Parages 07 – La Revue  du Théâtre National de Strasbourg – Numéro spécial Pascal Rambert,

Photo : Jean-Louis Fernandez.

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Parages 07 – La Revue  du Théâtre National de Strasbourg – Numéro spécial Pascal Rambert,

 Comment aborder Rambert ? se demande Frédéric Vossier, animateur de la revue Parages dont le N°7 paraît en ce mois de juin, auteur et conseiller artistique au TNS.

Via un extrait de texte inédit écrit pour Isabelle Huppert. Et Claudine Galéa parle de la place  des femmes dans son œuvre. Ronan Chéneau lui adresse une lettre :

« Et puis cette profession me fatigue. Je la trouve un peu lente dans son autocritique…Ce petit monde de culture rangé du côté de la tranquillité, du détail et de l’émotion cadrés, qui ferme les yeux sur la violence politique… On peut le comprendre, il a encore trop à perdre. Dommage. Comme toi, je trouve l’époque excitante et indécise comme jamais. Voilà ce que je voulais te dire : pourquoi  les artistes et l’art ne s’en emparent-ils pas ? Pourquoi ne se mettent-ils pas en direct aux avant-postes de l’Histoire ?… »

Stanislas Nordey analyse le geste de mise en scène de Rambert qui vise parfois à l’effacer radicalement car Pascal Rambert « écrit pour et par. D’abord pour et par Audrey Bonnet et Stanislas Nordey : Clôture de l’amour. Puis pour et par Marie-Sophie Ferdane et Laurent Poitrenaux : Argument. Puis pour et par Emmanuelle Béart, Denis Podalydès et encore Audrey Bonnet et Stanislas Nordey : Répétition. »

Pour et par : au carrefour, là où l’histoire du théâtre frémit, dans ce pacte indissoluble entre l’acteur-rice et l’auteur-rice. Car Pascal Rambert a remis au centre cette question-là de la disparition du metteur en scène. Comme Georges Pérec qui soustrait la lettre e de La Disparition, la lettre e ?! Celle sans laquelle rien ne se conçoit ? Celle qui a su se rendre indispensable et invisible à la fois. »

Bérénice Hamidi-Kim mène un entretien croisé avec les actrices d’Architecture, Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Anne Brochet et Marie-Sophie Ferdane.

Jacques Weber dessine un portrait, tendre et baroque, de Rambert. Et Arthur Nauzyciel confesse une profonde histoire d’amitié entretenue avec celui-ci.

Des artistes phares de la scène internationale prennent la parole pour évoquer personnellement la figure artistique et littéraire de Pascal Rambert : Angelica Liddell, Roméo Castellucci, Tiago Rodrigues, Olivier Assayas, Oriza Hirata, et d’autres.

Hélène Thil, assistante à la création de Sœurs de Pascal Rambert, offre des bribes de son carnet de travail : « 9 octobre 2018 : Jour 5, Théâtre des Bouffes du Nord. (…) Il demande à Marina et Audrey de contenir un peu plus la colère, d’en « garder sous le pied » : « Il faut corseter un peu, ne pas exploser tout de suite. Le « je t’aime même si je te déteste », c’est une petite phrase qui dit exactement le contraire de ce qui s’est passé juste avant. C’est l’image de ce monde passé, englouti, entre elles deux. Il faut, à ce moment-là, que le spectateur se dise qu’elles vont se réconcilier. »

Et Joseph Danan revient sur cette pièce Sœurs et sur cette même scène citée :

« Rambert citant Hans-Michael Grüber : « Arrêtez de faire du théâtre ! » Tout Rambert pourrait bien se trouver dans ce paradoxe (…) : faire du théâtre contre le théâtre – d’où le recours à la performance, aux arts plastiques,  à la danse – ; se méfier du texte mais en écrire, encore et toujours …

Une pièce comme Sœurs illustre, dans la lignée de Clôture de l’amour, ce paradoxe. La pièce est sous-titrée (Marina & Audrey), ce qui n’est pas un simple hommage aux interprètes pour lesquelles elle a été écrite, Marina Hands & Audrey Bonnet, mais une manière de souligner ce truisme : ce sont elles que vous verrez sur scène, elles avant leur personnage, elles plus que leur personnage.

Rambert décrit le processus de création, qui prend sa source dans un spectacle antérieur : «  Dans Actrice, Marina et Audrey ont une scène très dure, belle. Quand on a commencé à la répéter, en les regardant, je me suis dit qu’il fallait que je fasse une extension. Non pas de cette scène ni de cette histoire, mais de l’énergie qu’elles produisaient quand elles jouaient cette scène-là. »

Non pas de cette scène ni de cette histoire. Et en effet, la suite, j’y crois moins ou disons, en toute subjectivité, qu’elle m’intéresse moins, précise Joseph Danan : Le point de départ de Sœurs est banal : deux femmes se retrouvent à l’occasion du décès de leur mère et ces retrouvailles tournent au vinaigre. »

C’est qu’en effet cette situation, que Rambert désigne lui-même comme convenue, n’est pas le vrai point de départ, dont il a fait l’aveu juste avant.

Et ce en quoi résidera pour moi la force de la représentation, ce seront les corps des deux actrices et la parole que projette leur singulière « énergie », plus (là réside le paradoxe) que le texte en lui-même ; plus ces deux actrices, performant sur la scène emblématiquement vide des Bouffes du Nord, que des supposés personnages et une situation, que la mise en scène, du reste, ne traite pas en tant que tels : les deux actrices restent au plus près d’elles-mêmes, sans composer de personnages, même si ce n’est pas de leur histoire qu’il s’agit. (…)

Dans Sœurs, la performance est première, mais elle ne cesse d’appeler le théâtre, désigné comme une possible et nécessaire représentation. Elles (Marina & Audrey) se donnent l’une à l’autre, mais cela ne suffit pas ; Elles se donnent à un public – réel – représenté par un public imaginaire, imaginé, dans une « installation »… »

Et des chaises installées par les comédiennes sur le plateau assureront la mise en abyme de la représentation, note le commentateur, afin que tout « fasse théâtre ».

Contre le vœu initial.

Une analyse particulièrement fine et juste d’un temps de théâtre admirable.

Sont publiés une suite de courriels échangés entre Pascal Rambert et Julien Gosselin durant l’été 2019. Jean-Pierre Thibaudat, « en chasseur d’oubli », chronique les premiers temps du jeune artiste volontaire et habité, et Joëlle Gayot, fidèle à l’œuvre, déplie avec précision la « folie » du tournant littéraire de 2011.

A lire aussi des témoignages attachants de Stéphane Gil et de François Berreur.

Un joli numéro de Parages sur le mythe Pascal Rambert captivant, quoi qu’il en soit.

Véronique Hotte

Parages 07 – La Revue  du Théâtre National de Strasbourg – Numéro spécial Pascal Rambert, Diffusion et distribution Les Solitaires Intempestifs.

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