duches » dans la salle de bains.

Une galerie de personnages théâtraux hauts en couleur, que Guillaume Vincent saisit dans l’humour, la dérision et la satire. Une multiplicité de couples – huit comédiens vifs, dynamiques et heureux d’en découdre – revêt les rôles dont deux pour chacun des interprètes puisqu’ils changent de partenaire, selon les scènes.

Le malaise est prégnant, comme si on n’était guère à sa place, placé là par erreur. Chez tel couple, on invite un autre à étrenner la pipe à eau et son haschich, entre bouteilles de coca, bons mots et rires sonnants jusqu’ à ce que s’installe l’ennui.

Chez tel autre, on s’apprête bizarrement à partir en Alaska ; ailleurs, on décide d’aller rendre visite aux propriétaires d’un appartement loué. Bonnes blagues à raconter,  et dérives existentielles. Une femme avoue à son mari l’avoir trompé jadis, et l’autre précise que son ex-mari est présent dans ses rêves alors que l’actuel n’y est pas.

Dans ces histoires félonnes d’amour malheureux, les acteurs jouent leur partition avec une belle vigueur – un bonheur d’être –  jusqu’à conférer à ce théâtre une note boulevardière qui, même mise à distance et moquée, ne sied guère à la dimension poétique de l’œuvre littéraire. Les deux univers ne se rencontrent pas, hermétiques.

Les beaux poèmes de Carver, clamés ici ou là, comme décalés et déconnectés, ne laissent ni traces ni fumées : « Il est malade, cette nuit, l’esprit. » (Insomnie d’hiver).

Véronique Hotte

Callisto et Arcas, du 15 au 27 septembre à 18h30 (les 15, 18, 19, 21, 25 et 27 septembre) ; Love me tender, du 14 septembre au 5 octobre, du mardi au samedi à 20h30, matinées les samedis 22 et 29 septembre à 15h30, au Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis bd de la Chapelle 75010 Paris. Tél : 01 46 07 34 50.