Le 18 juillet, propos sur la création des éditions Mesures – Markowicz/Morvan -, à partir des spectacles donnés aux Lieux Mouvants, Hameau de Saint-Antoine à Lanrivain – Côtes d’Armor.

Le 18 juillet, propos sur la création des éditions Mesures, suite à des spectacles donnés aux Lieux Mouvants, Hameau de Saint-Antoine à Lanrivain – Côtes d’Armor.

Le 11 juillet, aux Lieux Mouvants, Françoise Morvan, en compagnie d’Annie Ebrel, a évoqué François-Marie Luzel, présentant sa vie à travers une exposition réalisée par ses soins, parlant du livre de Contes de Bretagne publié chez Mesures – livre tiré de la collecte de Luzel, n’omettant pas le rôle de sa sœur Perrine. Un hommage aux femmes dans la culture traditionnelle de Bretagne.

Or, aux Lieux Mouvants, on a pu voir, les années passées, le spectacle Avril, textes de Françoise Morvan et de Boris Pasternak, avec l’écrivain et traducteur André Markowicz,la chanteuse Annie Ebrel et la contrebassiste Hélène Labarrière; de même, d’autres spectacles, Incandescence et Enfance. Certains ont été accueillis au TGP-Saint-Denis, théâtre dirigé alors par Jean Bellorini.

Pour conserver la trace de ces créations : l’idée d’une publication possible des textes concernés. Idée qui s’est concrétisée parce que les spectateurs des Lieux Mouvants demandaient les textes de Françoise Morvan, textes qui faisaient partie d’un cycle de quatre volumes intitulés Sur champ de sable et qu’elle voulait voir publier ensemble.

Par ailleurs, le dimanche 18 juillet, au Hameau de Saint-Antoine à Lanrivain, s’est tenue, devant un vaste public sous la chaleur estivale, une rencontre avec l’autrice Françoise Morvan et le traducteur et écrivain André Markowicz, à propos de la publication dans leur nouvelle traduction du Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov aux éditions Inculte, dont avons déjà parlé sur ce blog.

Ce jour-là, les auteurs ont évoqué en même temps la création de la maison d’édition Mesures.

En effet, le thème de la maison cher à Mikhaïl Boulgakov est repris en écho à travers la maison d’édition Mesures, au logo de toits en pointe qui s’enchevêtrent – M de Morvan et de Markowicz.

Nous avons évoqué précédemment le personnage du poète dénommé « Sans-Logis », appellation qui répond au thème de la maison, central dans toute la culture russe, depuis Pouchkine, qui opposait  la maison – c’est-à-dire le foyer, inviolable et privé – et le pouvoir. La maison est un des motifs centraux du Maître et Marguerite, et ce n’est pas un hasard si sa première apparition dans le roman est « son absence » dans le surnom à la mode soviétique de l’un de ses personnages.

Or, du thème cher à Boulgakov de la maison privée et du foyer évoqué dans Le Maître et Marguerite, les deux auteurs passent, en un geste naturel, à la maison d’édition Mesures qu’ils ont créée, maison qui ouvre à la connaissance d’auteurs non suffisamment traduits dans leur propre pays et en France – maison de transmission et de traduction d’oeuvres trop souvent méconnues. Les ouvrages traduits désormais attireront peut-être des metteurs en scène curieux et intéressés. 

On apprend que c’est à la suite de la vente de son appartement à Saint-Pétersbourg, un « capital » dans la poche, qu’André Markowicz a eu l’idée d’une maison d’édition à soi.

Quelques ouvrages parmi tant d’autres : les quatre volumes de Sur champ de sable, Buée, Assomption, Brumaire et Vigile de décembre (qui ont dû être réédités en moins d’un an). Pluie de Françoise Morvan, Orbe d’André Markowicz, La Russie l’été de Kari Unskova, traduction et présentation d’André Markowicz, L’Oiseau-Loup de Françoise Morvan, La Folie Tristan traduite par Françoise Morvan, Ekaterina Ivanovna suivi de Requiem de Léonid Andreïev, traduction et présentation d’André Markowicz, Buée de Françoise Morvan, Assomption et Brumaire et Vigile de décembre et Sur le champ de sable de la même autrice.

D’autres ouvrages sont proposés dans la traduction d’André Markowicz : Les Douze d’Alexandre Blok, La Vie de l’Homme de Léonid Andreïev, Poèmes et Proses de Daniil Harms, La Fin de Casanova de Marina Tsvétaïeva, Oeuvres poétiques d’Iiazd, Le Dernier Départ de Guennadi Aïgui. 

Quelques commentaires encore d’André Markowicz sur la maison d’édition Mesures : « Chaque livre est beau, imprimé sur un papier qu’on a plaisir à voir et à toucher, chaque exemplaire numéroté et signé et les tirages limités (pour le moment à 400 exemplaires). Le prix reste modéré :  ces livres ne seront pas plus chers que la moyenne des livres déjà sur le marché. Comment les trouver ? D’abord, auprès d’une quinzaine-vingtaine de libraires amis, à travers la France. Pour les libraires, il s’agit de commandes fermes, avec une marge de 40% sur le prix de vente. A l’occasion des spectacles, des rencontres avec les lecteurs, en direct ou grâce aux libraires présents. »

Sur internet, la page Facebook d’André Markowicz et le site de Françoise Morvan informent des parutions ; « On peut acheter sur le site les livres, un par un, en les payant directement. D’une autre façon, sur le site des éditions Mesures : en s’abonnant sur une année, à un prix de cent euros, frais de port inclus, pour cinq livres. De la même façon que l’on commande aujourd’hui des paniers de légumes à des paysans qui vous fournissent selon ce qu’ils produisent et selon la saison ». L’idée est de suivre ce travail des deux auteurs, leur faire confiance, et avoir plaisir à se laisser surprendre, en tant que lecteur. Et faire que, là encore, les auteurs et les lecteurs travaillent en compagnons, l’aventure ne pouvant qu’être commune. (Février-mars 2019).

Véronique Hotte

La création des éditions Mesures, suite à des spectacles donnés aux Lieux mouvants, au Hameau de Saint-Antoine à Lanrivain – Côtes d’Armor.

L’autrice Françoise Morvan et le traducteur et poète André Markowicz présentent une traduction nouvelle du Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov – éditions Inculte. L’autrice et l’auteur présentent en même temps la création de leur Maison d’édition Mesures.

L’autrice Françoise Morvan et le traducteur et poète André Markowicz présentent une traduction nouvelle du Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, publiée aux éditions Inculte. Les Lieux mouvants au Hameau de Saint-Antoine à Lanrivain – Côtes d’Armor.

Le dimanche 18 juillet au Hameau de Saint-Antoine à Lanrivain, s’est tenue devant un vaste public sous la chaleur estivale, une rencontre avec l’autrice Françoise Morvan et le traducteur et poète André Markowicz, à propos de la publication du Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov aux éditions Inculte (www.INCULTE.FR).

« Moscou, années 1930, le stalinisme est tout-puissant, l’austérité ronge la vie et les âmes, les artistes sont devenus serviles et l’athéisme est proclamé par l’Etat. C’est dans ce contexte que le diable décide d’apparaître et de semer la pagaille bouleversant les notions de bien, de mal, de vrai, de faux, jusqu’à rendre fou ceux qu’il croise.

Chef-d’oeuvre de la littérature russe, livre culte à travers le monde, Le Maître et Marguerite dénonce dans un rire féroce les pouvoirs autoritaires, les veules qui s’en accommodent, les artistes complaisants, l’absence imbécile de doute… (Quatrième de couverture).

Ce roman est en effet un palimpseste de toutes les voix de la Russie : de Pouchkine à Gogol, de Dostoïevski aux romans satiriques soviétiques, tout est concentré là, dans une triple histoire : l’arrivée du Diable dans Moscou, l’amour désespéré d’un écrivain, le « Maître » et de sa bien-aimée, Marguerite et le roman du Maître, une réécriture des derniers jours de la vie de Jésus.

André Markowicz écrit ainsi, dans En guise de préface à l’ouvrage de Mikhaïl Boulgakov : 

« En 1928, lorsque Boulgakov commence à écrire un roman sur « le diable » et « Dieu » (pour reprendre les thèmes de ses premières notes), il sait qu’un tel roman sera impubliable en URSS, mais il l’écrit comme un acte de résistance, une manière de dire sa liberté face à Staline. C’est en 1928 que Staline met fin à la NEP, la nouvelle politique économique, qui autorisait une part d’initiative et de propriété privée, et c’est en 1928 qu’il engage sa politique de collectivisation de l’agriculture qui plongera le pays dans la famine et donnera lieu à la première vague de terreur de masse après la fin de la guerre civile.

 Alors même que la censure s’appesantit, et qu’il lui devient de moins en moins possible de publier ou de faire jouer ses pièces, il reprend, remanie, corrige jusqu’à sa mort : les dernières corrections datent du 13 février 1940; il meurt le 10 mars sans avoir pu revoir définitivement l’ensemble du texte – un texte qui est aussi le roman de toute sa vie et prend en miroir le reste de son oeuvre, en particulier son théâtre.

Commence alors la longue histoire du manuscrit, sauvé par la patience et la vigilance de sa femme Elena. Si, peu à peu, le théâtre de Boulgakov parvient timidement à être joué, il faut attendre 1966 pour qu’une version expurgée du Maître et Marguerite puisse voir le jour en deux livraisons de la revue Moskva dont les numéros sont épuisés en quelques heures. Après la parution d’ Une journée d’Ivan Denissovitch en 1962, chacun voit l’événement majeur de la période du « dégel »; des lectures sont données un peu partout, et, même si les critiques officiels observent un silence réprobateur, le roman circule comme une promesse partagée. Eléna Boulgakova obtient l’autorisation de faire paraître à l’étranger une édition complète du manuscrit (le texte donné par la revue Moskva était abrégé du tiers) et la première édition paraît en Allemagne en 1969, suivie, quatre ans après, de la première édition complète en URSS du roman.

Très rapidement, les traductions se multiplient et Le Maître et Marguerite est reconnu dans le monde entier comme le chef-d’oeuvre de Boulgakov et le chef-d’oeuvre du roman russe du XX ème siècle. C’est aussi cette histoire du manuscrit du maître sauvé par Marguerite que préfigure le roman, comme une fable dont le thème profond serait, malgré tout, la confiance. 

François Angelier commente Le Maître et Marguerite le 9 octobre 2020 dans Le Monde des Livres:

« Amorcé en 1928, sous le titre du Sabot de l’ingénieur, détruit, réécrit et sans cesse repris, ce chantier romanesque accompagnera son auteur jusqu’à sa mort en 1940. Testament littéraire et récapitulation apocalyptique de l’oeuvre entière, Le Maître et Marguerite en déploie toutes les thématiques : goût malicieux du sarcasme, de la parodie, de la théâtralisation des figures et des situations, ; fascination, à la suite de Goethe, Hoffmann, Berlioz  (nom d’un personnage), Gogol, Dostoïevski et Bernanos (Monsieur Ouine s’écrit durant la même décennie), pour les « diableries », titre de son recueil de nouvelles (1925), et les incursions sataniques en ce bas monde; opposition frontale et satirique à toute tutelle d’Etat sur l’écrivain et la culture; souci du religieux alors condamné…

La scène est à Moscou, au coeur des années 1930, grise mégapole tenue en main par l’Etat soviétique et son tentaculaire réseau administratif et associatif, maintenu en laisse par la milice omniprésente et les services de renseignements. S’invite là Satan qui, sous le nom de Woland et l’apparence d’un magicien noir, artiste de music-hall, épaulé par une escouade démoniaque de première force ayant pris l’apparence du colossal et sombre matou Béhémot, de l’ancien chef de choeur angélique Koroviev, du roux démon Azazello et de la rousse succube Hella, va s’employer, avec un dilettantisme supérieur, à ruiner, hommes et lieux, tous les fondements de la société soviétique.

On verra ainsi, au fil des chapitres et au moyen d’un éventail de sortilèges et de manigances, le quintette mettre à mal la toute-puissante Société des écrivains, humilier un poète officiel, un médecin ukrainien et un « buffetier » moscovite, et s’employer au dérèglement méthodique de toutes les institutions russes. A côté de ce saccage ludique, les deux personnages éponymes, le Maître, romancier interné, auteur d’un livre sur Jésus-Christ et Ponce Pilate, dont de larges passages sot cités, et sa maîtresse Marguerite, offrent un contrechamp mélodramatique et un horizon évangélique aux diableries. L’ensorcellement de Marguerite, sa convocation au sabbat et son assistance à un grandiose raout permettront de fusionner les deux plans du roman, qu’une fin toute mystique et spirituelle parachève, alors qu’estourbis, Moscou et le monde soviétique, retournant à leur grisaille, ne cessent de s’interroger sur ces singuliers et subversifs visiteurs, se vengeant de leurs désordres sur d’anodins chats noirs et d’anonymes citoyens.

Riches du travail de leur prédécesseur Françoise Flamant, et des travaux de spécialistes, tels ceux de Marianne Gourg, les traducteurs ont su radicaliser encore plus les partis pris théâtraux et la folie linguistique de ce pandémonium littéraire. Ils nous offrent, ainsi qu’ils l’écrivent, « un texte classique (…), pas un texte académique », mêlant préciosité et prosaïsme, humour (noms caricaturaux des personnages) et désespoir, élan lyrique et répétitions verbales. De bout en bout, ils maintiennent la pulsation rythmique de cette sarabande carnavalesque où Boulgakov démantèle la machine totalitaire. Et réaffirme, après Swift et Bloy, la puissance d’effraction idéologique de l’humour noir et de l’ironie fantastique. »

L’ouvrage est composé de deux parties et d’un épilogue. Pour donner une idée du ton général de l’ensemble, notons le titre du Chapitre 1 de la Première Partie : Ne parlez pas aux Inconnus. La note 1 de bas de page explique que le roman commence par le rappel de la doctrine officielle du Parti communiste des années 30 en URSS : il ne faut jamais parler aux inconnus, de crainte de se trouver face à de possibles agents de l’étranger. (Toutes les notes sont des traducteurs.)

Les deux personnages en présence de ce début de roman, assis sur un banc, au bord des étangs du Patriarche, au centre de Moscou – tout près de l’appartement où Boulgakov écrivait son roman -, n’étaient autres que Mikhaïl Alexandrovitch Berlioz, rédacteur en chef d’une revue littéraire et président de l’une des plus importantes associations d’écrivains de Moscou, et son jeune compagnon, le poète Ivan Nikolaïévitch Ponyriov, écrivant sous le pseudonyme de « Sans Logis ».

La note 4 de la page 18 informe que le poète Ivan Ponyriov a choisi pour écrire le pseudonyme de Bezdomny, c’est-à-dire « celui qui n’a pas de foyer, de maison », un pseudonyme révolutionnaire parmi une série de tant d’autres, comme il en existait à l’époque, à commencer par celui d’Alexeï Pechkov. Gorki, autrement dit « l’Amer ».

Or, « Sans-Logis » répond au thème de la maison, central dans toute la culture russe, depuis Pouchkine, qui opposait  la maison (c’est-à-dire le foyer, inviolable et privé) et le pouvoir. La maison est un des motifs centraux du Maître et Marguerite, et ce n’est pas un hasard si sa première apparition dans le roman est son absence dans le surnom à la mode soviétique de l’un de ses personnages.

Berlioz, de son côté, est insatisfait du poème antireligieux qu’il a demandé à son jeune acolyte. On apprend, à la note 8 du bas de la page 20, quel était alors l’esprit du temps et ses exigences :

« Les commentateurs citent tel ou tel poème soviétique qui serait le prototype de celui de Sans-Logis. L’époque était aux attaques contre la religion, au pillage des églises et aux arrestations massives des prêtres. Boulgakov avait été très choqué non seulement par la violence de ces attaques mais aussi par la nullité artistique des poèmes publiés contre le Christ. »

Mais la conversation sur Jésus-Christ des deux personnages est écoutée par un troisième insolite, l’étranger, qui se présente ainsi à eux : « Excusez-moi, je vous prie, dit, avec un accent étranger mais sans déformer les mots, celui qui venait de s’approcher, si sans vous connaître, je me permets… mais le sujet de votre conversation est si intéressant que… » (p.23) 

La note 10 de bas de page indique, pour l’anecdote, que cette dernière phrase forme le début de la chanson de Mick Jagger « Sympathy for the Devil » écrite en 1968, après que Marianne Faithfull lui eut fait lire la première traduction anglaise du Maître et Marguerite qui venait juste de paraître.

André Markowicz qui, en retraduisant les oeuvres de Dostoïevski leur a rendu leur force, s’est attaqué en compagnie de Françoise Morvan à ce monument littéraire et nous restitue sa cruauté première, son style brut, son souffle, son humour, ses capacités ludiques et son universalité. 

Un livre facétieux qui sait jouer des diableries cocasses comme des dangereuses folies humaines.

Véronique Hotte

Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan, éditions inculte, 2020, 556 pages 22,90 €. http://www.INCULTE.FR

Lieux mouvants, rencontres, spectacles, expositions Côtes d’Armor & Morbihan, du 3 juillet au 29 août 2021. www.lieux-mouvants.com

Lieux mouvants, rencontres, spectacles, expositions Côtes d’Armor & Morbihan, du 3 juillet au 29 août 2021.www.lieux-mouvants.com

Lieux Mouvants est un Festival culturel en pleine nature, dans le Centre-Bretagne, mêlant spectacles – danse, musique, performance -, rencontres – écrivains, scientifiques, voyageurs -, expositions, sculptures in-situ dans des lieux magiques d’une beauté humble et poignante. 

Les lieux concernés vont du Hameau de Saint-Antoine à Lanrivain jusqu’à l’Enclos de Burthulet à Saint-Servais et au Jardin en ville à Gouarec dans les Côtes d’Armor, en passant par Le Crosco à Lignol jusqu’à Locuon à Ploërdut dans le Morbihan. 

Du 3 juillet au 29 août 2021, le week-end mais aussi en semaine, le public.  peut apprécier des plasticiens qui ont posé leurs Oeuvres in situ : Johann Le Guillerm, Julien Lannou, Cyrille André, Delphine Lecamp, Charlotte Pringuey-Cessac. Sont proposées des expositions de 11h à 18h en continu dans les Maisons du Hameau de Saint-Antoine, de Baptiste Rabichon, Henri Gaudin, un documentaire de Pierre-François Lebrun sur Alain Le Quernec et ses Colères d’Affiches. Sont données des projections éphémères de 11h à 13h, de réalisateurs comme Marine de Contes, Guillermo Quintero, Jackie Bastide et Matthieu Verdeil avec l’artiste Abraham Poincheval.

En vrac, les artistes, entre autres, qui se produiront aux Lieux Mouvants : rencontre musicale, Véronique Brindeau & Etsuko Chida; danse-cirque avec le Galactik Ensemble; le poète Yvon Le Men; rencontre-projection avec le cinéaste et écrivain Alain Fleischer; concert de l’ensemble Matheus sous la direction musicale de Jean-Christophe Spinosi; l’écrivain Hadrien Klent; concert avec Jean-François Zygel & Valentin Tournet; danse avec Dominique Jegou; avec Kaori Ito, avec Mickaël Phelippeau; danse- performance avec Clédat & Petitpierre, François Chaignaud ; Bartabas, écuyer d’exception ; Jean-Pierre Le Dantec, architecte-urbaniste; Catherine Diverrès, Emmanuelle Huynh et Boris Charmatz, figures de la danse contemporaine, et le hip-hop du Groupe Paradoxal-Sal du regretté Ousmane Sy ; un concert-hommage à Yann-Fanch Kemener…

Seront présents également les paysagistes-urbanistes Jacqueline Osty d’un côté, et Jean-Philippe Teyssier, de l’autre; le physiologiste et créateur de la coach-respiration Jean-Marie Defossez, le responsable biodiversité de l’Office National des Forêts Laurent Tillon, le paléontologue Ronan Allain, l’urbaniste et architecte Denis-Marie Lahellec, le connaisseur des arbres anciens Mickaël Jézégou….sans oublier un concert encore avec François Morel.

Pour sa 8 ème édition, qu’elle dédie au regretté Jean Schalit (1936-2020), journaliste, homme de presse, écrivain et fondateur historique des Lieux Mouvants, la directrice-adjointe Rosalie Tsai se souvient des propos de ce grand inspirateur, lors du lancement de la manifestation en 2013 :

« Il existe une Bretagne peu connue du grand public qui pourtant aime ce pays : c’est la Bretagne intérieure.  On y cultive de nombreux jardins, apparus, maintenus ou retrouvés autour de vieilles demeures de granit ou de schiste. On y trouve aussi des paysages naturels et sauvages qui sont de vrais jardins, ils sont là depuis toujours et pourtant ils se transforment en permanence. Tous ces lieux bougent : végétations variant au fil des saisons, lumières changeantes des ciels bretons, vents capricieux agitant arbres et arbustes : ce sont des lieux mouvants. Sans cesse. Vous connaissez tous des lieux mouvants.

Nous souhaitons faire dialoguer ces lieux avec des artistes aussi légers et fluides que le plantes de notre région mais aussi forts que les rochers qui en percent  l’écorce : ce sera Lieux Mouvants.

Plasticiens, musiciens et danseurs, débatteurs et botanistes, après s’être imprégnés chacun d’un de ces lieux, improviseront avec lui un dialogue. Le mélange ou la succession des trois disciplines dans un même espace naturel produira une alchimie imprévisible. Pour ce faire, Lieux Mouvants fera appel aussi bien à des artistes internationaux qu’à des créateurs de la région, dit le créateur.

Pour exemples, dans cette 8 ème édition en cours, a eu lieu le dimanche 11 juillet, une rencontre musicale avec Annie Ebrel, Françoise Morvan et André Markowicz, soit une exposition Luzel, commentée, contée et chantée. François-Marie Luzel (1821-1895) n’est pas seulement le plus grand folkloriste de Basse-Bretagne mais l’un des pionniers de la collecte de chants, de contes et de théâtre populaire en Europe. L’auteure Françoise Morvan a présenté cette exposition et, pour l’accompagner, Annie Ebrel a chanté des chansons collectées par François -Marie Luzel – celles-ci ont inauguré sa carrière de conteuse -, puis elle en a dit un choisi parmi les 400 recueillis.

Nous reviendrons plus longuement sur la rencontre du 18 juillet au Hameau de Saint-Antoine à Lanrivain, qui a eu lieu avec l’auteure Françoise Morvan et le traducteur et poète André Markowicz, à propos de la nouvelle traduction du Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, aux éditions Inculte (www.INCULTE.FR)

Un bel été ardent dans un Centre-Bretagne magique, entre littérature, musique et danse, et l’attention portée à l’environnement naturel aux côtés de pépiniéristes et paysagistes passionnés.

Véronique Hotte

Lieux Mouvants, du 3 juillet au 29 août 2021, rencontres, spectacles, expositions dans les Côtes d’Armor et le Morbihan. www.lieux-mouvants.com

Festival d’Avignon Off – Théâtre des Doms – Home, Morceaux de nature en ruine, mise en scène de Magrit Coulon.

Festival d’Avignon Off – Théâtre des Doms – Home, Morceaux de nature en ruine, mise en scène de Magrit Coulon.

Depuis le XVI ème siècle européen, l’âge avancé subit une vision très dure en un temps où les valeurs esthétiques et morales liées à la jeunesse sont partout célébrées. Les représentations artistiques de la vieillesse, notamment féminines, recèlent de la violence. Vision amère et désenchantée de la destinée humaine, cette image est celle d’une dégradation à la fois physique et morale – fragilisation irréversible de l’être.

 Les « personnes âgées» ou du « troisième âge » ont remplacé les «vieux» ; ils sont des actifs en bonne santé, des consommateurs et pratiquant la vie associative. A soixante-quinze/quatre-vingts ans, la situation est autre: l’expression «grand âge» ne cache pas les problèmes liés à l’idée de vieillesse : solitude, maladie, infirmités, et perte d’autonomie entraînant une dépendance. D’où la création des E.H.P.A.D., Etablissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes.
Home est le terme désignant une maison de retraite en Belgique. Un anglicisme  signifiant: foyer ou chez soi. C’est la première et lumineuse mise en scène de Magrit Coulon, sur un thème peu exploré : la vieillesse confinée dans un «parc de vieux ». La dramaturgie de Bogdan Kikena est en lien avec le travail physique de Natacha Nicora.

Entre fiction et documentaire, Home s’inspire de scènes vécues sur plusieurs mois avec l’équipe d’une maison médicalisée bruxelloise. Soit l’observation portée sur la scène de la vie quotidienne à l’intérieur de cet home: moments de convivialité éprouvée -bonheur ou malheur- dans la salle commune : tracas,  soucis, épisodes tragi-comiques, souvenirs qui affleurent, paroles murmurées, pleurs…

Carole Adolff, Anaïs Aouat et Tom Geels sont les résidents de cet home et incarnent des gens vieillis et usés, à la mémoire chancelante et voués à une disparition prochaine. Les jeunes acteurs prêtent leurs corps aux voix des anciens qui, dans une salle commune, entre une plante verte, une table, trois chaises, une radio, un fauteuil, un piano, n’attendent rien.
Des corps authentiques, grâce à l’acquisition de détails pris sur le vif, signant le grand âge: marche avec déambulateur, main tremblante, regard absent, paroles rares… Pour la galette des rois, l’homme obtient la fève, se moque de lui, le regard rieur mais ses compagnes de résidence, endormies, ne peuvent le féliciter. Et le sol autour de la table est souillé de papiers, détritus, liquide et miettes de galette.

Un lieu aseptisé, à la fois privé et public, que les résidents habitent sans le savoir, absents au temps. Parfois, l’un prend la parole, fredonnant une chanson ou évoquant un souvenir. Ce sont les derniers gestes -des comportements humains- avant que la mort ne prenne son dû : instants de vérité, quand on ne peut plus subvenir à sa survie. Le public entend les voix de ces anciens reproduites en play-back; les comédiens eux, miment les mots, paroles et  soupirs d’échec, insatisfaction et aussi parfois, connivence, parfois. Et face à ce malheur d’être à la fois femme et âgée, l’homme tire son épingle du jeu via la culture, jouant quelques notes de piano, chantant ou déclamant.

Il écoute et ses deux comparses dont il semblerait que l’une soit son épouse, peuvent profiter de l’instant poétique: une version audio de King Lear, une mise en abyme implicite de la situation quotidienne de ces résidents, donnant à entendre la voix affolée d’un vieillard shakespearien, absurde, sans jugement, faible, puis délirant, qui incarne à jamais vingt siècles après Oedipe, la malédiction d’un vieillissement incontournable.

Se déploie le rythme d’un quotidien en huis-clos, la mécanique des gestes, silences, souvenirs et espérances transforme ce mouroir en un feu d’artifice de vies et fantasmes, à travers un sourire, un clin d’œil et la liberté de jouer et se moquer.

Véronique Hotte

Du 6 au 27 juillet à 10h au Théâtre des Doms, 1 bis rue des Escaliers Sainte-Anne à Avignon. Tél : 04 90 14 07 99.