Je passe 4, d’après des récits d’artistes en exil, mise en scène Judith Depaule, vidéo Samer Salameh. Compagnie Mabel Octobre.

Je passe 4, d’après des récits d’artistes en exil, mise en scène Judith Depaule, vidéo Samer Salameh. Compagnie Mabel Octobre.

Je passe… a été créé le 12 novembre 2017, au Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’Histoire de l’Immigration – XX è arrondissement – dans le cadre du Festival Visions d’exil. 

Après Je passe 1, 2 et 3, ce dernier volet Je passe 4 met en lumière les parcours de sept nouveaux membres de l’atelier des artistes en exil pour sept groupes de spectateurs, des artistes qui ont fui la guerre, les conflits entre ethnies, les répressions politiques, les discriminations sexuelles, religieuses. Sept comme les sept jours de la semaine de la vie qui va.

Dans un espace autre qu’une salle de théâtre – à l’intérieur ou à l’extérieur -, le public est conduit et installé sur un grand plateau où sept îlots séparés sont constitués, tels sept centres de convivialité. L’interprète – le narrateur d’un récit autobiographique qui emploie le « je » – se tient debout face à quelques chaises vides sur lesquelles les spectateurs prennent bientôt place. 

Sept comédien.ne.s portent sept récits d’artistes en exil pour sept groupes de spectateurs. 

Les récits sont synchronisés, et chaque interprète passe de groupe en groupe, répétant son récit. Le spectateur se sent ainsi, de manière inattendue, non seulement tel l’un des passants parmi une foule bruissante au brouhaha lointain, mais aussi l’auditeur privilégié d’une proximité et relation intime avec le couple formé par l’interprète et son alter-ego, présent en images sur un iPad. 

Chaque récit s’achève par un cadeau artistique offert en images par chacun des artistes : chansons, dessins, contes, film…, à travers l’écran d’un iPad, tenu dans les mains du locuteur.

Ces voix singulières d’exilés s’expriment à travers différentes formes artistiques : peintures, photographies, danses, dessins, créations sonores, bandes dessinées et médias mixtes. 

Est accordée librement, au regard et à l’écoute, la proximité sensuelle d’une lecture militante, intime ou métaphorique dans un contexte de confinement, quel qu’il soit, une expérience émotionnelle partagée, grâce à des artistes : l’art rapproche, éveille l’être et interroge le monde. 

Les artistes en exil ont répondu à ces questions : «  Pourquoi as-tu décidé de quitter ton pays ? Quel a été l’événement déclencheur ? Le point de bascule ? Peux-tu décrire très précisément le moment où tu as décidé de partir? Que ressentais-tu? Peux-tu raconter les moyens que tu as mis en œuvre pour partir ? Comment as-tu quitté ton pays? Comment s’est passé ton départ ? »

Ils viennent de Syrie, du Soudan, de Guinée, des deux Congo, d’Azerbaïdjan, du Kazakhstan, de Côte d’Ivoire, d’Iran, d’Afghanistan, du Tchad ou de Lybie. Ils ont vécu la guerre, les conflits entre ethnies, les répressions politiques, les discriminations sexuelles, les ségrégations ethniques…

Ils sont arrivés avec un visa, par la route ou la Méditerranée ou ont été contraints de rester en France. Flirtant avec la mort, ils ont quitté leur pays et tout laissé derrière eux… Ils se racontent. 

Tandis que leur portait vidéo regarde le public, les interprètes donnent à entendre très sobrement leur récit et leur fuite inéluctable pour avoir encore le droit de vivre… En France, par exemple.

L’activiste et metteuse en scène sans frontières Judith Depaule a ainsi reçu les témoignages de quatre femmes et trois hommes, interprétés par Morgane Peters, Zélie Gillet, Angélica Kiyomi Tisseyre-Sekine, Clémentine Vignais, Nino Djerbir, Pablo Jupin, Mouradi M’Chinda.

L’une est colombienne, mariée et mère d’un enfant, réfugiée au Vénézuela, engagée socialement dans des actions humanitaires dans les environs de Caracas, et chanteuse. Or, la tranquillité initiale se métamorphose en effroi, quand elle se sent suivie  par la police ou quand un voisin disparaît subitement, enlevé et mis à mort incognito. Menacée, elle prévient l’époux qu’elle doit quitter le pays pour la sécurité de leur fille. La France est sa destination:viendra-t-il avec elle ?

Une autre est iranienne, empêchée d’étudier librement et de poursuivre son travail d’artiste – peinture, collage, arts plastiques -, en tant que femme. Elle rencontre à l’université un étudiant Kenyan qu’elle suit au Kenya où elle peine à trouver une possibilité d’accomplissement artistique. Elle rencontre des artistes queer avec lesquels elle se sent enfin enfin vivre, libre, passant un concours organisé en Afrique du Sud qui lui permet, comme lauréate, de passer six mois en France à la Cité Internationale des Arts. Elle ne souhaite faire retour ni en Iran, ni au Kenya.

Une autre est iranienne encore et peintre, elle fait le récit des menaces et de la censure qu’elle-même et son mari, artiste sculpteur, ont subies dans leur pays, alors qu’ils voyageaient en Scandinavie, invités pour des stages et expositions. Elle révèle l’anathème que Iran a jeté sur eux pendant leur absence, la traque de leurs proches, le vol de leur ordinateur. Or, les femmes nues sculptées par le mari intègrent l’oeuvre de l’épouse; ils n’ont pu revenir en Iran et vivent en France.

L’une encore est Sahraouie, citoyenne de la République arabe sahraouie démocratique – RASD -, un Etat non reconnu par une majeure partie de la communauté internationale, proclamé en 1976 par le Front Polisario qui revendique la souveraineté sur le territoire du Sahara occidental; un territoire revendiqué également par le Maroc qui contrôle la plus grande part de sa superficie. Pour l’ONU qui ne reconnaît ni la RASD ni la souveraineté du Maroc, le Sahara occidental est un territoire non autonome dont la décolonisation n’est pas terminée. Pour l’Union africaine, la RASD est un Etat africain, membre à part entière de cette organisation depuis 1982.

La chanteuse traditionnelle sahraouie raconte les déplacements géographiques de son peuple sahraoui, l’indifférence de la communauté internationale et le sentiment d’un enfermement, d’une oppression, sur leur parcelle allouée – l’impossibilité de circuler sans la détention de papiers inexistants – , le départ pour l’Espagne, et enfin, pour la France. A la fin de la représentation, c’est elle-même présente dans l’assemblée du public qui chantera ses airs traditionnels admirables.

Quant aux artistes masculins, ils viennent du Congo-Brazzaville ou Congo Kinshasa, de Guinée et Guinée-Bissau, ils sont musiciens ou chanteurs, ils racontent leur périple terrestre et maritime, en solo, lourd de dangers et de périls, la prison, la survie par le petit commerce, les passeurs voleurs. Des hommes résistants physiquement et ne craignant pas les aléas d’une vie de violences crues.

Or, au-delà de ces difficultés et de ces souffrances, ils sont arrivés à réaliser leur projet d’exil. Instrumentistes, chanteurs, danseurs, ils mettent en avant l’idée salvatrice d’une vraie vie libre.

Un spectacle politique lucide, articulé sur l’expérience d’un présent immédiat fait de combats et de souffrances, l’épreuve amère – morale et physique – de jeunes gens « nés quelque part », loin des démocraties, qui résistent en voguant vers d’autres horizons et de meilleurs espaces de liberté.

De plus, conçue à l’issue du premier confinement, initialement prévue en novembre 2020 pour la 4e édition du festival Visions d’exil arrêtée en plein vol, l’exposition « D’un confinement à l’autre » ne croyait pas si bien porter son nom. Les artistes ont dû inventer de nouveaux modes opératoires, en usant des moyens du bord. Ils ont souhaité faire écho aux empêchements qui jalonnent leur parcours et exprimer leurs inquiétudes quant aux conséquences de l’instauration d’un état d’urgence pour contrer l’épidémie de COVID-19, écrivent Judith Depaule et Ariel Cypel.

Ainsi, le Pavillon Carré de Baudouin – lieu culturel du 20e arrondissement – 121, rue de Ménilmontant, tél : 01 58 53 55 40 – est fier d’accueillir dans ses murs le festival « Visions d’exil », célébrant les valeurs d’humanité et d’ouverture. En raison du confinement  et de la fermeture de l’exposition, une visite virtuelle est proposée au public : Visite 360 °sur ordinateur : D’un confinement à l’autre. Maquette du Pavillon Carré de Baudouin Ibrahim Adam* (Soudan), Conception 360° Fadi Idris* (Palestine), Édition photo Khaled Alwarea – membre de l’atelier des artistes en exil, (Syrie). https://www.pavilloncarredebaudouin.fr

Véronique Hotte

Représentation professionnelle, vue le 4 février 2021, dans le cadre d’une coOP à La Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud 75011 – Paris. Reprise de l’intégrale – Je passe 1, 2, 3, 4 – en mars 2022 à La Maison des Métallos.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s