Je vous écris dans le noir d’après le roman de Jean-Luc Seigle (Flammarion), adaptation d’Evelyne Loew, mise en scène de Gilles Nicolas et Sylvie Van Cleven. Tout public dès 13 ans.

Crédit photo : Roland Baduel.

Je vous écris dans le noir d’après le roman de Jean-Luc Seigle (Flammarion), adaptation d’Evelyne Loew, mise en scène de Gilles Nicolas et Sylvie Van Cleven. Tout public dès 13 ans.

En 1960, Henri-Georges Clouzot réalise l’un de ses plus grands succès cinématographiques, La Vérité,avec Brigitte Bardot et à ses côtés, des acteurs d’envergure, Sami Frey, Marie-José Nat, Charles Vanel, Paul Meurisse, Louis Seigner…

Brigitte Bardot incarne une jeune femme accusée d’avoir tué son ex-amant, une histoire inspirée par un fait divers des années 1950/60, l’affaire Pauline Dubuisson, condamnée aux travaux forcés à perpétuité, sept ans plus tôt pour l’assassinat de Félix Bailly. L’accusée, Dominique, n’a connu ni l’Occupation ni le siège de Dunkerque, à la différence de Pauline, tondue et violée par des résistants de la dernière heure à la Libération.

Propulsée, dès ses quinze ans, par les calculs commerciaux d’un père peu regardant, comme infirmière à l’hôpital de Dunkerque pendant l’Occupation, auprès d’un médecin chef-allemand dont elle est la maîtresse – relation qui lui sera reprochée, en tant que collaboratrice avec l’ennemi nazi -, elle poursuit des études de médecine avec assiduité.

Manipulée et aveuglée par un père qui s’enrichit via le marché noir, elle obéit à la loi virile.

Fait mouche, dans le film, comme dans le livre de Jean-Luc Seigle – Je vous écris dans le noir -, la réplique de l’avocat Maître Floriot : « C’est la troisième ou quatrième fois que vous ratez vos suicides. Décidément, vous ne réussissez que vos assassinats. » Un procès orienté – le scénario a été écrit avec Maître Simone Drieu, ancienne collaboratrice de René Floriot, l’avocat de la famille Bailly –  et marqué par la haine pré-soixante-huitarde des anciens envers les plus jeunes qui veulent vivre librement leurs désirs et passions, la haine des hommes contre l’émancipation des femmes qui oeuvrent à leur indépendance.

Libérée pour bonne conduite au bout de sept années, Pauline reprend ses études de Médecine à Paris, après avoir changé de prénom et en espérant se faire oublier.

Après avoir vu ce fameux film à succès inspiré de sa vie, La Vérité de Clouzot, dans lequel Brigitte Bardot incarne le rôle de la meurtrière, Pauline Dubuisson ne peut que fuir la France qui la désigne comme coupable. Elle s’exile au Maroc en 1962 à Essaouira, ex-Mogador où elle exerce la médecine. Elle rencontre Jean qui la demande en mariage, et à partir de l’esquisse d’un bonheur et d’un renouveau en perspective, la représentation commence. Le futur époux ignore tout du passé, il ne sait pas non plus que le destin oblige Pauline à revivre la même situation qui, dix ans plus tôt, l’avait conduite au crime.

Quand l’amoureux connaît son histoire, il prend la fuite : commence pour Pauline un lent cheminement vers une mort anticipée, en 1963. Selon ses voeux, elle est enterrée à même la terre dans une tombe anonyme au Maroc, le paradis qu’elle avait tant recherché.

La radieuse Sylvie Van Cleven, comédienne et co-metteuse en scène avec Gilles Nicolas du spectacle, Je vous écris dans le noir, s’est glissée avec tact dans le destin tragique de Pauline. La scénographie et les lumières de Lucie Joliot soulignent les mouvements de la réflexion et de l’analyse sensible d’une femme, ancienne rebelle et criminelle passionnelle.

Elle s’assied puis se relève, lovée dans son hamac – couche blanche et souple suspendue faite de draps – à l’intérieur duquel elle se replie et s’isole, tel un papillon à naître dans un cocon de ver à soie, enveloppe de fil enroulé et chrysalide en métamorphose.

Puis la voilà qui se rehausse, avec aux pieds de petites chaussures surélevées, elle enfile une blouse blanche de soignante, vive, décidée, claire dans ses réactions et sa défense, reconnaissant la présence fidèle de sa mère auprès d’elle, et les sentiments partagés qu’elle éprouve envers son père, figure solaire tant aimée et équivoque, pourtant.

Elle retrouve un univers solaire et sensuel  à Essaouira où tout lui semble possible à nouveau, éloignée des ombres néfastes du passé, face public, elle donne sa version de l’histoire, des carnets d’écriture et quelques lettres longtemps conservées, à ses pieds. 

La confidence que l’actrice délivre avec une délicatesse sincère impose l’attention et l’écoute : elle aime le goût manifeste de la vie, ce qui permet aux spectateurs proches d’entrer dans cette âme, au plus près d’elle – vérité intérieure et émotions écartelées. Sous les paroles et la musique finales de Mon Dieu par Edtih Piaf : « Laissez-le-moi encore un peu mon amoureux… » (paroles de Michel Vaucaire et musique de Charles Dumont).

Véronique Hotte

Représentation professionnelle du 26 mars au Théâtre Antoine Vitez à Ivry/Seine. Autres représentations professionnelles les 1er et 2 avril à 15h au Théâtre de l’Opprimé, 78/80 rue du Charolais 75012 Paris. Reprise en 2021/2022 au Théâtre de l’Opprimé.

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