Danses pour une actrice (Valérie Dréville), conception Jérôme Bel – Le Festival d’automne à Paris.

Crédit photo : Jérôme Bel.

Danses pour une actrice (Valérie Dréville), conception Jérôme Bel – Le Festival d’automne à Paris.

Le spectacle Danses pour une actrice signe la belle rencontre de deux arts, le théâtre et la danse, incarnés par la comédienne Valérie Dréville et le chorégraphe Jérôme Bel. La première fraie avec les maîtres, Antoine Vitez, Claude Régy, Anatoli Vassiliev…,, et le second est de son côté un grand chorégraphe contemporain.

Chorégraphie et langage, corps en mouvement et texte formulé, la symbiose est heureuse, et le public assiste à la performance de la comédienne pleine d’humilité.

Valérie Dréville s’adresse au public simplement, un sourire de complicité sur les lèvres : elle raconte ses débuts modestes mais pour le moins conséquents dans un premier cours de danse à Pontoise dans le Val d’Oise, de 1968 à 1973. Elle entrera plus tard en 1988 à la Comédie-Française, qu’elle quittera en 1993, pour un parcours personnel approfondi et singulier – un éventail assuré d’audaces et d’inventions.

On n’oublie pas la jeune première dans Le Bal de Lermontov monté par Vassiliev, à la Comédie-Française, en 1992, figure radieuse au côté de Jean-Luc Boutté.

Aujourd’hui, à  cinquante huit ans, le performeuse offre aux spectateurs les rudiments de la danse classique acquis, petite fille, et qu’elle ré-accomplit avec grâce – des pas élégants réglés comme une mécanique, codifiés et répétés à l’infini.

Elle explique, en échange, la liberté que représente la danse contemporaine, reprenant l’une des chorégraphies de Isadora Ducan de 1906. Et Valérie Dréville de déployer les gestes symboliques : « désirer, aller vers, chercher, abandonner… »

Mouvements attentifs des bras, des jambes et des pieds, concentration et plaisir, et l’interprète court, ralentit, tourne sur elle-même, s’arrête, reprenant son souffle après l’exercice et buvant régulièrement de l’eau, sûre d’elle-même, de ses faits et gestes.

Elle agit de la sorte pour rappeler sur le plateau la danse de Café Müller (1978) de Pina Bausch ou un solo de Kazuo Ohno, des pas qu’elle accomplit, selon la lumière que la comédienne contrôle à la régie, et selon les musiques choisies – Chopin…, Stravinsky pour Le Sacre du printemps, chorégraphié par Nijinski pour les ballets russes de Diaghilev donné au Théâtre des Champs-Elysées en 1913.

L’interprète use de son smartphone non seulement pour « balancer » la musique de la danse, mais pour regarder sur YouTube des chorégraphies répertoriées, qu’elle s’emploie à décrire verbalement au public, mimant la danse, ses accélérations ou ses ralentissements, assise sur sa chaise quand elle déploie son corps agité et vif.

Un jeu sur l’imaginaire est proposé au public, à travers la parole déclamée par l’actrice, rejetant le formalisme pour privilégier l’imaginaire, de l’interprète au public – : un hommage rendu à la dimension spirituelle et onirique de l’art, non à sa technique.

Avant sa propre danse bien personnelle pour l’épilogue, une partition qu’elle a écrite elle-même, intitulée Sans titre -, elle s’amuse – chantant et dansant – avec le film musical américain Singin’ in the rain (1952) de Stanley Donen et Gene Kelly.

La comédienne finit par jouer sous la pluie, comme Gene Kelly, sa bouteille d’eau déversée sur la tête, et décrivant le héros qui tient son parapluie fermé sous le bras.

Facéties et amusement, Valérie Dréville reste égale et constante, paisible et souriante, exigeante et rigoureuse, accordant à son public la même confiance et la même foi qu’elle met elle-même au sens de son travail théâtral et scénique.

Les spectateurs saluent l’actrice pour savoir non seulement se tenir – danser ou « jouer la comédie », mais être soi.

Véronique Hotte

MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny, du 7 au 16 octobre, mardi, mercredi et jeudi à 19h30, vendredi à 20h30, samedi 18h30, relâches lundi et dimanche. Tél : : 01 40 33 79 13

La Commune – Centre dramatique national d’Aubervilliers, du jeudi 19 au jeudi 26 novembre, mardi 14h30, mercredi et jeudi 19h30, vendredi 20h30, samedi 18h, dimanche 16h, relâche lundi. Tél : 01 48 33 16 16.

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