Ma Forêt Fantôme, texte de Denis Lachaud, mise en scène de Vincent Dussart (Compagnie de L’Arcade). Tout public à partir de 14 ans.

Crédit photo : Corinne Marianne Pontoir.

Jean et Suzanne, proches de la soixantaine, plutôt en forme, frère et soeur, évoquent deux morts qui ne cessent de les hanter, présents à jamais dans une mémoire blessée. Suzanne est la veuve de Paul, qui était atteint de la maladie d’Alzheimer dont elle apprend – douleur, découragement et résignation – à faire le deuil, même si les deux dernières années furent un enfer pour elle. Sylvie Debrun, dans le rôle, est cette femme frêle mais forte qui, entre colère et souffrance, meurtrie encore par un fort sentiment d’injustice. Elle ne peut s’habituer à la disparition de l’être cher.

Quant à Nicolas, le compagnon de Jean, il est mort quelques années auparavant du Sida – un parmi tant d’autres sur une longue liste macabre épelée longuement. Si Jean est l’intrépide près de sa soeur conventionnelle, ils ne cessent d’être à l’écoute l’un l’autre, tentant de surmonter le dur métier de vivre – un deuil éprouvé comme illégitime et brutal, une expérience âcre de la solitude.

Pudiques et maladroits, les deux survivants s’observent sans qu’il n’y paraisse, se heurtant parfois sans gravité réelle, si ce n’est qu’ils sont dépositaires d’un mal-être de froid dépouillement.

Le texte élémentaire de Denis Lachaud, que reprend la mise en scène de Vincent Dussart fait se côtoyer les vivants et les morts dans un espace nu situé au centre du plateau qu’orne un siège de fleurs surmonté, depuis les cintres, d’un même luminaire floral – métaphore d’un jardin réel et symbolique – paradis terrestre de couleurs et de formes vives, nature plus ou moins accueillante.

Scénographie, costumes et lumières sont signés Anthony Pastor et Rose-Marie Servenay.

Hors du carré de lumière central, se tiennent les ombres, les fantômes tant aimés, Paul et Nicolas qui regardent leurs chers vivants continuer le jeu de l’existence – conciliabules et silences. Les disparus contemplent cette vie qui va et qui leur a échappé, conscients d’avoir été dépossédés.

Patrice Gallet, coryphée lumineux – danseur, chanteur et musicien – semble faire le lien entre les deux mondes – vie et mort -, qu’on pensait hermétiques, selon la métaphore filée du jardin d’Eden et de l’énergie de vie inaliénable qui chemine, dans un temps imparti à chacun, en dépit de tout. Comme à travers la succession des saisons – l’éclosion des fleurs et des fruits -, l’interprète joue d’ une longue traîne de pétales floraux colorés, un accessoire emblématique du beau désir de vivre. 

Se croisent sur la scène les vivants et les morts qui observent ensemble leur petit monde et re-jouent un passé sans nuages et enfui – leur rencontre, la découverte du caractère de l’autre, plus ou moins difficile, comme Paul, réfractaire à la différence et facilement moqueur et maladroit.

Ces chers disparus, comme le dit le metteur en scène Vincent Dussart, « s’offrent une deuxième vie sur scène » : l’occasion d’un retour sur des souvenirs personnels inoubliables- une jeunesse plus ou moins lointaine que ravivait la flamme de l’énergie et celle la foi dans l’avenir – fêtes légères et réunions joyeuses d’amis dont certains ont été rattrapés par la maladie, une vie arrêtée.

L’écriture de la pièce s’est achevée avant la pandémie : il pourrait paraître étonnant que les maladies – Sida et Alzheimer – soient étrangement associées. Sous la résonance actuelle de l’épidémie de Covid-19 dans laquelle les populations sont immergées, la comparaison ne trouve pas son articulation, même si nombre de symptômes relevant de ces maladies sont répertoriés.

Les récits de chacun – le frère et la soeur – sont exposés alternativement mais ne se conjuguent pas, chacun restant dans le milieu qui lui est échu. Et les défunts n’ont qu’une portion congrue du droit à l’existence sur une scène de théâtre largement apte à recevoir les ombres et les revenants.

Tous, vivants et disparus, dansent seuls et ensemble, chorégraphiés par France Hervé, au rythme des musiques et des chansons, esquissant des gestes de combativité et de volonté de gagner. 

Les comédiens Guillaume Clausse, Xavier Czapla, Patrice Gallet et Patrick Larzille, autour de Suzanne résolue, servent leur rôle avec une détermination enjouée dans une ambiance alourdie.

Véronique Hotte

Festival Off Avignon – du 7 juillet au 26 juillet à 21h25, relâche les 12, 19 et 26, avant-première le 6 juillet, durée 1h30, à Présence Pasteur, 13 rue du Pont Trouca 84000 – Avignon. Tél : 04 32 74 18 54. Le 12 octobre 2021 à la Maison du Théâtre à Amiens. Le 15 octobre 2021, au Palace à Montataire. Le 22 octobre 2021 à La Manekine à Pont-Sainte-Maxence.

Spectacle vu le 3 juin 2021 au Mail Scène culturelle Soissons.

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