Borderline(s) Investigations #2 , écriture et mise en scène Frédéric Ferrer, dramaturgie et recherches Clarice Boyriven, production Vertical Détour.

Crédit photo: Juliette Parisot.

Borderline(s) Investigations #2 , écriture et mise en scène Frédéric Ferrer, dramaturgie et recherches Clarice Boyriven, production Vertical Détour.

Borderline(s) Investigations #2 aborde avec tous les codes et supports des grandes conférences internationales un thème ambitieux : la survie de l’humanité. Conçu et  animé par Frédéric Ferrer, géographe et homme de théâtre, il succède à la première conférence du GRAL, Groupe de Recherche et d’Action en Limitologie, consacrée à l’effondrement écologique, et plus particulièrement, à la disparition des Vikings du Groenland.

Cette seconde conférence traite donc de l’avenir de la planète de plus en plus compromise depuis l’avènement de l’anthropocène, depuis que l’espèce humaine en est devenue le maître absolu.

En tant que rapporteur de cette conférence, Frédéric Ferrer se présente en parfait professionnel, doublé d’une tchatche intarissable, d’une élocution aussi nerveuse  que ses déplacements sautillants. Ii présente les sujets les plus farfelus mais aussi les plus graves  en gardant jusqu’à la fin son rôle de maître du jeu, malgré des partenaires incontrôlables,

La première partie de la conférence est plutôt une mise en bouche avec le conflit frontalier suédo-norvégien causé par les rennes, présenté par Karina Beuthe Orr, en suédois. Vient ensuite le sort des capucins à poitrine jaune en Amazonie, présentée par Guarani Feitosa en portugais, le tout traduit en direct par la malicieuse Hélène Schwartz. 

Cette dernière n’aura pas le temps de présenter son sujet sur les porcs belgo-mosellans, car le maître des horloges veut rapidement boucler cette première partie qui a déjà dérapé avec le conférencier brésilien, apôtre d’un pain maison dont il est très fier.

La deuxième partie est plus sérieuse car elle aborde à proprement parler le sujet de la survie de la planète. En apparence, le ton est  encore plus scientifique et méthodique. Après avoir écarté la migration sur Mars et la survie humaine grâce aux épinards d’un programme de recherche appelé Melissa, il ne reste plus qu’une solution : inverser la progression vertigineuse des émissions de CO 2. 

Et là Frédéric Ferrer se livre à une démolition en règle de la formule de Yoichi Kaya, retenue par le GIEC – Groupe d’Experts sur l’Evolution du Climat des Nations-Unies – et autres COP, où la courbe du CO2 dépend des facteurs démographiques de production de richesse, de consommation d’énergie primaire et d’intensité d’énergie carbonée. 

C’est fait avec maestria et un humour destructeur où le maître de cérémonie démonte littéralement une équation réputée évidente, accompagné des incises permanentes de ses trois comparses qui en rajoutent dans l’absurdie. 

Les développements sur le machinisme sont particulièrement savoureux avec dessins et animation à l’appui. Frédéric Ferrer exhume les écrits de James Tilly Matthews sur les machines à influencer le corps, diagnostiqué schizophrène. Cet anglais, né en 1870, n’en décrivit pas moins les dangers qui pesaient sur un monde dominé par le machinisme. 

Encore plus folle est la reconnaissance internationale dont fit l’objet, dans la première moitié du vingtième siècle, l’architecte allemand Herman Sörgel qui proposait de construire trois barrages géants en Méditerranée. Le projet Atlantropa aurait  permis d’unir l’Afrique et l’Europe avec une source d’énergie commune et riche d’avenir. Un tel projet aurait conduit à l’assèchement de la Méditerranée, avec l’effet inverse de celui escompté.

De parenthèse en parenthèse, de boucle en loupe, de digression en franc délire,  Borderline(s) investigation #2  démontre la faiblesse de la réponse actuelle, face au défi climatique, même quand elle se pare d’un discours scientifique dans des conférences  internationales.

C’est, malgré la fantaisie du spectacle, un constat bien amer : le théâtre peut-il apporter la réponse à travers l’union inattendue d’Anne d’Autriche et de Louis XIII au Louvre un soir d’orage ? Cette conférence finit par un pied de nez historique, costumes comiques à l’appui, et nous assène qu’il faut un plan B pour sortir de l’ornière.

Spectacle réjouissant, parfois un peu trop foisonnant, mais une leçon d’écologie pertinente pour les pas tout à fait nuls.

Louis Juzot

Jusqu’au 18 décembre à la Grande Halle de la Villette à Paris ; les 5 et 6 janvier 2023, Châlons-en-Champagne (51) ; le 16 mars La Halle aux Grains, Scène nationale de Blois(41) ; le 24 mars, Scène nationale, Carré Colonne, Saint-Médard-en-jalles (33) ; le 28 mars, Le Gallia Théâtre Cinéma Scène conventionnée, Saintes (17) ; les 30 et 31 mars, Le Moulin du Roc, Scène nationale de Niort (17).

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