François d’Assise de Joseph Delteil, adaptation Adel Hakim et Robert Bouvier, mise en scène de Adel Hakim

Crédit photo : Mario del Curto

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François d’Assise de Joseph Delteil, adaptation Adel Hakim et Robert Bouvier, mise en scène de Adel Hakim

 Le comédien Robert Bouvier a joué dans Prométhée Enchaîné et Le Parc, pièces mises en scène par Adel Hakim avec lequel encore l’acteur crée en 1994 François d’Assise de Joseph Delteil, spectacle qui n’a jamais cessé de tourner en France et à étranger et compte à ce jour près de 400 représentations. Un succès éloquent.

Joseph Delteil, écrivain et poète, est né en 1894 dans l’Aude, d’un père bûcheron-charbonnier. Il écrit à Paris en 1922 son premier roman, Sur le fleuve Amour, qui subjugue les surréalistes. En 1927, le cinéaste Carl Dreyer réalise, d’après le Jeanne d’Arc (1925) de Delteil encore, son film célèbre au titre éponyme. L’auteur populaire produit nombre de romans, poèmes et biographies avant de changer de vie en 1930.

Avec son épouse Caroline Dudley, il quitte Paris, malade, pour s’installer à « La Tuilerie », près de Montpellier. Delteil devient vigneron et écrit plus rarement ; en quatre décennies, il ne publie que quelques ouvrages, dont François d’Assise (1960). Il meurt en 1978.

Le fils de paysan préfère la proximité de la terre, préférant une solitude dépouillée mais riche intérieurement, en compagnie du Christ auquel il voue une foi bien à lui.

Les héros de Delteil, vrais ou imaginaires, suivent leur propre route avec entêtement.

Dieu a ainsi choisi la vocation de François d’Assise que l’élu suit, tel un destin. François est initié par l’amour divin et mu par une morale juste : amour, charité, grandeur d’âme, sens du sacrifice, lois fortes et simples, un rappel de l’Évangile.

Le saint François a connu, comme l’auteur, une enfance modeste, puis une réussite sociale, avant de faire le chemin inverse jusqu’à la mise à distance anonyme de soi.

L’écriture de Joseph Delteil est poétique, généreuse et colorée, jouant d’une langue bien particulière qui affectionne les tournures patoisantes et les mots du terroir – les signes d’une sagesse rustique et bon enfant – ; aussi les petits « françoisiers » sont-ils souvent évoqués à travers aussi le sourire moqueur du comédien Robert Bouvier.

Porter un regard naïf et candide sur la vie et le monde – la nature, les animaux terrestre et célestes, le ciel bleu, les jolies paysannes, la cuisine de Frère Jacqueline.

A la manière du Créateur qui contemple ses créatures au milieu d’un champ de visions sensuelles – ruban d’argent des rivières et couleurs des prés -, de fragrances florales et de parfums de foin, d’émotions gustatives – framboises de septembre et Frangipane – et de musiques – cris d’oiseaux, bruits des sources et des fontaines.

La scénographie inventive d’Yves Collet donne à voir des panneaux gris de chapelle votive, un ciel de lumière et derrière un muret, une rangée amusée d’épis de blé.

Le soleil d’une vie éclatante darde ses rayons, une chaleur radieuse presque tactile.

Robert Bouvier est le jeune François qui quitte sa ville d’Assise pour y revenir, âgé. Qu’il interpelle, avec un rire dans les yeux et une gouaille communicative, Frère Léon ou bien qu’il coupe encore les longues mèches souples et bouclée de la séduisante Claire, l’interprète fait vibrer l’icône, entre verve populaire et pauses de silence.

Le comédien incarne l’obstination habitée et la passion – joie d’être et faconde -, une folie libre et désintéressée, sachant admirer les beautés et richesses éphémères, qui reviennent cycliquement d’une saison à l’autre, rituellement.

Dévêtu puis rhabillé, l’acteur déploie un corps affranchi, ouvre les bras et simule le Christ en croix, amoureux de la vie et des désirs qu’elle provoque mais sachant y renoncer. Le saint profère sa colère et monte sa voix tonitruante quand il veut signifier son désaccord. Or, Il aime d’abord la vie et la nature, une présence inouïe.

Un éloge de l’existence rudimentaire qui s’accomplit dans le bonheur en dépit des misères croisées et des dénuements consentis, au profit d’un monde meilleur rêvé.

Dans le souvenir encore du metteur en scène Adel Hakim habité par l’art du théâtre – initiation et passion, goût de l’existence et des autres, empathie pour le monde.

Véronique Hotte

Manufacture des Œillets, Théâtre des Quartiers d’Ivry, centre dramatique national du Val de Marne Métro Mairie d’Ivry, du 1er au 12 décembre. Tél : 01 43 90 11 11

Théâtre Les Trois Pierrots à Saint-Cloud, le 11 janvier.

L’Atrium à Fort-de-France, les 26 et 27 janvier.

La Station Théâtre La Mézière, les 2 et 3 février.

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L’Empire des Lumières, d’après le roman de Kim Young-ha, adaptation Valérie Mréjen et Arthur Nauzyciel

Crédit Photo : Philippe Chancel

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L’Empire des Lumières, d’après le roman de Kim Young-ha, adaptation Valérie Mréjen et Arthur Nauzyciel

 A partir du roman emblématique et populaire de Kim Young-ha – L’Empire des Lumières -, tableau de la Corée contemporaine traversée par la fissure déchirante entre le Nord et le Sud, Arthur Nauzyciel, metteur en scène et directeur du Théâtre National de Bretagne à Rennes, propose une fresque du destin d’un couple sud-coréen : lui, d’un côté, et elle, de l’autre, dans un apprentissage mutuel de la lucidité.

Malgré eux, les deux ont fait l’épreuve du mensonge dans une drôle de vie duelle.

Lui est un « espion dormant » : missionné par les services secrets de la Corée du Nord – vingt ans auparavant – afin de s’infiltrer en Corée du Sud, contrée voisine et ennemie, où, les autorités donnaient à voir dans les foyers des dessins animés destinés aux enfants, et les communistes du Nord y étaient des loups sanguinaires.

Les deux vivent une vie tranquille et confortable – lui, oubliant qu’il est un faux transfuge du Nord, et elle, ancienne étudiante contestataire procommuniste. La vie dans la Corée du Sud – consumérisme et libéralisme – « endort » et les questions de jeunesse n’ont guère plus cours quand s’installe le sentiment factice de la réussite.

L’espion n’a jamais dit la vérité à son épouse, si ce n’est le jour fatidique de son rappel politique, tandis que celle-ci avoue rejoindre régulièrement, l’après-midi, un jeune amant, accompagné d’un second, dans un « love hôtel » ; dent pour dent.

L’idée d’étrangeté à soi et au monde est la métaphore qui traverse le roman De Kim Young-ha : nul n’est fidèle à soi, ni authentique, ni sincère, mais seulement flottant.

Pour Arthur Nauzyciel, le thème du roman est l’amour – gâchis et séparation -, de deux êtres qui mettent à distance toute union existentielle, comme les deux Corées.

Réalité et fiction, les êtres restent insaisissables, tels des fantômes et des spectres, entre vie et mort, présence au monde et pure abstraction, ce dont rend compte la justesse de l’utilisation de la vidéo – les comédiens sont au plateau, assis à une table, attendant le moment opportun de leur surgissement dans la partition théâtrale.

Les deux amants de l’épouse dessinent un duo dansé, se déplaçant sur la scène dans une infinie précaution tandis que sur l’écran le visage de chacun est exploré.

Les comédiens semblent à peine vivre leur vie de personnage, tant l’appel de l’inconnu, de l’indécidable et de l’énigmatique dans l’existence s’avère fort et intense.

Lenteur des déplacements, gestes et marche chorégraphiés, le public pense assister ou bien participer à un rêve ou à un songe, entre veille et sommeil, s’appliquant à extraire du tableau qui lui est proposé, l’infinie qualité extrême du sentiment de vivre.

L’être n’existe pas, approximativement accompli entre quiproquos et mensonges. Plus que l’histoire d’un pays séparé, à la façon des deux ex-Allemagne de l’Est et de l’Ouest, c’est le récit du manque et du vide qui emplit la vie de chacun qui est conté.

Moon So-ri est une star du cinéma coréen, et elle est une belle épouse dans la pièce de théâtre, naturelle et gracieuse, élégante et réservée, juste dans l‘ambiguïté même. L’espion est joué par le secret Ji Hyun-Joon, acteur du théâtre musical.

Tous sont justes et précis, entre absence et présence, ce qui redouble et multiplie la tension sollicitée, côté scène et côté salle, exposant et exacerbant tous les esprits.

Un voyage lointain dans l’imaginaire des deux Corées qui ne fait que nous rapprocher de l’universalité de tous les sentiments d’appartenance à l’existence, politique ou bien amoureuse. Une œuvre délicatement tricotée – cinéma et théâtre – entre mailles à l’endroit et mailles à l’envers de la danse approximative et branlante de toute vie.

Véronique Hotte

MC93- maison de la culture de Seine-Saint-Denis Bobigny, spectacle en coréen surtitré en français, du 5 au 10 décembre. Tél : 01 41 60 72 72

La Fuite !, comédie fantastique en huit songes de Mikhaïl Boulgakov, adaptation, mise en scène, décor et costumes de Macha Makeïeff

 

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La Fuite !, comédie fantastique en huit songes de Mikhaïl Boulgakov, adaptation, mise en scène, décor et costumes de Macha Makeïeff

En 1928, Boulgakov remet le texte de La Fuite au Théâtre d’art, qui le lui a commandé en 1927. Soupçonné de servir la cause des Blancs, l’auteur doit reprendre son texte plusieurs fois de 1928 à 1934, avant d’aboutir en 1937, à une quatrième et dernière version, créée, de façon posthume en U.R.S.S., en 1957.

Incomprise en son temps, la pièce La Fuite « associe à la bouffonnerie du champ de foire un drame psychologique fondé sur la conscience individuelle », une tentative mystique de « s’élever impartialement au-dessus des Rouges et des Blancs.»

La pièce burlesque montée par Macha Makeïeff, est articulée en huit « songes » – des cauchemars hors du réel : une femme du peuple – monstre indistinct sous une couverture, prétendument sur le point d’accoucher -, se métamorphose en général de Cosaques. La fille d’un gouverneur et l’épouse d’un ministre font le trottoir dans les rues de Constantinople, entre Grecs et Turcs, orgue de Barbarie, décor de coupe d’immeuble populaire avec pièces diverses à vue.

La mise en scène se donne comme une fantasmagorie ludique, un songe éveillé à l’intérieur d’une boîte noire – le théâtre – dans laquelle percent toutes les couleurs suggestives – ternes ou éclatantes – en une chorégraphie savante de mouvements.

Le mysticisme est posé, voix assourdies et chœur orthodoxe, intérieur d’église monastique dans les ténèbres avec petites lumières et icônes, déplacements des ombres, des spectres renaissants, des figures traditionnelles du peuple russe.

Une verrière, structure élevée de métal et de transparence – salle d’attente de gare, au Nord de la Crimée -; lunes électriques bleutées au dehors, baies brumeuses immenses, sous les grondements du passage des trains, la scène rappelle l’imaginaire de Znorko ou de Tanguy – théâtre populaire de pantins et marionnettes.

Boulgakov plonge ses personnages dans un monde perverti par la guerre civile. Khloudov (Geoffroy Rondeau), énigmatique, est incapable de conduire son armée. Le planton Krapiline (Sylvain Levitte) condamne la cruauté de l’homme de pouvoir qui se venge : il devient une victime pendue à un réverbère qui hante son bourreau.

Le général Tcharnota (Vincent Winterhalter impliqué) est combattif, un peu fou ; de même, son double féminin, Liouska (Karyll Elgrichi) – dimension comique du drame.

Sont attachantes les deux figures poétiques Serafima (Vanessa Fonte), jeune bourgeoise pétersbourgeoise, et Goloubkov (Pascal Rénéric), auto-parodie de Boulgakov, exemplaire de l’intellectuel « à la lampe verte » dont la faiblesse profonde relève de l’impuissance irréversible à ne pas influer sur le cours des événements.

La représentation propose un univers désaxé où tout est incontrôlable, où les retournements se multiplient d’un « songe » à l’autre, et à l’intérieur de chacun d’eux.

La distorsion du réel atteint son paroxysme dans le cinquième « songe », avec l’image grotesque des courses de cafards – dérision et profanation, Le cauchemar diabolique est traversé par deux métaphores – la fuite et la course, d’un côté, et le jeu de hasard, de l’autre -, deux faces exacerbées, l’une sérieuse et l’autre bouffonne.

La fuite des Blancs face à l’avancée des Bolcheviks est, pour Khloudov, la réaction de cafards « symbolisant sur le monde parodique à la fois la fuite et la défaite ».

A Constantinople, Tcharnota joue aux cartes sa fortune entamée, il perd son bien aux courses, puis il gagne à Paris au jeu une fortune contre Korzoukhine (Alain Fomager), traître, bandit du grand commerce des fourrures, renégat de sa femme.

Après l’entracte, la seconde partie est moins tenue mais le spectacle reste un joli patchwork de théâtre vivant, fait de chaos et de ruptures, d’assemblage subtil et de grosses coutures, d’allers et retours entre genre tragique et farcesque. Fanfare,

émotion, danse, croisements des êtres et des destins, une inspiration à la Bellorini.

Véronique Hotte

Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis, 59 boulevard Jules Guesde – 93200, du 29 novembre au 17 décembre. Tél : 01 48 13 70 00

Mélancolie(s), création et adaptation collective à partir des Trois Sœurs et d’Ivanov d’Anton Tchékhov, mise en scène de Julie Deliquet avec son collectif In Vitro

Crédit photo : Simon Gosselin

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Mélancolie(s), création et adaptation collective à partir des Trois Sœurs et d’Ivanov d’Anton Tchékhov, mise en scène de Julie Deliquet avec son collectif In Vitro

Dans Mélancolie(s), on trouve un peu des Trois Sœurs, beaucoup d’Ivanov – textes fusionnés par Julie Deliquet, puis repris, improvisés par huit comédiens du collectif In Vitro, avec cet impératif original que les mots soient tous de Tchekhov ou presque.

La pièce commence dans un printemps festif car c’est l’anniversaire de Sacha (Agnès Ramy), la plus jeune des sœurs. Entourée de son mari Théodore (Olivier Faliez) auquel elle se sent moins attachée, de sa sœur aînée médecin Olympe (Julie André) et de son frère Camille (Gwendal Anglade) qui leur présente sa promise Natacha (Aleksandra de Cizancourt). Les jeunes gens se souviennent de leur père mort un an plus tôt. Ce nouvel anniversaire pourrait sonner la fin d’un deuil et l’espoir d’une vie nouvelle, si une note de mélancolie ne s’invitait d’emblée à la fête :

« O mon Dieu ! Le temps passera et nous partirons pour l’éternité, on nous oubliera, on oubliera nos visages, nos voix, combien même nous étions, mais nos souffrances se transformeront en joie pour ceux qui vivront après nous, le bonheur et la paix s’installeront sur la terre et ceux qui nous remplaceront parleront de nous avec bonté et béniront ceux qui vivent à présent. » (Les Trois Sœurs)

Le public assiste à l’arrivée de Nicolas (Eric Charon) projetée sur l’écran de cinéma, dont la voix off intérieure – révèle la lassitude et une peine agacée pour sa femme malade Anna (Magaly Godenaire). Fin du film et de l’image du héros au volant de sa voiture, accompagné d’Anna, traversant les rues d’une ville éclairée dans la nuit.

Surgissent en Live sur le plateau, le conducteur et sa femme : celui qu’on vient de voir à l’écran est un ancien ami du père défunt des sœurs ; Nicolas a garé sa voiture à l’instant, portant toute la violence et la mélancolie du tchékhovien Ivanov.

Le matériau est prêt pour les méthodes de travail du collectif In vitro – la désacralisation du texte parlé qui est perçu comme un support immédiat dont on peut se libérer, la responsabilisation commune et collégiale d’une parole portée sur la scène et la stratégie valorisée de l’improvisation théâtrale, recherche et pauses.

L’émotion est présente dans ces instants de convivialité et de retrouvailles entre amis ; éclats de rire et fébrilité exacerbée, déjà là avant que tout ne commence.

Sacha s’agite et fond en larmes pour un rien ; elle rit plus tard encore, secouée et possédée par des effluves affectifs, des courants sentimentaux qui la gouvernent.

En face d’elle, Nicolas lève les bras, s’agite et s’agace, s’énerve et ne contrôle plus ni son verbe ni ses mouvements : il n’en peut plus, affecté par le poids des soucis :

«Comme je voudrais pouvoir vous prouver que le bonheur n’existe pas, ne peut pas exister et n’existera pas pour nous. Nous autres, nous ne devons que travailler et travailler. Le bonheur, lui, c’est le lot de nos lointains petit-fils. » (Les Trois Sœurs)

 La fatigue de Nicolas/Ivanov est proportionnelle aux buts assignés à lui-même, d’où son scepticisme et ses plaintes geignardes – dépression et sentiment de culpabilité.

Les hommes comme Ivanov, commente Tchékhov dans ses Œuvres, « sont décontenancés, les bras leur en tombent, ils s’énervent, gémissent, font des bêtises, et, enfin, permettant à leurs faibles nerfs de prendre le dessus, perdent l’équilibre et rentrent dans la catégorie des « brisés » et des « incompris… »

 Ce que joue au pied de la lettre Eric Charon dans le rôle de Nicolas, un peu fébrile.

 Il est vrai que Nicolas n’est pas véritablement condamnable, c’est un inadapté, nuisible peut-être, mais pas un « salaud », une simple victime de la réalité. N’aimant plus sa femme malade (Magaly Godenaire), il la bouscule sans pitié.

Quant à Sacha, elle rêve un héros qu’elle a connu petite ; elle sait l’activité dont il a été capable, avant sa « maladie ». Elle a jeté son dévolu sur le plus séduisant :

« Elle s’exalte sur le but qu’elle s’est donné : ressusciter un homme à vau-l’eau, l’aider à se relever, lui donner du bonheur… Ce n’est pas Ivanov qu’elle aime, mais ce but … Elle se bat avec Ivanov, et, lui, ne ressuscite toujours pas, sa chute est de plus en plus profonde… », écrit Tchékhov encore.

Nicolas est associé avec Louis (David Seigneur), figure infréquentable, si on l’écoute et le voit agir, ôtant de son crédit à Nicolas, à moins qu’il ne s’en serve, par calcul…

Les comédiens jouent leur rôle jusqu’au bout des doigts – belle sensibilité à fleur de peau – un peu trop d’ailleurs pour le spectateur auquel on n’a pas donné le temps d’apprécier la juste situation et toute la séduction que Nicolas symbolise.

Il aurait fallu donner davantage de poids – petite musique tchékhovienne – aux personnages pour que le public prenne la dimension de ce qui se joue devant lui.

Un peu comme si la représentation donnait ex nihilo une agitation non expliquée à des pantins désarticulés auxquels le public accorderait sa foi, sans les connaître.

Ce qui n’empêche pas le travail de plateau, et les spectateurs en redemandent.

Véronique Hotte

Théâtre de la Bastille, 78 rue de la Roquette 75011. Festival d’Automne à Paris, du 29 novembre au 22 décembre, et du 8 au 12 janvier à 21h, relâche le dimanche. Tél : 01 43 57 42 14