Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu, texte de Philippe Dorin, mise en scène de Julien Duval – Cie Le Syndicat d’Initiative. Dès 8 ans.

Crédit photo : Pierre Planchenault.

Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu, texte de Philippe Dorin, mise en scène de Julien Duval – Cie Le Syndicat d’Initiative. Dès 8 ans.

Avant de disparaître, une vieille dame va rendre ses chaussures à la petite fille qu’elle était. Unies l’une à l’autre dans cette pensée onirique, ensemble, elles s’essaient au contrôle des difficultés de l’existence, le froid de l’hiver, le temps qui file sans qu’on le voie, et dont on se relève grâce à la part de rêve et de la poésie en soi.

Dans l’admirable mise en scène soignée et épurée de Julien Duval, le récit de Philippe Dorin donne à voir deux belles figures féminines, à des âges extrêmes opposés – l’enfance et la vieillesse. Elles portent un même pantalon ou legging noir, un même pull bleu sur une chemise rouge sortie du pantalon et dont les poignets des manches seyantes dépassent, de jolis costumes de fraîcheur d’Edith Traverso. 

Et la petite fille fort à l’aise sur la scène – joyeuse Juliette Nougaret, en alternance avec Camille Ruffié –  laisse place à une dame âgée – France Darry, tout aussi allègre -, comme si le passage d’une époque à l’autre s’était fait par enchantement. 

Et de magie, il est bien question dans ce spectacle – magie concrète et magie poétique –  à l’instant de l’installation fugace d’un noir, mystérieuse couleur nocturne s’annonçant comme le leitmotiv du spectacle Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu. Et la figure du promeneur en habit – élégant Carlos Martins pourrait être associée à celle d’un marchand de sable magicien – allégorie de la Mort – que chacun reconnaît pour avoir fréquenté les territoires des contes enfantins.

Quelques flammes dorées d’un petit feu surgissent, craquantes et éclatantes, marquant la proximité soudaine du passage de ce promeneur tranquille et inquiétant.

Avant de disparaître du plateau, pour y revenir plus tard, en duo avec la sénior avec laquelle elle converse, la fillette aura installé la scène à sa convenance : un petit village de papier qu’elle inscrit dans une zone rurale, une campagne lointaine. 

La scénographie d’Olivier Thomas, sous les lumières de Michel Theuil, est délicate.

La cadette dépose avec précaution ici et là ses petites maisons de papier miniatures, qu’elle déplace selon son inspiration, légères et diaphanes, illuminées de l’intérieur.

Quelques branches de bouleau abandonnées sur le sol marquent les pas de porte.

Depuis la fenêtre de sa maison, elle peut contempler des moutons qui paissent, leur berger et son chien, qui signifieront plus tard, les étoiles, la lune et l’hiver. Les flocons de neige s’invitent avec bonheur au rendez-vous théâtral de cette quatrième et ultime saison annuelle, tombant des cintres avec lenteur, patience et silence.

Une partition d’ombres et de lumières, de phrases dites et de pensées tues, la création sonore de Madame Miniature invente un bel espace de résonances nocturnes en écho à la vie qui va, qu’entrecroisent les possibilités de l’imaginaire.

« Tous les enfants sont à l’intérieur d’une vieille personne, mais ils ne le savent pas encore. »

La composition musicale de Kat May – piano, cordes et chœur – accentue l’atmosphère mystérieuse du spectacle, entre invitation sage de la Mort et sommation sans appel – un rendez-vous ultime entre la Mort et la Vie, la première étrangement déterminée à reprendre naturellement ses droits tôt ou tard.

L’étendue de l’existence reviendrait à dessiner une danse à la fois agile et maladroite, plus ou moins improvisée, un ample mouvement chorégraphié entre deux mondes marqués par l’imaginaire nordique et sa contemplation de la nature.

Un spectacle tout en douceur, entre le rêve et la réalité, l’enfance et la vieillesse, la veille et le sommeil, le jour et la nuit, l’attente, le souhait et l’événement irréversible.

Une jolie préparation poétique à tisser les données existentielles d’un temps imparti, à sentir ce bonheur d’être au monde, en dépit des petites contrariétés aléatoires.

Véronique Hotte

Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès 75019, du 15 octobre au 1er novembre, le 16 octobre à 19h, le 18 à 15h30, les 21 et 22 à 14h30, le 24 à 19h, le 25 à 15h30, les 28 et 29 à 14h30, le 30 à 19h, le 1ernovembre à 15h30. Tél : 01 40 03 72 23.

L’Empreinte, scène nationale Brive-Tulle, les 26 et 27 novembre. Espace culturel Lareko, Saint Pée sur Nivelle, représentations organisées par Kultura Bidean, du 11 au 14 décembre. Salle Saint-Louis, Saint-Palais, représentations organisées par Kultura Bidean, les 16 et 17 décembre. Théâtre Ducourneau à Agen, le 8 janvier 2021. Le Parvis, scène nationale Tarbes-Pyrénées, le 15 janvier. Gallia Théâtre, Scène conventionnée d’intérêt national – art et création – de Saintes, les 21 et 22 janvier. Maison de la Culture de Bourges, les 27 et 28 janvier.

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