Léonce et Lena, texte de Georg Büchner, mise en scène de Thom Luz, direction musicale Mathias Weibel

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Léonce et Lena, texte de Georg Büchner, mise en scène de Thom Luz, direction musicale Mathias Weibel

Léonce et Léna, la seule comédie de Büchner, a été écrite en 1836, après La Mort de Danton et avant Woyzeck – un contrepoint loufoque et ludique aux deux drames.

Suite aux comédies romantiques, cette forme burlesque et sarcastique table sur une ironie radicale, telle une tentative pour conjurer la mélancolie, l’ennui aristocratique.  Parodie de la monarchie avec sa société décadente de petites principautés vaines.

Une comédie de l’absurde avant l’heure, écrite voilà deux cents ans par un jeune homme de vingt-trois ans, une comédie sans en être, selon le concepteur Thom Luz.

Dans la mise en scène subtile de celui-ci, composée de couleurs pastel et d’une esthétique choisie – scénographie, musique, chorégraphie, poésie et silence -, le prince Léonce règne dans ses appartements en jeune homme indécis :

« Au commencement de tous les vices était le désœuvrement. Qu’est-ce que l’ennui ne fera pas faire ! Ils étudient par ennui, prient par ennui, s’éprennent, s’épousent, prolifèrent par ennui, meurent finalement par ennui, et le tout – c’est là l’humour – d’un air extrêmement important, sans chercher de pourquoi, ni où tout cela nous mène. »

Une vision où les humains ne se réduiraient qu’à des êtres désœuvrés et raffinés ; aussi l’ennui semble-t-il au prince une capacité de magie, un divertissement propice.

De son côté, la princesse Léna est encline à rêver, ne pensant qu’à fuir les carcans. Les deux figures juvéniles n’en restent pas moins héritières de deux royaumes dont les familles respectives ont arrangé le mariage pour que la paix puisse régner.

Or, les rois et les reines ne peuvent que rarement imposer une volonté délibérément tyrannique à leurs descendants, même s’ils obtiennent  finalement gain de cause.

Les enfants princiers éprouvent, chacun de leur côté, un désir irrépressible de liberté dont ils cherchent la promesse en Italie où ils se sont enfuis, pays salutaire où leur rencontre est inattendue, tombant amoureux l’un de l’autre, prêts à revenir au royaume où s’impose le mariage arrangé, aussitôt remplacé par de justes noces.

Le regretté Bruno Bayen, traducteur de Léonce et Léna, parle de la pièce comme d’un casse-tête indiscernable, un théorème que Büchner n’a pas le temps de démontrer. Il s’interroge : «voyage asentimental et roman d’inapprentissage ? Le vertige d’un conte sur la faille du temps et cette fatigue fluide qui n’est qu’à la jeunesse ? La preuve par neuf que l’âge adulte ne tient pas debout ?… »

Quand Léna demande à Léonce s’il l’aimera bien toujours, celui-ci lui rétorque que « toujours » est un long mot, et s’il l’aime encore quinze mille ans et sept mois, cela devrait lui suffire. Une période si longue est propice à prendre le temps de s’aimer, quand bien même le temps prendrait l’amour ou encore l’inverse, l’amour le temps.

Les deux amoureux d’Italie reviennent à la cour où, déguisés comme des poupées automates, ils exécutent un rituel marital jusqu’à ce que, laissant tomber les masques, ils découvrent qu’ils étaient destinés l’un à l’autre par le choix parental.

Arabesques, lignes sinueuses de formes élégantes et cache-cache chatoyant des identités, la mise en scène de Thom Luz est loin de manquer de peps, retenant l’attention du spectateur pour l’attacher à des images cocasses et éblouissantes.

Une vaste scène claire d’intérieur de palais, abandonnée à l’usure du temps – studio de danse avec ses barres, ses miroirs élégants où chacun tente de saisir une identité évanescente et aléatoire, tandis qu’un bain de lumière tombe d’une porte-fenêtre majestueuse, installée à cour, qui donne, à l’extérieur, sur les jardins princiers.

Et les personnages de la cour, le roi, le précepteur, la gouvernante, les conseillers… essuient, dans le parc du palais, la pluie torrentielle d’un orage violent et tonnant. Le public assiste à leur inconfort : ils tapent sur le carreau pour entrer se protéger.

Un chœur trempé, silencieux et loufoque pénètre dans la grande salle royale tandis que dès le début de la représentation, un musicien qui pourrait s’apparenter à un maître de cérémonie – pianiste et chanteur lyrique – ne cesse de courir sur la pointe des pieds, léger comme un oiseau sautillant, de jardin à cour, d’un piano l’autre, puisque l’instrument  classique dont il joue semble avoir été coupé en deux, les notes graves d’un côté et les notes aiguës de l’autre. Une situation absurde et pétillante.

Une pianiste encore joue dans une pièce attenante située dans le lointain, donnant la mesure des pas à des apprentis, danseurs invisibles, qu’elle dirige : « Arrière !… » Chat et souris, les deux pianistes s’invectivent, rivalisent, placés en concurrence.

Et roi, gouvernante et consorts vont et viennent dans la salle de danse, s’arrêtent, tels des pantins mécaniques, des poupées de boîte à musique du XVIII è siècle. Gestes, voix et chants, solo et chœur, semblent apprécier la cadence du temps, s’arrêtant pour de longues pauses silencieuses, puis reprenant leur jeu fantasque.

La partition de cette comédie souriante et désenchantée dont la direction musicale revient à Mathias Weibel est tenue à merveille, ne négligeant jamais le moindre détail. La matière scénique, l’étoffe de cette vie, en est rêveuse pour une jolie vision du monde.

Véronique Hotte

Nanterre-Amandiers, Centre dramatique national, 7 avenue Pablo Picasso 92022 – Nanterre Cédex, du 17 au 20 janvier 2019. Tél : 01 46 14 70 00

 

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Meaulnes (Et nous l’avons été si peu), d’après le roman Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, un spectacle de Nicolas Laurent

Crédit photo : Elisabeth Carecchio

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Meaulnes (Et nous l’avons été si peu), d’après le roman Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, un spectacle de Nicolas Laurent

 Le Grand Meaulnes (1913) d’Alain-Fournier n’a pas laissé indifférentes nombre de générations de lecteurs attentifs, si ce n’est qu’il paraît aujourd’hui un rien désuet.

C’est un roman d’aventures, d’amour, d’amitié, du merveilleux, de l’enfance qui s’enfuit, écrit Nicolas Laurent, concepteur de Meaulnes (Et nous l’avons été si peu).

Un monde dévolu à l’adolescence. Ainsi, le mélancolique François Seurel, narrateur du récit, vit et étudie dans l’école où ses parents sont instituteurs, il voit sa vie bouleversée par l’arrivée d’un nouvel élève, Augustin Meaulnes. Celui-ci, étrange et fascinant, suscite l’admiration de tous jusqu’à devenir le meilleur ami de François.

Or, avant Noël, Meaulnes disparaît trois jours, revient et ne dévoile rien de sa fuite. Il raconte enfin s’être égaré dans la forêt de Sologne, ayant dormi dans une bergerie, avant de découvrir par hasard, sur le chemin du retour, le « Domaine mystérieux ».

Dans cette demeure, se donne une fête féerique – un public d’enfants y est invité -, à l’occasion des fiançailles du fils de la famille, Frantz de Galais. Mystérieuse aussi, est la sœur du fiancé, Yvonne, croisée par Meaulnes avec la promesse de se revoir.

Mais les fiançailles sont annulées et la fête tourne court, Meaulnes est déposé près de son pensionnat : il ne lui reste que des souvenirs. Tous, à l’école, ne suivront qu’une idée, retrouver l’envoûtant « Domaine mystérieux » et ses accents festifs.

Nicolas Laurent a l’intelligence des enjeux de cette œuvre mythique – recherche du bonheur, impossibilité de le trouver, exacerbation des joies de l’enfance, inconfort de l’adolescence, apaisement ou renoncement de la maturité, quête du monde et de soi.

Or, le metteur en scène semble avoir été trop soucieux de mettre à distance la teneur mélancolique de la fascination juvénile pour les fêtes perdues de la vie. Les comédiens passent de la narration à l’incarnation, et sur le plateau de théâtre, vivent les personnages – François, Meaulnes, Yvonne et Frantz de Galais – portant en eux les doutes, les incertitudes et les questionnements existentiels fort troublants.

Nicolas Laurent joue son rôle de directeur de jeu, lisant, interrompant les scènes, pour mieux mettre à nu une interrogation distanciée – géographie, littérature, théâtre. A la table avec ses acteurs, il se lève, simule une pseudo-rencontre télévisuelle avec documents projetés à l’écran – carte d’état-major, chemins vicinaux, manoirs et lacs.

Le public amusé perd l’atmosphère d’abord saisie avec tact – poésie et onirisme – de l’œuvre, pour suivre la petite équipe d’acteurs en marche sur les terres boisées et les paysages de verdure somptueuse de Sologne, cherchant encore ce que Le Grand Meaulnes veut dire pour des couples de retraités arrêtés sur une aire d’autoroute nommée « Grand Meaulnes » : ne manquent plus que les Gilets jaunes invisibles.

Les acteurs – Max Bouvard pour Augustin Meaulnes, Camille Lopez pour Yvonne et Paul-Emile Pêtre pour François – jouent leur partition avec conscience et rigueur, n’oubliant pas d’être eux-mêmes à l’occasion, donnant leur point de vue sur l’objet étudié, sur ce que la vie d’acteur recèle de plaisir, de contrainte et d’exigence.

Et les spectateurs suivent à l’écran les pérégrinations de ces jeunes en quête d’un paradis qui pour avoir été à peine entrevu est déjà perdu, en randonnée dans une Nature paisible et sublime de beauté, échouant enfin, après la fatigue d’une longue marche, dans des demeures vétustes et abandonnées, heureux d’être là ensemble.

Une ouverture au mythe poétique entre légèreté et désinvolture appuyées.

Véronique Hotte

Centre dramatique national Besançon Franche-Comté, avenue Edouard Droz 25000 – Besançon, du 15 au 19 janvier 2019. Tél : 03 81 88 55 11

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – Centre dramatique national, les 14, 15 et 16 février 2019. Ma Scène nationale – Pays de Montbéliard, le 16 mai 2019

Le Marchand de Londres d’après The Knight of the Burning Pestle de Francis Beaumont, mise en scène de Declan Donnellan

Crédit photo : Johan Persson

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Le Marchand de Londres d’après The Knight of the Burning Pestle de Francis Beaumont, mise en scène de Declan Donnellan

 Francis Beaumont (1584-1616) est un dramaturge anglais du théâtre élisabéthain. Dès 1605, Il collabore avec le dramaturge John Fletcher (1579-1625), et certaines de leurs créations sont jouées par la compagnie de William Shakespeare.

Ce duo fameux devient clandestin, quand ferment les théâtres sous le puritanisme. La réouverture autorise les représentations publiques, dès la Restauration de 1660.

The Knight of the Burning Pestle est la pièce la plus célèbre de Beaumont en solo.

Le Marchand de Londresest le sixième spectacle en russe que monte le metteur en scène inspiré Declan Donnellan, une coproduction de Cheek by jowl, la compagnie internationale de théâtre de ce dernier, et du célèbre Théâtre Pouchkine de Moscou.

Comédie privée – histoire de rupture entre une jeune fille de bonne famille et son amant, lequel, au service du père de la belle, est banni pour un prétendant plus argenté -, Le Marchand de Londres perd de son allant dramatique quand survient un épicier – le titre éponyme – et son épouse, un couple populaire de notre temps.

Les deux figures réalistes et bon enfant se lèvent de leur siège, au milieu du public, et montent bruyamment sur la scène, engageant les comédiens à jouer autrement, et plus joyeusement pour ne pas provoquer l’ennui qui les accable jusqu’alors.

Des lieux moins conventionnels seraient les bienvenus car le décor de manoir cossu que l’on propose au public – des photos projetées d’intérieur de la demeure – inspire plutôt une tristesse muséale, quand il faudrait en échange faire rêver le public.

Voyageons donc, et en compagnie du neveu et commis du couple de commerçants, Rafe, qui portera inopinément le rôle de Chevalier de l’Ardent Pilon avec pour valet, l’un des acteurs qui dirigeait alors le spectacle cadre de ce théâtre dans le théâtre.

Nazar Safonov dans le rôle du Chevalier naïf à la mine réjouie dégage une énergie.

Or, son oncle et sa tante ne cessent d’interrompre le cours de la représentation, prenant partie pour tel ou tel personnage, donnant la primeur aux réflexes « vrais ».

Alexander Feklistov et Agrippina Steklova jouent leur partition avec une instantanéité gourmande, pleine d’un bel instinct populaire, selon la mécanique bienveillante qui sied aux faibles et malveillante aux forts, un geste de reconnaissance collective.

Le couple est âgé et la perte relative de sa jeunesse ne lui ôte pas le désir d’exister.

Toujours est-il que l’histoire racontée de jeunes amants en fuite, avec ses stations temporelles successives et l’indication des lieux du drame, tourne à merveille, selon les mouvements précis d’un beau manège gestuel et d’une chorégraphie amusée.

Les dernières répliques de la scène qui s’achève sont reprises à l’orée de celle qui suit, tandis que pivote sur elle-même une maison-cube – extérieure d’un côté, avec ses images projetées de façade de briques rouges d’une Angleterre industrielle, et de l’autre côté, maison intérieure, quand tourne la structure, laissant apparaître un foyer actuel où le père, guitariste amateur, se livre à l’énergie musicale du Métal.

Saluons cette jolie invention facétieuse et tonique du scénographe Nick Ormerod : des milieux sociaux divers se croisent sur le plateau, entre grisaille, ennui et lumière.

D’un côté encore, la verve populaire du couple d’épiciers loufoques et sincères, et de l’autre, la dimension tragique des amours contrariées par une tyrannie paternelle.

Saluons les acteurs Sergei Miller, Anna Vardevanian, Kirill Chernyshenko, Andrei Kuzichev, Alexei  Rakhmanov, Anna Karmakova, Danila Kazarov et Kirill Sbitnev.

Et, sous la direction de la chorégraphe Irina Kashuba, les deux actions entremêlées s’achèvent en un ballet festif de prestance et d’élégance : les acteurs russes du Théâtre Pouchkine portent la grâce et l’ardeur d’une présence scénique indéniable.

Cette mise en abyme subversive de 1607 de François Beaumont correspond à la menace d’un mouvement populaire de plus en plus hostile à l’art et à la culture. Une farce troublante en avance sur son temps. A quoi sert l’art et à qui est-il destiné ?

Des questions esthétiques et politiques qui résonnent fort en nos temps instables, avec, de plus, l’occasion unique d’apprécier le plaisir d’un spectacle comique.

Véronique Hotte

Les Gémeaux – Scène nationale de Sceaux, 49 avenue Georges Clémenceau 92330 – Sceaux, du 16 janvier au 2 février, du mercredi au samedi à 20h45, dimanche à 17h. Tél : 01 46 61 36 67 

Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, texte de Christine Citti, mise en scène et scénographie de Jean-Louis Martinelli

Crédit photo : Christine Citti

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Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, texte de Christine Citti, mise en scène et scénographie de Jean-Louis Martinelli

 Certains jeunes mineurs – de 13 à 18 ans – échouent dans des foyers d’accueil d’urgence, le sens de ce mot étant tout relatif puisque l’urgence se poursuit sur quelques mois voire une année, avant que ne soit trouvé un « lieu » plus salutaire – retour à la famille originelle, rarement, ou à une famille substitutive d’accueil.

La comédienne et auteure Christine Citti et le metteur en scène Jean-Louis Martinelli ont côtoyé ces adolescents blessés, les ont vu vivre dans un malaise et un mal-être injustes.

L’auteure a observé ces pousses meurtries par la réalité familiale et sociale dans un foyer de Seine-Saint-Denis, lieu d’inconfort moral qui lui a permis de restituer une langue :

« Les filles ont presque toutes vécu des épisodes de violence sexuelle ou physique au sein de leur famille, dans leur quartier ou ailleurs, et des tentatives de suicide… »

Ces lieux – des foyers d’accueil d’urgence des mineurs installés à Paris, dans sa périphérie et en région – ne sont pas propices à une véritable immersion des personnes extérieures  qui sont ni éducateurs ni assistants sociaux : elles ne sont pas bien reçues.

Les locaux qui seraient adaptés à davantage d’humanité n’existent pas en tant que tels, ils provoquent simplement des rencontres, des moments privilégiés mais rapides.

Des lieux de grande instabilité, aussi bien dans la rotation du personnel d’éducateurs que parmi les jeunes qui arrivent à grand fracas et repartent toujours inopinément.

Le spectacle s’approche du théâtre documentaire mais le transcende largement, inspiré à l’auteure par une connaissance approximative d’une communauté de jeunes gens perdus qu’on ne veut jamais entendre et à laquelle la parole est donnée pourtant.

Le spectacle a su saisir les aspirations, les désirs enfouis et les épreuves de ces jeunes gens en situation de violences – mépris parental, déscolarisation, délinquance et petits vols, consommation et deal de produits illicites, prostitution.

La mise en scène propose une aventure chorale – gestes collectifs et partage.

Le spectacle suscite d’emblée l’empathie et la compassion face à ces jeunes blessés que la vie, même à ses débuts, n’épargne pas et qui n’en témoignent pas moins d’une intelligence intuitive des mécanismes sociaux essuyés qu’ils ne peuvent enrayer.

Energie, vitalité, enthousiasme, la détresse affective n’empêche pas une volonté juvénile de vivre – passion, plaisir et douleur -, comme aussi l’envie d’en arrêter là parfois pour certains – un accident passager qui se transforme aussi en rage de mordre la vie.

Insultes, injures, provocations physiques, coups, la langue crue de ces garçons et filles à la dérive ne laisse rien transparaître de leurs attentes, comme s’ils admettaient avoir intégré un monde qui ne laisse place qu’à la vulgarité et au parjure.

Or, ces turbulentes figures spectaculaires – interprétées par des comédiens admirables qui se placent au plus près de leur personnage – composent un chœur vocal et un ballet chorégraphié avec de jolis soli, selon l’art de Thierry Thieû Niang,

Autour de Christine Citti dans le rôle d’intervenante extérieure, les éducateurs et les « éduqués » s’engagent à plein régime dans les enjeux existentiels qui sont les leurs.

Ainsi, sur la grande scène vide, une grande porte battante au lointain – un rappel de toutes les belles mises en scène de théâtre de Jean-Louis Martinelli -, mais en même temps cette porte signifie la barrière qui sépare l’extérieur de l’intérieur du foyer. Elle est couramment empruntée par les éducateurs qui font le lien avec le monde.

Pour meubles, un canapé à cour et une table et des chaises à jardin, tandis que trône sur le plateau un espace fermé vitré – une grande cabine évocatrice – dans lequel se tiennent les rendez-vous, les entretiens, les conciliabules entre éducateur ou éducatrice qui se veut au plus proche de ces locataires obligés des lieux.

Jean-Louis Martinelli qui a frayé avec talent avec l’œuvre engagée – politiquement et esthétiquement – de Lars Noren est à son aise avec le rendu des affres de la société.

Les acteurs qu’il dirige jouent admirablement avec le feu, brûlant leurs cartouches verbales avec générosité et s’essayant à des mouvements individuels et duels – boxe et art du pugilat, contrôlés et dansés, tandis qu’un indépendant préfère l’art martial.

Vérité des situations et des personnages – verve admirable et gestuelle éblouissante-, le public est saisi par tant de hargne et de justesse émotive.

Véronique Hotte

MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, 9 boulevard Lénine 93000 Bobigny, du 16 au 25 janvier, mardi, mercredi, jeudi 19h30,vendredi 18 janvier 14h30, vendredi 25 janvier 20h30, samedi 18h30 et dimanche 15h30. Tél : 01 41 60 72 72 Châteauvallon – Scène nationale, les 4 et 5 octobre 2019. Théâtre du Gymnase à Marseille, les 8 et 9 octobre. L’Espace des Arts, Scène nationale de Chalon-sur-Saône, les 17 et 18 octobre.