Aux poings, texte et mise en scène d’Alix Andréani, Bruno Blairet et Julie Duval.

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Aux poings, texte et mise en scène d’Alix Andréani, Bruno Blairet et Julie Duval. Crédit photo : David Fitt.

Les combats sans armes, avec les moyens naturels, bras, poings, pieds sont connus de toutes les civilisations, depuis l’Antiquité grecque et romaine et depuis l’Extrême-Orient. Aujourd’hui, sur tous les continents, jeunes gens et jeunes filles s’exercent à la boxe, exprimant un désir de combattre et de résister à qui attaque. La boxe est une technique dont on peut exalter les aspects formels : ballet, géométrie, calcul, assortis de qualités autres et plus difficiles – le courage ou la résistance.

La boxe thaïlandaise, muay-thaï, boxe thaï, est un art martial, un sport de combat, classé en Occident parmi les boxes pieds-poings – l’art des huit membres, les huit parties utilisées des bras et jambes.

S’exprime également l’hostilité pour une pratique dont la mise en spectacle exalte le sadisme, la haine, la xénophobie, auprès d’un public facilement hystérisé. La boxe reste une école de courage et d’endurance, malgré sa contribution à l’exaltation de la violence, susceptible de dégrader le spectacle, du fait même du public des spectateurs. Or, au théâtre d’Aux poings, tout est jeu et facéties car il s’agit, en tout état de cause et de conscience, d’éradiquer patiemment la violence.

Pour Julie et Alex, se définir comme boxeuse ou comédienne est un même combat – une lutte existentielle. Il faut jouer des coudes, se battre avec la pression, garder un moral d’acier. Comment traduire au plateau tout ce qu’apporte la pratique d’un sport de combat dans la vie quotidienne ?

Sur la scène-ring, les rituels de la boxe Thai commencent. Derrière l’affrontement singulier, ce sont les combats des femmes qui s’exposent et se racontent. Des parcours chaotiques comme celui de Marjolaine qui étouffe dans son Sud natal, réduite à la violence et à la rage pour s’exprimer. La boxe est libération, le plateau met à nu le travail de dépossession de la rage intérieure. 

La vie d’une femme est un sport de combat, dit Marjolaine qu’interprète Julie Duval, partenaire de ring d’Alix Andréani; la première vient de Saint-Raphaël, la seconde de Bagnolet, les deux privilégiant un accent du sud à couper au couteau et à faire résonner les stridulations des cigales.

Les figures féminines et sportives – les deux caractéristiques peuvent aller très bien ensemble – ont pour expérience commune et extraordinaire de vivre aujourd’hui dans « le pays des femmes empêchées ». Un monde où le corps n’appartient pas à la femme, où son visage n’est qu’une image destinée à briller non pas dans son propre regard personnel mais dans celui des hommes.

Ainsi pensent les auteurs du texte, du jeu et de la mise en scène de Aux poings, Alix Andréani, Bruno Blairet et Julie Duval, éprouvant ce sentiment féminin de vivre dans un monde où les miroirs ne sont que des regards masculins, où même le regard des mères appartient aux hommes. Un monde étrange où les femmes ne seraient que poupées alors que les hommes seraient guerriers.

Les femmes sont familières de la peur et de la rage, des sentiments que les deux interprètes vont faire éclater en un beau feu d’artifice de rire sur la scène de théâtre – joli plateau de ring. Elles sont accompagnées d’un homme-cygne puisqu’il danse – formes classiques et académiques – au milieu des punchlines. Ary Gabison est cet arbitre dépassé et largement tolérant qui égrène – dérision et humour au second degré – tous les poncifs qui dessinent le portrait à la va-vite du sexe dit faible.

On entend ainsi des invectives formulées suavement comme dans un hall d’aéroport ou sur FIP: 

« T’as pris un peu ? Faut manger t’es anorexique ou quoi ? T’es enceinte ? Tu vas le garder ? Tu connais le père ? Tu ferais mieux d’avorter. T’es trop coincée lâche-toi un peu. T’as l’air d’une pute. J’ai envie de toi, tout de suite. C’est les prostitués qui font ça au lit, pas les filles bien. T’as eu combien de mecs ? Ah ouais quand même. T’es vierge ? » 

Elles-mêmes se moquent, tout en jouant les rôles de « cagoles » selon l’expression régionale du Sud de la France, de jeunes femmes qui affichent une féminité provocante et vulgaire. Or, l’heure est à présent aux « grandes amazones empêchées de la cagolité universelle », qui arpentent le ring, ayant troqué leur strass et leurs talons aiguilles contre des gants de boxe thaï et des shorts fluorescents flashy « pour faire tonner le bal fleurissant des poétesses du kick ».

Les pratiquantes de cette boxe thaï – nak muays – utilisent non seulement les huit parties de leurs bras et jambes, avec souplesse et agilité, toujours présentables dans leur short fluo et jamais épuisées, mais elles jouent et s’amusent encore d’un discours précis, bien à elles et universel, une tchatche qui pèse son poids de lourds reproches faits à la société masculine décidément sourde.

Humour, façon cabaret et cirque, ce spectacle vif et intelligent secoue fort les attendus désuets.

Véronique Hotte

Du 2 au 20 juin 2021, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h au Théâtre de La Tempête, Cartoucherie, Route du Champ-de-Manoeuvre 75012 – Paris. Tél : 01 43 28 36 36.

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