Théâtre du Peuple à Bussang. Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman, conception et interprétation Simon Delétang, création musicale et interprétation Fergessen – Michaëla Chariau et David Mignonneau.

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, un oratorio électro-rock en configuration inédite au Théâtre du Peuple, texte de Stig Dagerman, traduction de Philippe Bouquet, conception et interprétation Simon Delétang, création musicale et interprétation Fergessen (Michaëla Chariau et David Mignonneau).

Un hymne à la vie et à la liberté, tel est le texte de Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, pour Simon Delétang, directeur du Théâtre de Bussang, metteur en scène et acteur, qui l’incarne avec le groupe Fergessen.

La rencontre dans une émission de télé locale avec Michaëla Chariau et David Mignonneau du groupe Fergessen correspond pour le directeur du Théâtre de Bussang à son arrivée dans les Vosges. Simon Delétang évoque une musique de douce mélancolie teintée de rock, de voix sublimes s’unissant à la perfection sonore et à leur capacité à proposer des univers très différents aux rythmes électro-rock.

« Une ode à la liberté, au libre arbitre, à la prise de conscience qu’être soi peut être déjà une force considérable, et suivant Heiner Müller selon qui « ce dont on ne peut pas parler il faut le chanter », le texte sera un chemin vers le titre de Fergessen « En attendant le bonheur » pour offrir aux spectateurs la joie d’être à Bussang ».

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier est un court essai paru en 1952 dans un magazine suédois, l’un des derniers écrits de Stig Dagerman (1923-1954). Il y développe ses réflexions sur le sens de l’existence, la mort, le suicide. Sa mort volontaire, le 4 novembre 1954, conclut brutalement ce petit ouvrage d’espoir.

« Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. »

A la fois pessimiste et confiant, le raisonnement de l’auteur suédois semble écartelé. Situé hors des certitudes – foi religieuse ou bien doute -, le narrateur attribue son malheur à la solitude et à l’isolement existentiel, ce qui induit nulle raison de vivre.

A quoi fait-il allusion ? Aux possibilités de consolation que peuvent procurer la philosophie, la croyance, la liberté, l’art – des idéaux mis à mal ad vitam aeternam.

Est-on libre ou déterminé, verse-t-on vers la consommation du monde ou l’ascèse ? La société de consommation n’est autre, en effet, qu’une société de consolation.

Danger ou sécurité, temps ou éternité ? Seule, la mort souveraine sait et décide.

Le talent de l’auteur ne contribue pas forcément au progrès de la littérature, il le sait. D’un côté, la mort, consolation d’une vie manquée, et la vie, consolation de la mort.

Dans l’esseulement, il ne reste à l’être qu’à se battre pour l’indépendance et la liberté, s’écartant de l’aliénation à l’autre, de son propre talent d’écrivain, de la dépression -, considérant le suicide comme « seule preuve de la liberté humaine ».

L’expérience existentielle advient, l’éternité ne veut rien dire. Reste l’espoir de liberté depuis ce hasard heureux d’être en vie – consolé et libre -, la vraie raison de vivre.

Simon Delétang, portrait en pied vivant, planté sur ses deux jambes, s’inscrit dans l’ici et maintenant de la scène et du monde, furieusement terrestre, alors même qu’il égraine avec conviction et brio le texte de Stig Dagerman, la tête tournée vers les étoiles parfois, ou le regard dirigé vers le public, lui portant témoignage, l’invectivant.

Si le monde est plus fort que soi, le défi est de résister encore : « Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre », rapporte l’auteur.

Et même si, comme l’écrit l’essayiste Philippe Forest (Tous les enfants sauf un), « l’esseulement radical de la souffrance, il faut l’accepter et l’impuissance à consoler également », car la nostalgie du néant laisse l’humanité sans repos, une nostalgie qui «  l’appelle en arrière afin de lui rappeler l’obscurité dont elle est issue et à laquelle, mystérieusement, elle se doit », il n’en subsiste pas moins un filet de lumière translucide et solaire qui transperce à vif les ténèbres de la voûte céleste.

Entourant le comédien, les musiciens Michaëla Chariau et David Mignonneau – beats électro et basse synthétique – accomplissent leur pop personnelle, intense et vive. 

Morceaux du groupe et voix se répondent, d’un texte à l’autre, d’un diseur à une diseuse, et les musiciens balancent rythmes et mélodies – de belles présences.

Vigueur et rigueur, le spectacle apporte sa consolation à nos temps troublés, situé sur le plateau de scène pentue. Le public est installé près des artistes, sur le lointain, et domine, comme à l’envers, la perspective de l’immense salle de bois du magnifique Théâtre du Peuple installé aux abords de la forêt vosgienne souveraine.

Un joli et délicat moment de théâtre musical.

Véronique Hotte

Théâtre du Peuple – Maurice Pottecher – , 40 rue du Théâtre, 88540 – Bussang, du 29 août au 6 septembre. Les Célestins – Théâtre de Lyon, le 26 septembre. Comédie de Colmar, les 29 et 30 septembre.

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