Festival d’Avignon OFF, au Théâtre des Barriques – Grande Ourse, texte d’Etienne Bianco, mise en scène de Guillaume Jacquemont. Avec Luc Rodier.

Crédit photo : Arnaud Perraudin

Festival d’Avignon OFF, au Théâtre des Barriques – Grande Ourse, texte d’Etienne Bianco, mise en scène de Guillaume Jacquemont, création sonore de Colombine Jacquemont. Avec Luc Rodier.

Pour réaliser son rêve, devenir batteuse, Zélie se bat encore contre l’incompréhension de son père et le regard des autres, avant de pouvoir battre librement de ses baguettes sur son instrument. 

Grande Ourse est l’histoire d’une petite fille qui devient femme, d’une jeunesse rythmée par la passion pour la batterie. L’enfance des premières fois, des espoirs enfouis sous les pulls aux manches trop longues, des conflits répétitifs avec la famille, des rencontres qui changent une vie.

Avec son caractère bien trempé, Zélie devra affronter de nombreuses épreuves pour devenir l’artiste qu’elle pressent. Dans ce seul-en- scène, l’embarcation du public se fait naturellement en sa compagnie, au cours des épisodes de sa vie où se croisent de nombreux personnages. 

Pour Luc Rodier, instigateur du spectacle dont il est l’interprète scénique vif et éblouissant, la naissance de Zélie, la fille de sa meilleure amie, a provoqué un big bang intime : l’impression de revenir à sa propre jeunesse passée, plutôt récente, et à ce qu’il appelle un « top départ ».

Les étapes significatives, les instants précis et éloquents refont surface avec la douceur du souvenir – le plaisir de revivre des anecdotes souriantes et les légendes personnelles du passé.

Raconter les désirs, les espoirs, les failles, les désillusions…avant que l’on ne devienne soi. Le comédien a ressenti l’urgence de raconter une histoire pour faire voyager les spectateurs dans cet aller-retour à travers le temps, les rappeler ainsi à leurs souvenirs et aux émotions afférentes. 

L’écriture et la mise en scène se sont inspirées des séances d’improvisation au plateau et vice-versa. Chacun des trois collaborateurs – l’acteur Luc Rodier, l’auteur Etienne Bianco et le metteur en scène Guillaume Jacquemont – y a mis une partie de lui, une partie de son adolescence. 

Le personnage héroïque ou plutôt l’héroïne étant Zélie, qui venait de naître, à l’orée du projet, il était naturel pour le concepteur que la protagoniste soit une femme, et puisque l’interprète est masculin, celui-ci s’est emparé de l’histoire de Zélie qui est aussi un peu la sienne – un hommage à toutes les femmes qui l’entourent et qu’il porte en lui, immanquablement et de manière ineffable.

Il s’agit de ne pas « jouer la femme », de ne pas se travestir, de ne pas changer de voix ni de physique. Artistiquement, la posture dite « naturelle » permet d’interroger immédiatement le genre. Ce parti pris apporte un changement de perspective sur la jeunesse comme sur la maturité acquise. Un féminisme affiné et plutôt feutré est présent, à côté de l’histoire des personnages.

Grande Ourse raconte la naissance d’une vocation et le chemin difficile à emprunter pour y accéder. La projet personnel exige du temps et du courage pour assumer ce choix : devenir artiste et en vivre, quand il s’agit de se sentir légitime face au regard des autres mais aussi à soi-même.

Le parcours de Zélie ressemblerait bien à celui vécu par le comédien Luc Rodier, confronté à son père réprobateur, car les sentiments des parents ne correspondent pas forcément à ceux de l’enfant, entre les rêves des uns et la crainte de l’autre.Au-delà des disputes et des incompréhensions, des difficultés à nommer ses désirs et ses souhaits rêvés, l’amour demeure. 

Privilégiée est sur la scène de théâtre, portée par l’interprète, « cette relation si particulière entre amour et exaspération, entre besoin de reconnaissance et désir d’indépendance ». 

La batterie  symbolise les années-lycées – groupes de rocks, mèches de cheveux, premières cigarettes – fraicheur du jeu et préoccupations communes juvéniles. Tel l’instrument, divers types de langage varient les rythmes du texte – langage quotidien, langage lyrique, langage scandé. 

Personnages et lieux différents, la mise en scène est épurée sur un plateau vide, si ce n’est une chaise comme seul accessoire. Ce parti pris envisage la scène comme une page blanche où la liberté de jeu est totale. Le corps de l’acteur et les différents registres de langage donnent vie aux personnages. La création sonore fait exister l’invisible et donne vie à l’univers musical de la pièce. 

Luc Rodier et Loris Verrecchia qui ont fondé la compagnie La Guilde en 2015, défendent un théâtre à nu où l’illusion se fait à vue grâce au jeu et à l’imaginaire, en lien perpétuel avec le public. Aussi le plateau est-il épuré et les costumes réduits à l’essentiel, les lieux, les situations, les personnages créés sous les yeux du spectateur, dans la magie de l’instant. Tous les spectacles sont des créations originales conçues à la main, en artisans. La Guilde est soutenue par le Département des Côtes d’Armor. 

Dans Grande Ourse, le comédien fait vivre à lui seul une époque et un monde – une enfant et ses parents, ses camarades d’école… – dans la vivacité fulgurante de la jeunesse – corps libre et élan intérieur. L’éducation bourgeoise témoigne de ses atouts et de ses faiblesses parfois, même quand l’amour qui jamais ne dit son nom agit pourtant implicitement pour laisser libre champ à toutes les perspectives. Luttes et résistances, le chemin est parsemé d’embûches que le héros rejette loin.

Véronique Hotte

Du 7 au 31 juillet à 14h30, relâche le mardi, au Théâtre des Barriques, 8 rue Ledru-Rollin 84000 – Avignon. Tél : 04 13 66 36 52. Du 30 janvier au 22 février 2022, Théâtre des Déchargeurs, Paris.

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