Cyrano d’Edmond Rostand, mise en scène de Lazare Herson-Macarel

Crédit photo : Baptiste Lobjoy

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Cyrano d’Edmond Rostand, mise en scène de Lazare Herson-Macarel

Une fête populaire qui rassemble des mondes hétéroclites – marquis et mousquetaires, petit peuple des artisans et pâtissiers, badauds qui mêlent poètes, littérateurs, acteurs et spectateurs – pour un festin de mots, telle est l’intention affichée du spectacle de Cyranode Rostand, créé par Lazare Herson-Macarel.

Un festin volumineux d’énergie et de dépense, une expérience jubilatoire, une pièce de troupe mobilisée par le personnage du titre-éponyme qui évoque tous les courants d’une vie perçue comme intense et profondément active, à partir des figures de l’opposition aux normes et aux règles consenties socialement, le « Non, Merci ! » d’un Cyrano insoumis qui crie son insolence, donne le spectacle de sa liberté, avide d’insurrection et gourmande de jours futurs plus avenants ou meilleurs.

Dans le mépris des compromissions, des paresses intellectuelles et des résignations, si souvent admises et intériorisées au quotidien, la lecture est radicale.

Cyrano ne serait pas qu’un conte gascon et national, rhétorique et militaire, dont le pittoresque effacerait l’héroïsme de l’œuvre et la mélancolie de son héros.

Le théâtre participe de la mise en lumière de la vérité sous les déguisements.

Scénographie modulable à la IKEA – panneaux de bois de pin blanc, marches d’escaliers, et hauteurs d’une bâtisse moyenâgeuses et rue sombre -, musique live, viole de gambe de Salomé Gasselin et batterie de Pierre-Louis Jozan, les comédiens font troupe et arpentent le plateau, portant les habits divers de leurs rôles divers.

Le maître d’armes François Rostain fait jouer les acteurs en cadets de Gascogne, le verbe haut et le corps altier en représentation – chorégraphie de Ingrid Pettigrew.

Scènes de comédie et d’amour, scènes de siège militaire à Arras et de guerre, les fumées des canons et la faim âcre qui abat les soldats, Roxane – Morgane Nairaud, loin de la représentation d’une dame policée et précieuse, mais enthousiaste et battante – vole au secours des cadets de Gascogne à Arras, les réapprovisionnant.

La dulcinée de Cyrano n’en pâme que pour le sot et vaillant Christian – Joseph Fourez convaincant dans le rôle – qui ne voit pas l’amour de son cousin Cyrano. Eddie Chignara apporte toute la verve et la prestance scénique dont il est capable.

Remercions de leur engagement Julien Campani, Philippe Canales, Eric Herson-Macarel, Céline Chéenne, Julie Petit, David Guez, Gaëlle Voukissa, René Turquois.

Ces personnages romantiques, grotesques et sublimes – un chœur de figures pittoresques évoluant pour un mélodrame et un récit de cape et d’épée – font de cette œuvre de 1897 un éloge du théâtre, les jeux d’esprit étant mis au service du cœur.

Poésie de la parole de Cyrano qui ne vit que pour le verbe traducteur du sentiment.

Beaucoup de désordre et de fureur qui sied à l’esprit festif et populaire de l’œuvre.

Véronique Hotte

Théâtre de la Tempête, La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre 75012 Paris, du 15 novembre au 16 décembre, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Tél : 01 43 28 36 36. Le Carré Chateau-Gontier (53), 20 décembre. Théâtre Jean Vilar, Saint-Quentin (02), 15 janvier. Théâtre Jacques Prévert, Aulnay-sous-Bois (93), 18 janvier. L’Escale, Melun (77), 22 janvier. Espace Lino Ventura, Garge-les-Gonesses (95), 25 janvier. Le Grand R, la Roche sur Yon (85), 29 et 30 janvier. Le Carré, Sainte-Maxime (83), 2 février. Scène 55, Mougins (06), 5 février. La Mégisserie, Saint-Junien (87), 8 février. L’Odyssée, Périgueux (24), 13 et 14 février. Le Théâtre, Rungis (94), 21 février. Le Théâtre de Cornouaille, Quimper (29), du 26 au 28 février. Le Salmanazar, Epernay (51), 12 mars. Théâtre Jean Vilar, Vitry (94), 30 marsLe Bateau Feu, Dunkerque (59), 2 et 3 avril

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J’ai bien fait ?, texte et mise en scène de Pauline Sales

Crédit photo : Tristan Jeanne-Valès

J'AI BIEN FAIT ?

J’ai bien fait ?, texte et mise en scène de Pauline Sales

 Un espace dédié à l’art contemporain, une pièce blanche sur-éclairée avec une petite table au lointain, dépôt de pinceaux, peintures, gobelets, chiffons et vin blanc.

Sur le plateau, entre ironie, moquerie et mise à distance, s’offre au regard du spectateur une installation plastique décalée, insolite et loufoque, de traversins blancs de literie – un chaos de boudins jetés sur le sol pêle-mêle et en désordre.

Une métaphore de la confusion du monde – déconstruction, délitement, sentiment existentiel dégradé de soi et solitude –, un trouble intérieur identifié chez tous.

La création artistique révèle et décrit le mal-être de chacun face à l’instabilité d’une réalité géopolitique, économique et sociale – de vrais mouvements imprévisibles.

Cet espace de création post-moderne est le lieu de vie de Paul – admirable Anthony Poupard qui excelle, à la fin de la représentation, à désinstaller son œuvre d’art pour la réinstaller en hauteur sur la paroi du mur, une performance -, le frère de Valentine, que celle-ci ne vient voir que tous les deux ans tant ils s’opposent dans leurs valeurs.

La sœur – Hélène Viviès, un peu trop larmoyante et enrhumée dont le jeu et les cris pourraient gagner à être plus distanciés – représente l’antithèse du frère plasticien désabusé. Engagée dans sa mission d’enseignante et de professeur de lettres d’une classe collégienne, elle mène ses élèves normands jusqu’au Louvre parisien, entrant en contact, en même temps, avec un jeune migrant avec lequel la classe a échangé.

L’aventure tourne mal – vol organisé des portables des adolescents -, et la classe est recluse dans la cave de l’atelier de l’artiste, sans que la sœur n’ait prévenu son frère.

Surgit ,par la même occasion, aux yeux de la prof dépassée, une ancienne élève, Manhattan – Olivia Chatain, remarquable d’équivoque et de sagesse décalée -, un brillant sujet subversif et réfractaire, à présent femme de ménage et amante de Paul.

Le monde va mal décidément pour la protagoniste dont la visite parisienne a tourné à la catastrophe, déjà agressée verbalement chez elle par sa fille qui « lui a hurlé dessus » quand elle a commenté ainsi les Attentats de novembre 2015 à Paris : « Ils n’auraient pas pu choisir des vieux ? Ils n’auraient pas pu vous choisir ? Vous avez de la chance… Vous n’avez vécu aucune guerre. Vous avez vécu tranquilles… »

Quant à Sven, le mari de Valentine, biologiste moléculaire, il apparaît régulièrement pour des monologues circonstanciés, versé dans ses recherches scientifiques – obsessions, fixations et symptômes de fermeture apparente à l’autre, même s’il ne cesse finalement de porter sa foi aux brassages immémoriaux des populations. L’ethnographie prouve que les peuples se rencontrent, se croisent et se déplacent.

Gauthier Baillot dans le rôle de l’inventeur ou du fou génial est bien à son aise.

L’art, la science, la littérature, le théâtre – l’attention portée à un monde instable – tirent les ficelles de ce spectacle régénérant, vivifiant, décoiffant, amusé et amuseur.

A la fois, un questionnement citoyen – à propos de la survivance de la planète et de ses habitants – et une bonne dose d’humour et d’autodérision provoquant le sourire.

Véronique Hotte

Théâtre de La Tempête, Cartoucherie, 12 rue du Champ-de-Manœuvre 75012 Paris, du 16 novembre au 16 décembre 2018, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h30. Tél : 01 43 28 36 36.

Scènes du Jura (Dole) 8 janv. 2019 / Le Granit (Belfort) 11 janv. 2019 / Théâtre Edwige Feuillère (Vesoul) 15 janv. 2019 / Quai des rêves (Lamballe) 18 janv. 2019 / Grand Logis (Bruz) 22 janv. 2019 / Le Canal (Redon) 24 janv. 2019 / Espace culturel Capellia (La Chapelle sur Erdre) 29 janv. 2019 / Carré magique (Lannion) 5 févr. 2019 / Centre culturel de Vitré 7 févr. 2019 / Scène nationale de l’Essonne (Evry) 14 févr. 2019 / Maison du Théâtre et de la Danse (Epinay-sur-Seine) 16 fév. 2019 / Espace culturel Boris Vian (Les Ulis) 22 févr. 2019 / Théâtre du Cloitre (Bellac) 7 mars 2019 / TAPS (Strasbourg) du 12 au 14 mars 2019 / Le NEST – CDN transfrontalier de Thionville Grand-Est du 19 au 21 mars 2019 / ACB scène nationale (Bar-le-Duc) 22 mars 2019 / MCNA (Nevers) 26 mars 2019 / Théâtre de Montargis 28 et 29 mars 2019 / Pont des Arts (Cesson Sévigné) 25 avril 2019 / Théâtre de l’Hôtel de Ville (Saint-Barthélemy-d’Anjou) 30 avril 2019 / Comédie De l’Est-CDN (Colmar) 23 et 24 mai 2019

Mémoire de fille, texte de Annie Ernaux (Editions Gallimard), version scénique Cécile Backès et Margaux Eskenazi, mise en scène Cécile Backès

Crédit photo : Thomas Faverjon

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Mémoire de fille, texte de Annie Ernaux (Editions Gallimard), version scénique Cécile Backès et Margaux Eskenazi, mise en scène Cécile Backès

Mémoire de fille (2016) d’Annie Ernaux dont l’œuvre autobiographique traque la vie dans le temps – est le récit d’«une traversée périlleuse jusqu’au port de l’écriture ».

Annie Ernaux « libère » la fille de 1958, prisonnière depuis plus de cinquante ans d’une colonie de vacances de l’Orne. Brillante élève issue d’un milieu populaire, elle  fraye avec le groupe des moniteurs, croyant rencontrer ses semblables et l’amour.

Enfant choyée, la voilà terrassée par la réalité des autres et de l’Autre, appelé H. L’amant d’un soir emportera tout sur son passage, réduisant le cœur et le corps de la jeune fille à un « moi » indistinct, livré à la boulimie et l’aménorrhée jusqu’en 1960.

Dès 1959 pourtant, Annie D. prend conscience de sa conduite où elle s’est vue agir en objet sexuel, non en sujet libre, manipulée par le réel – le bon vouloir de l’amant.

La relecture en 2007 du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir identifie cette fille inexpérimentée et ignorante du monde: « J’avais grandi sans honte sociale, sans honte sexuelle, l’une et l’autre me sont tombées dessus. La deuxième l’été 58. »

Une double aliénation où l’auteur puise ce qu’elle écrit, devenue écrivain à la fin de ces années 1958-1960, avant que l’épreuve enfin élucidée n’appartienne au passé. Ce projet d’écriture intime est seul apte à lui donner sens au-dessus du temps et de la mémoire. La fille de 58 est présente en la femme de 2014, qui est autre aussi.

Cécile Backès, metteure en scène et directrice de la Comédie de Béthune – CDN des Hauts-de-France -, connaît l’œuvre d’Annie Ernaux dont elle a monté L’Autre Fille, un spectacle itinérant qui, poursuivant son parcours, a été repris au Palace.

La mise en scène de Mémoire de fille par Cécile Backès – justesse et délicatesse d’une scénographie dédoublée – l’avant-scène pour le jeu scénique des protagonistes – lits des chambres – avec ses coursives latérales, et, au centre du plateau, une boîte noire pour le déploiement onirique des souvenirs – moments festifs aux couleurs scintillantes et aux sonorités musicales d’époque, une boîte à danser pour des êtres enfuis dont la jeunesse est rivée à cet imaginaire mythique perdu.

Sous les belles lumières de Christian Dubet et la guitare basse de Joachim Latarjet.

Radieuse, Judith Henry incarne la femme de 2014 dont la parole la dissocie de la fille de 1958, jouée admirablement par Pauline Belle, entre fraîcheur et spontanéité.

L’action advient, glissée entre les deux figures féminines, d’un passé à un présent.

S’approchant à l’avant-scène ou s’écartant vers le lointain, Judith Henry évoque l’autre, posant le regard sur une robe d’été métaphorique du ravissement d’un été. Comme apaisée d’avoir tout compris, elle énonce, sereine, son chemin d’élucidation.

Retour sur les lieux du souvenir, la vidéo montre sur l’écran l’errance d’Annie D.

Le public est convié à assister à l’obéissance de la jeune fille intuitive de 1958, offerte à un amant peu attentif, se pliant ainsi « à une loi indiscutable universelle, celle d’une sauvagerie masculine qu’un jour ou l’autre il lui aurait bien fallu subir ».

Pauline Belle arpente librement le plateau, livrant son corps à une expression étonnée de soi. L’innocente se croyant libre n’a pu lutter contre l’injure – « putain » – qui lui est adressée, erreur d’appréciation du regard des autres, les moniteurs envieux à la parole insultante et à l’adresse agressive qui dévalorise l’amour.

L’humiliation plonge dans un temps immémorial : « Chaque jour et partout dans le monde il y a des hommes en cercle autour d’une femme, prêts à lui jeter la pierre. »

La narratrice d’aujourd’hui pense encore à une autre douleur – celle des jeunes soldats du contingent partis loin de chez eux, l’été 1958, à destination de l’Algérie. Mutiques, ils ont été déniaisés aussi par la guerre : « Ils ne savaient pas si ce qu’ils avaient fait était bien ou mal, s’ils devaient en éprouver de la fierté ou de la honte. »

Deux temps de la représentation, les circonstances posées – réinvention des faits et des gestes dans la colonie et situation de consentement féminin apparenté à un viol subi. La parole de 2014 circule à cœur ouvert entre les personnages, témoins et acteurs, parole qui fait des spectateurs d’autres témoins légitimes – belle mise en abyme.

Jules Churin, Simon Pineau et Adeline Vesse interprètent les moniteurs, la mère… Pour eux, la même aventure se joue – tenues d’été pour trois semaines de légèreté–, disques 45 tours et électrophone pour « surprises-parties », appelées « surpat’ ».

Puis, vient le temps de la découverte et de l’appropriation de soi au cours de deux années – chambre d’étudiante, livres de littérature et bocaux de bonbons colorés.

La glaciation intérieure – elle croit aimer celui qui l’a méprisée – aura duré deux ans. Annie D. entre à l’École normale d’institutrices, assignée à sa place sociale originelle.

Mauvais choix de culpabilité et de dégoût : l’institutrice quitte un enseignement inapproprié pour lui préférer des études littéraires à l’université de Rouen. La blessure de deux années se referme sur la réappropriation de soi et l’envie d’écrire.

Cette histoire de jeune fille éclaircit « l‘opacité du présent » – une réalité brute qu’on ne contrôle pas et qui est perçue pourtant comme irréalité, des années plus tard.

Quand le théâtre s’empare de la véracité de toute expérience et la porte sur la scène dans la grâce et la précaution requises pour évoquer une jeunesse en herbe – son désir et son orgueil -, le spectateur éprouve à son tour la sensation d’être au monde.

Véronique Hotte

Comédie de Béthune – Centre Dramatique National Hauts-de-France, du 13 au 17 novembre. Théâtre de Sartrouville et des Yvelines CDN, les 4 et 5 décembre. Théâtre de Namur – Centre Culturel Régional de Belgique, janvier 2020.

Désobéir, collecte des témoignages et texte de Julie Bérès et Kevin Keiss, avec la participation d’Alice Zeniter, conception et mise en scène de Julie Bérès

Crédit photo : Willy Vainqueur

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Désobéir, collecte des témoignages et texte de Julie Bérès et Kevin Keiss, avec la participation d’Alice Zeniter, conception et mise en scène de Julie Bérès

 Rencontrer de jeunes femmes d’Aubervilliers, issues de la première, deuxième et troisième génération, telle est d’abord la mission de la metteure en scène Julie Bérès, se posant la question de l’invention – reconnaissance et naissance de soi.

Pour la création de Désobéir(2017) à la Commune d’Aubervilliers, Julie Bérès s’est mise à l’écoute des souvenirs de jeunes filles trop souvent absentes des scènes.

Trop souvent absentes car vues par l’extérieur – un monde policé, selon les normes occidentales -, comme porteuses d’un héritage culturel, cultuel, familial et social.

Comme dans une mise en abyme, ces jeunes souffrent d’abord d’un même héritage de l’intérieur, non seulement dans le cadre familial traditionnel, mais intimement. Ainsi, empêchées, bâillonnées symboliquement, et interdites d’être à soi, elles sont enfermées par la double peine, racisme et machisme, une assignation à résidence.

Désobéir revient donc à choisir si l’on consent ou non à de tels engrenages décisifs.

Le plateau devient un espace de parole libérée et d’expression de soi authentique, un parler vrai avec le public et avec soi, une manière de danse et de course ludique.

Interpellations, adresses au public et à la vie en général, chacune s’exprimant, libre.

La scène entre Arnolphe – un spectateur lit sa partition dans L’Ecole des femmes– et Agnès – les quatre jeunes femmes individuellement ou en chœur – est tout simplement savoureuse : elles se moquent et tournent en ridicule le discoureur.

Ce sont elles qui agressent verbalement, suivies par toutes les femmes du monde, contre les hommes abuseurs et vains, forts de leur puissance ancestrale illégitime.

Elles en arrivent même à casser le mur du lointain – trous, excavations et fissures.

Une jeune fille s’avance voilée sur le plateau et, sourire aux lèvres et peine au cœur, elle évoque la découverte de l’Islam, la trahison amoureuse, le poids des héritages.

Le cours d’Histoire-géographie lasse la collégienne car les cartes étudiées sont celles de Blancs – mer en bleu et continents où les bébés ont le ventre ballonné.

La révolte couve en elle, et elle se réfugie sur son mur Facbook où elle fait la connaissance d’un premier amour, un homme « de foi » qui la convertit et la trompe.

Retour à soi et à la maison, l’éprouvée garde l’Islam et transcende le mensonge subi.

Une autre raconte sa passion de la danse, hors des attentes familiales, se battant contre les préjugés qui n’accordent pas si aisément l’émancipation féminine. Une école de formation gagnée et bien menée, la jeune fille a trouvé sa raison de vivre.

Une troisième raconte les souffrances subies à l’intérieur d’une famille patriarcale – père et frères menant la danse, égrainant des interdits à épouse, à mère et à fille.

Quant à la quatrième jeune femme, de famille évangéliste, il lui a fallu supporter les lubies d’un père qui, d’incroyant est passé à la croyance subite et imposée à tous.

Mère en pleurs entre la fille et son père et qui assiste au « désenvoûtement » de la fille que le diable est certainement venu visiter, selon l’avis déterminé des parents.

Gouaille de l’énonciation et des joutes verbales, spontanéité de la gestuelle, danses et courses effrénées, selon la chorégraphie de Jessica Nolta, les interprètes s’amusent, ivres de s’être trouvées – miracle d’avoir réalisé ce mystère existentiel.

Ces miraculées qui se sont battues pour exister, Lou-Adriana Bouziouane, Charmine Fariborzi, Hatice Ozer, Séphora Pondi, enchantent le public de leur tonicité pétillante.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité internationale, 17 bd Jourdan 75014- Paris, du 13 novembre au 8 décembre, lundi, mardi, vendredi 20h, jeudi et samedi 19h. Tél : 01 43 13 50 50