Gloire sur la terre, texte de Linda McLean, mise en scène de Maëlle Poésy. Festival Théâtre en mai à Dijon, du 19 au 29 mai 2022 – Théâtre Dijon Bourgogne, CDN.

Crédit photo : Vincent Arbelet

Festival Théâtre en mai à Dijon, du 19 au 29 mai 2022 – Théâtre Dijon Bourgogne, CDN.

Gloire sur la terre, texte de Linda McLean, mise en scène de Maëlle Poésy. Traduction Blandine Pélissier, Sarah Vermande. Avec Margaux Dupré, Lise Hamayon, Suzanne Jeanjean, Roméo Mariani, Alexis Tieno, Sébastien Weber. Assistanat mise en scène Joséphine Supe. Création lumières Julien Poupon. Création costumes Camille Vallat.

Avant de prendre la direction du TDB en septembre 2021, Maëlle Poésy, metteuse en scène, auteure et comédienne, a été artiste associée au TDB de 2016 à 2021 avec sa compagnie, Crossroad, créée en 2011 avec d’autres artistes, dont Kevin Keiss, auteur-dramaturge associé au projet de direction du TDB, accompagnée à l’administration par Claire Guièze, directrice adjointe – une équipe motivée, performante et ouverte au partage de l’outil théâtral et à l’international.


La création artistique est influencée par une esthétique cinématographique et un travail chorégraphique, et se construit entre écriture linéaire et nécessité de plateau, telle est la griffe exigeante et rigoureuse de la maîtresse des lieux dont les projets se renouvellent à chaque fois. L’équipe expérimente différents modes de narration possibles, au croisement entre le texte et d’autres formes de traductions scéniques : chorégraphique, documentaire, plastique. 

Gloire sur la Terre est créé dans la cadre des Passe-Murailles, dispositif initié par Maëlle Poésy dans l’esprit du Théâtre à jouer partout – petites formes faites pour être présentées hors les murs, dans les lycées, mais aussi dans tout type de lieu, en ville ou dans les territoires ruraux de la région, elles ont pour ambition de décloisonner les frontières du théâtre et de le rendre proche. 

Le texte de Linda McLean appréhende les temps de mise en place de la Réforme anglaise, aussi appelée schisme anglican, faisant référence à une série d’événements du XVI e siècle, au cours desquels l’Église d’Angleterre rompit avec l’autorité du pape et l’Église catholique romaine.

Après un exil en France dès ses cinq ans, Marie Stuart, héritière légitime du trône, rentre en Ecosse. Pendant son absence, Henri VIII, le roi d’Angleterre, s’est converti au protestantisme. Elisabeth I ère, la fille non légitime de celui-ci, est devenue Reine. John Knox, ardent réformiste, prosélyte intransigeant, mène une guerre acharnée contre les Catholiques, décidé à écarter Marie.

« 19 aout 1561, 9 heures du matin. Le bateau qui transporte Marie, reine d’Écosse, émerge de la brume dans le port de Leith, aux pieds d’Édimbourg. Marie Stuart a dix-neuf ans, elle est avenante, intelligente, éduquée. Sur ses jeunes épaules reposent les ambitions de l’establishment catholique de l’Europe entière. Mais l’Écosse qui la reçoit a décrété hors la loi son église et ses pratiques, sous l’égide du très radical John Knox, prêtre réformé.

Marie et John s’estiment tous deux appelés par Dieu, aimés de leur peuple, sachant d’expérience que l’exil n’est jamais loin. Ils se parleront lors de quatre entrevues officielles – des rencontres pondérées sur toile de fond orageuse de négociations secrètes et frénétiques avec le véritable pouvoir écossais, une noblesse, riche et liée à la couronne, qui s’entre-déchire violemment depuis des générations. Il faut la charmer, la soudoyer, l’intimider pour que le bon « candidat » l’emporte.

Soit le récit du pas de deux fatal entre une reine jeune et gracieuse et un fanatique intransigeant – du côté des hommes, pères et frères – dans leur lutte pour gagner le cœur et l’âme des Ecossais. 

Gloire sur la terre évoque deux conceptions de la foi : celle qui veut vivre et laisser vivre, et celle qui ne conçoit de salut pour personne hors de sa vérité ». (Résumé, Maison Antoine Vitez, 2015)

Maëlle Poésy, pour sa première création au TDB comme directrice, met en scène l’affrontement de la jeune Marie et de ses usurpateurs, dans un espace quadri-frontal – un ring de boxe bien cadré. Deux visions de la foi, l’une qui tente de lutter en vain contre l’obscurantisme, l’autre fanatique. 

« – Et j’ai été aimable avec vous. Alors que vous vitupérez et me blâmez comme si j’étais une enfant, et non la souveraine de votre pays et… Vous ne donnez rien monsieur en retour rien. Je suis la reine. M’entendez-vous, monsieur ? Je suis la reine. Et qui au juste pensez-vous être dans ce royaume ? – Ni plus ni moins qu’un simple citoyen à qui Dieu a ordonné de lui obéir. De parler quand son troupeau est en danger. » 

Selon les traductrices Blandine Pélissier, Sarah Vermande, Gloire sur la terre de Linda McLean n’est pas un drame réaliste à jouer en costume d’époque, mais un poème politique d’aujourd’hui. Aussi les six jeunes comédiens du dispositif d’accompagnement du TDB, sortis d’école, donnent-ils vie au rythme acéré et poétique de l’écriture, à travers un jeu choral de joute verbale : Margaux Dupré, Lise Hamayon, Suzanne Jeanjean, Roméo Mariani, Alexis Tieno, Sébastien Weber.

Le texte énigmatique et ironique de Linda McLean décline un choeur mystérieux de Marie(s) – personnage démultiplié que s’approprient les interprètes. La Reine Marie était entourée de suivantes toutes portant le prénom de Mère de Dieu, représentant la gent sous domination patriarcale : il y aurait ainsi autant de femmes que de Marie, toutes les femmes s’appellant Marie…

Les comédiens, vêtus d’une tenue sportive sobre et noire, relevée par des touches de rouge, s’échangent les rôles, jouant tel personnage ou tel autre – Marie, ou bien Knox -, ou encore les personnages de la cité, chœur politique, populaire, consensuel et plus ou moins orienté.

A travers le corps juvénile des acteurs et un verbe déclamé haut et fort, la guerre est ressentie au plus profond de l’être, hérissée de tensions et d’émotions déstabilisantes et sourdement vibrantes – l’argumentation se déplie et se déploie inexorablement, installée sur le ring de boxe, suivant les différentes respirations ou obstructions du débat ou de la controverse, s’adonnant au jeu successif et dialectique des « rounds » symboliques et progressifs, qui mettront chaos la combattante : Marie passera vingt ans en prison…

Les interprètes s’appliquent au souffle puissant de l’argumentation et de la conviction ressentie pour défendre les positions de la juste mesure, ou en échange, celles antithétiques de l’excès et du fanatisme. Assis sur l’une ou l’autre de la première rangée des quatre côtés de la salle, ils se déplacent, d’un côté à l’autre, se rassoient, se relèvent, affrontant droit le discours de l’adversaire.

Mobiles, ils dansent ou bien chantent, poussant de petits chuchotis de cour – reflet de l’opinion -, impliqués dans un jeu choral d’échange tendu d’émotions, et à la fois, capables de recul salvateur. Le propos est d’actualité, révélant les positions tranchées dont beaucoup s’enorgueillissent, alors que le débat réfléchi et consenti est seul capable de dépasser les contradictions et les oppositions.

Une leçon de réflexion et d’humilité – savoir écouter l’autre, ce que fait Marie -, vertus qui n’ont guère cours aujourd’hui, contre l’opiniâtreté de certains à vouloir avoir raison à tout prix, tel Knox. 

Belle évocation de la Réforme austère qui s’installe, inexorable, dans des temps et mentalités irréversibles, mettant au jour les systèmes de bascule et de bouleversement, d’une époque à l’autre. Est mise à mal aussi la tradition patriarcale d’une culture où l’homme s’approprie le pouvoir.

Entre poésie et politique, un spectacle inventif dont la partition verbale est rigoureuse et la chorégraphie amusée, suivant les mouvements alertes et significatifs d’un jeu des quatre coins.

Véronique Hotte

Du 22 au 26 mai 2022 à Cour de Bar – Palais des Ducs au Festival Théâtre en Mai Théâtre Dijon Bourgogne. du 19 au 29 mai 2022. Infos résa : 03 80 30 12 12 TDB-CDN.COM . A partir de 14 ans.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s