Enfances, spectacle conçu par Françoise Morvan, avec André Markowicz, Annie Ebrel, Anne Auffret et Frédérique Lory – Le Festival des Lieux mouvants du 3 juin au 27 août en Centre-Bretagne

Crédit photo : Françoise Morvan

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Enfances, spectacle conçu par Françoise Morvan, avec André Markowicz, Annie Ebrel, Anne Auffret et Frédérique Lory Le Festival des Lieux mouvants du 3 juin au 27 août en Centre-Bretagne

 Le dimanche 20 août à 15h, sous la belle lumière douce et ensoleillée de Bretagne, s’est donné aux Lieux mouvants, un spectacle Enfances, en plein air sur la lande de verdure vive de la chapelle Saint-Antoine en Lanrivain, près de Rostrenen.

Le rendez-vous privilégié avec le public tient à l’évocation d’une enfance en Cornouaille – belle mémoire impressionniste des vacances et de la fin d’une enfance.

L’illustration du paysage sonore d’un été d’enfance en Bretagne se donne à travers l’émotion délicate de textes et de chansons à la belle teneur existentielle intuitive.

Françoise Morvan – inspiratrice du projet et fée inventive du spectacle d’Enfances – choisit non seulement des berceuses, un appel de berger, une gwerz, une chanson d’amour et une comptine mais aussi des chansons traditionnelles françaises.

« Lavandes en fleur » est une vieille chanson traditionnelle anglaise qui se chante tant en français qu’en breton et qui, selon la conceptrice, est « merveilleusement adaptée à la voix d’Anne Auffret, et à sa harpe, comme à la voix d’Annie Ebrel ».

Un point de vue vérifié et authentifié par un public venu nombreux et très attentif.

André Markowicz, le récitant des poèmes et des vers bretons, a choisi également de dire en russe et de traduire un magnifique poème sur l’enfance de Boris Pasternak. Par ailleurs, tous les textes dits en français par André Markowicz sont des poèmes inédits de Françoise Morvan à partir desquels celle-ci a écrit le spectacle pour le mettre en relation avec des chansons qu’elle connaissait elle-même quand elle était enfant.

Importance de la nature et proximité avec les éléments – vent, ciel et firmament.

Sommeil durable des temps passés et présence poétique de l’enfant serein qui dort.

Aux côtés des interprètes scéniques, se tient le marimba de l’école de musique de Rostrenen que jugule Frédérique Lory avec le tact fervent d’une écoute pointue.

Les souvenirs s’égrènent en un chapelet poétique lumineux que les images mémorielles fixent à jamais, bribes d’instants saisis par de jeunes êtres en bouton, les enfants que nous sommes pour avoir connu ce passage, une fois pour toutes.

De longs tabliers bleus – du linge qui sèche et durcit au soleil, dansant et chatoyant sous un vent discret qui pousse les nuages blancs inventifs dans l’immense ciel bleu.

La chaleur de l’été, l’ensoleillement saisonnier, le blé à point et l’état festif de vacances senties comme éternelles alors qu’il revient à chacun de fermer la porte de sa maison – une villégiature temporaire – quand sonne la fin de la relâche estivale.

Quitter les siens et les anciens, quitter l’été et le bonheur de laisser aller les jours, quitter la nature apaisante et consolatrice : la ville happe les vacanciers éconduits.

Restent les rappels familiers de la résonance de l’horloge dans la maison de famille, un tableau vivant de maître – nature morte à la motte de beurre imposante, décorée de formes ovales sculptées avec dextérité à la cuillère de buis sur la matière molle.

Parfums, senteurs, ombres, la vision esthétique s’attache à des détails picturaux inouïs : la lumière miroitante du velours bleu d’une robe, l’ombre d’un visage, les fleurs – roses et dahlias – que protègent de fins tuteurs de jardin contre le vent.

Mains noueuses aux veines sombres à côté de la peau lisse d’un visage éclairé.

Des réminiscences de la position d’un comte et de sa famille dans le voisinage, des contes et légendes d’enfance, une mémoire à l’écoute de scènes significatives à propos de la beauté de la Nature qui console du temps qui passe, de la vie qui va.

Un temps fort de retour vrai à une mélancolie fraîche et rieuse, vivace et atemporelle.

Véronique Hotte

Crédit photo: Olivier Troël

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Les Lieux mouvants du 3 juin au 27 août en Centre-Bretagne, Chapelle de Saint-Antoine en Lanrivain – Côtes d’Armor -, le 20 août.

RunRig au Festival Interceltique de Lorient – Soirée de clôture FIL 2017

Crédit photo : Andrew King

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RunRig au Festival Interceltique de Lorient – Soirée de clôture FIL 2017

 Même si cela fait trente ans déjà que le groupe écossais s’est produit pour la dernière fois au Festival Interceltique de Lorient, RunRig n’en fait pas moins retour, sûr de sa force artistique et de ses convictions esthétiques, d’autant que ce come-back vif correspond à la tournée de promotion du dernier album « The Story ».

Après un travail de studio – recherche et réflexion d’une identité musicale propre -, sonnent les retrouvailles avec un public averti dans les stades et salles de concert.

RunRig est perçu, et le public de Lorient à l’Espace Marine ne s’y trompe pas, comme un groupe incontournable de folk rock écossais dont le cœur bat intérieurement sur le rythme de la musique traditionnelle et de la langue gaélique, que la dimension du rock porte de ses résonances généreuses naturelles.

Basse, guitare, claviers, tambours et percussions marquent la griffe du rock celtique.

On retrouve sur la scène la verve des frères fondateurs du groupe RunRig – le bassiste Rory MacDonald, le battant fier du percussionniste Calum MacDonald -, le souffle de Iain Bayne aux tambours, la détermination de Malcolm Jones à la guitare, la présence rieuse et chaleureuse de Bruce Guthro au chant et à la guitare, et un musicien plus jeune dans le groupe et aussi producteur, Brian Hurren aux claviers.

Images de guerre et de soldats avançant sur des terres boueuses que des champs de blé et de coquelicots remplacent à la belle saison, RunRig raconte The Story – les guerres passées, les conflits sociaux, les grèves et les conflits sociaux mais aussi l’amour et le bonheur d’être au monde l’été, porté par l’espoir d’une vie meilleure.

L’Espace Marine a résonné de toute la stridence folk et rock écossaise attendue, rythmes et balancements du chœur de rockers, solos des instrumentistes, les musiciens n’ont pas boudé leur plaisir, heureux d’en découdre avec un public à leur écoute, pendu à leurs lèvres et à leurs instruments ravageurs – une vraie scène rock.

Véronique Hotte

Espace Marine, le 12 août, Festival Interceltique de Lorient, du 4 au 13 août 2017

L’Esprit des Voyageurs – Lyra et Sam Lee au Festival Interceltique de Lorient – FIL 2017

Crédit photo : Simon Guyomard

 

L’Esprit des Voyageurs – Lyra et Sam Lee au Festival Interceltique de Lorient – FIL 2017

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 Lyra

 Lyra est un groupe indo-tuniso-breton – musiciens et chanteuse des trois pays forment les six interprètes de la formation – qui, porté par l’association Konstelacio, a investi régulièrement les écoles, les hôpitaux et les orphelinats pour donner à entendre aux jeunes têtes les constantes, proximités et variations de traditions musicales si proches alors que fort éloignées d’un point de vue géographique.

Raphaël Khan et Parveen Sabrina Khan, percussionniste indien et chanteuse indienne assis à même le sol donnent la cadence, selon les rythmes mêmes du joueur de flûte et du joueur de oud tunisiens, Youssef Ben Dhifallah et Aziz Ouertani, et la flûte encore et le violon des musiciens bretons, Antoine Péran et Pierre Drouai.

Un beau dialogue curieux entre talents et inspirations, identités musicales et culturelles, langues et confessions. A l’honneur ainsi, les langues et les métissages, l’universalité de la musique et la diversité des langages, l’imaginaire en soi des temples indiens, des déserts tunisiens et des côtes bretonnes, une invitation au voyage sur les chemins de l’humanité, au-delà des frontières, des murs et barrières.

La fascination pour le public est immense, à l’écoute de sonorités orientales fascinantes – à la fois lointaines, étranges et familières, comme si les tendances et les traditions se rejoignaient naturellement quand on décide enfin d’écouter l’autre.

Promesse radieuse d’un avenir plus ouvert tourné vers la vie et ses espérances.

 

Crédit photo : Frederic Aranda

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Sam Lee

Artiste de musique folk anglaise, l’auteur-compositeur-interprète Sam Lee a eu non seulement pour maître, ces dernières années, le grand barde voyageur écossais Stanley Robertson, mais aussi les communautés nomades – gipsy ou irlandaises – du Royaume-Uni auprès desquelles il a voyagé et partagé l’imaginaire musical.

De cette manière volontaire et libre, a commencé l’aventure du collectage des sons et de la culture auprès des anciens – belle mémoire des hommes et femmes sages – de ce troubadour hors normes et singulier qui n’hésite pas à poser sa tente sur les Highlands sauvages comme à passer du temps au fond des pubs de l’Ulster.

Aller voir les aînés – femmes et hommes – que l’on n’a pas su entendre en leur temps, les écouter et transmettre leur patrimoine culturel : la posture est politique.

Sam Lee s’est approprié en les réadaptant ou les réactualisant la musique et les chants, les contes et les histoires des communautés de voyageurs et des peuples nomades anciens dont la musique folk anglaise relève du patrimoine universel.

Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, partir de ses racines et sortir de ses repères habituels et connus pour se développer ailleurs – majestueusement.

La musique folk et traditionnelle anglaise est vécue comme outil d’intégration sociale.

Aux côtés de la voix chaude et radieuse de Sam Lee – baryton de belle maîtrise et variation de jeu pour les chansons d’amour, de figure napoléonienne et d’humanité -, jouent en accompagnement serein, le violon d’une instrumentiste virtuose, le cymbalum – piano tzigane – et l’ukulélé d’un autre, et les percussions d’un troisième.

Une soirée de grande qualité humaine inattendue en même temps que musicale.

Véronique Hotte

Théâtre de Lorient, le 11 août – Festival Interceltique de Lorient – FIL 2017

Ar en Deulin – Yann-Fanch Kemener et son trio – Festival Interceltique de Lorient – FIL 2017

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Ar en Deulin – Yann-Fanch Kemener et son trio – Festival Interceltique de Lorient – FIL 2017

Edité en 1921, Ar en Deulin (A genoux) du poète breton Yann-Ber Calloc’h est un recueil de poèmes mystiques dont l’éloge concerne non seulement une terre et une langue – celles de Bretagne –, mais aussi une foi chrétienne et l’attraction de la mort.

L’ouvrage paraît grâce aux soins amicaux de Pierre Mocaër auquel l’auteur avait confié depuis le front de la Grande Guerre, en 1915, un manuscrit de trente poèmes qu’il le prie de publier, si jamais par malheur il n’était plus en mesure de le faire.

L’intuition du soldat s’est révélée cruellement juste car le poète né sur l’Ile de Groix en 1888 tombe au champ d’honneur le 10 avril 1917 à Urvillers dans l’Aisne.

Le recueil comprend le célèbre poème Me zo ganet e kreiz ar mor (Je suis né au milieu de la mer), chanté sur la mélodie fameuse composée par Jef Le Penven.

Le poème est repris par le chanteur et musicologue Yann-Fanch Kemener au cours du spectacle Ar en Deulin, créé pour le centenaire de la mort de Yann-Ber Calloc’h, une commande de l’association Amzer Nevez qui promeut la culture bretonne.

L’artiste est accompagné sur la scène d’Erwann Thobie à l’accordéon diatonique et de Heikki Bourgault à la guitare, soit deux générations pour la musique bretonne.

A l’honneur, le kan ha diskan – chant à répondre avec tuilage spécifique du Centre-Bretagne – où la voix dialogue entre les mélodies et harmonies des deux instruments.

Bleimor (loup de mer, requin) est le nom de barde de Yann-Ber Calloc’h, attentif à son île originaire de Groix comme à la mer en général, et à la dure condition économique des marins pêcheurs appauvris et qui meurent en mer, tel son père :

« Maître, écrit-il, quand il s’adresse au Créateur de toutes choses, pourquoi livres-tu à la disparition tragique les plus modestes et les plus durs des travailleurs ?… »

La mer et ses sortilèges, richesses des fonds et catastrophes des disparitions – colères des vagues, vents forts, tempêtes et rochers amers – produit des résonances et correspondances sonores propres au bruit significatif et à la fureur de la guerre.

Horizon immédiat du travailleur de la mer et ligne bleu horizon du front de guerre, la situation dramatique est humainement comparable : vie et mort, combat pour la survie et sauvegarde des familles – épouses et enfants laissés sur le rivage.

Et la langue bretonne qu’il faut faire vivre et revivre toujours : le poète s’exprimant d’abord en français choisit ensuite l’expression de la langue bretonne pour se livrer.

Des paysages de terroir et de mer, de souvenirs d’été sous la lumière dans les champs de blé, le poète évoque l’imaginaire profus et libre d’une littérature existentielle à la fois sombre et lumineuse, mélancolique et tournée vers la vie.

Un bateau rustique de pêcheur avec sa voile levée sert d’écran aux images projetées de femmes et enfants de marins qui retrouvent le pêcheur parti depuis longtemps.

Silences et musiques, chants et poèmes déclamés, l’attachement à la terre bretonne et aux êtres se révèle des plus profonds et des plus authentiques, poétiques enfin.

La statue de Yann-Ber Calloc’h sur l’ile de Groix s’élève majestueusement et clôt le spectacle, entre musique et poésie, correspondances musicales et sentiment intime.

Yann-Fanch Kemener se met « à genoux » Ar en Deulin, belle pose oubliée d’humilité sur la terre des hommes, le regard fier et attentif levé sur l’infini du rêve.

Véronique Hotte

Palais des Congrès, le 10 août – Festival Interceltique de Lorient – FIL 2017