Le cabinet du docteur Caligari (1919), réalisation de Robert Wiene. Le chef-d’œuvre de l’expressionnisme allemand dans une version restaurée splendide.

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Le cabinet du docteur Caligari (1919), réalisation de Robert Wiene. Le chef-d’œuvre de l’expressionnisme allemand dans une version restaurée splendide. Des films rares à voir en ligne sur arte.tv.

 L’acteur et metteur en scène allemand Robert Wiene, né en Saxe en 1881, est mort à Paris en 1938, après avoir fui l’arrivée des nazis au pouvoir. Il affirme un goût prononcé pour le baroque, les décors surréalistes, le fantastique, le mélo, le film noir.

Un titre lui vaut la célébrité, le Cabinet du docteur Caligari (Das Kabinet des Dr.Caligari), en 1919. Sur un scénario de Carl Mayer et Hans Janowitz, le film offre une apothéose de l’expressionnisme – influence de la littérature et peinture du temps. (Pierre Gras, Encyclopedia Universalis)

Cette tendance esthétique – son impasse – porte le nom de « caligarisme » : exacerbation inquiétante du jeu grinçant des acteurs, abstraction et distorsion des décors, sur un fond de tensions psychologiques – angoisse et effroi existentiels.

L’explosion expressionniste advient avec le mouvement de rénovation artistique et littéraire allemand, dès 1905. Après 1918, l’expressionnisme ne se survit que quelques années. Ce phénomène esthétique n’est pas issu des décombres de la République de Weimar, il en a été le rêve prémonitoire, la prophétie d’apocalypse.

Et si l’expressionnisme cinématographique est né en 1919 avec le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene, il trouve son accomplissement avec Nosferatu. (Joël Magny – ibidem).

Et F. W. Murnau (1888-1931) le fait passer ainsi du simple « jeu » esthétique à une dimension métaphysique, où se déploie la lutte de la Lumière et des Ténèbres. Alors que Le Cabinet du docteur Caligari se donnait comme un pur théâtre mental, le film de Murnau tire sa force d’être essentiellement tourné en décors naturels : cette « symphonie de l’horreur » surgit du réel, et le fantastique tend au surréel.

Aussi Le Cabinet du docteur Caligari  témoigne-t-il de l’influence picturale de l’expressionnisme allemand, de son chaos et de ses formes violemment torturées,

Les décors sont des tableaux peints par Walter Reimann, Hermann Warm et Walter Röhrig – des décorateurs attitrés.

La scénographie se caractérise par des ombres fortes, des lignes franches, des figures géométriques presque exagérées et le retour à une perspective frontale des décors, préféré au réalisme. Hermann Warm insiste sur le caractère fantastique et irréel de ces images éloignées de la réalité, au style graphique fantastique.

Le décor lui-même détermine le cheminement des acteurs, captif d’un espace irréel.

L’éclairage joue sur l’affrontement et les contrastes de l’ombre et de la lumière, le film s’approchant de la succession vertigineuse de gravures rendues vivantes.

Chef-d’œuvre du cinéma expressionniste, Le cabinet du docteur Caligari, sorti en 1920, est un film fantastique muet, à la fois complexe, déroutant et angoissant. Le rêve est le prolongement logique du sommeil qui constitue un élément-clé du film.

Dans une fête foraine, vers 1830, le docteur Caligari exhibe dans sa baraque Cesare, un jeune homme qu’il tient sous hypnose et capable de prédire l’avenir…

Celui-ci prédit en effet à un étudiant, Alan, qu’il ne vivra pas jusqu’à l’aube : il est assassiné dans son lit, et son ami Francis soupçonne Caligari. En outre, la jeune fille qui plaisait à Alan et à Francis est enlevée par Cesare. Poursuivi, le somnambule maléfique s’écroule après avoir abandonné son fardeau. Francis poursuit le manipulateur Caligari qui se réfugie dans un asile de fous ; or, celui-ci s’avère en être le directeur, et Francis un des patients, ainsi que la jeune fille convoitée…

Ainsi, le prologue propose une réalité : deux personnages discutent sur un banc dans un parc. Le plus jeune, Francis, raconte le drame qu’il vient de vivre…L’histoire est racontée en flash-back.

Une fête foraine s’installe dans la petite ville d’Holstenwall. Le Dr Caligari, de passage dans celle-ci, obtient, après des difficultés, l’autorisation du désagréable Secrétaire de Mairie d’installer un stand afin d’y présenter un somnambule.

Meurtres en série s’ensuivent dont serait responsable le Dr Caligari qui manipule le somnambule en vue d’enlèvements tragiques. Démasqué, Caligari sombre dans la folie, interné avec une camisole de force dans son propre asile psychiatrique.

Or, l’épilogue propose la fin du flashback et opère un renversement de situation.

Le narrateur Francis achève le récit de son aventure. Il quitte le parc pour pénétrer dans la salle principale de l’asile psychiatrique, qui est remplie de malades mentaux. Il y croise le somnambule et la jeune fille aimée des deux protagonistes qui tient des propos incohérents… Derrière lui, un homme descend les escaliers.

Le directeur de l’asile a les traits de Caligari. Francis l’aperçoit et tente de l’empoigner : il est maîtrisé par des infirmiers et conduit dans une cellule d’isolement.

Le directeur l’examine et s’exclame : J’ai enfin compris sa démence, il me prend pour le mystique Caligari ! Je connais maintenant le moyen de le guérir !

Le spectateur se réveille : le prologue, où les deux amis conversaient sur une histoire de mort-vivant et de meurtres commis, se passait dans un asile d’aliénés. Et seul, l’épilogue retourne à la réalité, la partie centrale n’étant qu’un rêve, la vision d’un fou.

Ce classique des années 1920 transcende les limites du film muet et des technique de prise de vues de l’époque grâce à sa dimension artistique. Plonger dans cet univers onirique revient à vivre une expérience inouïe.

Le film introduit une iconographie, des thèmes, des personnages et des expressions qui initieront des films comme Dracula, réalisé par Tod Browning et Frankestein, tous les deux sortis en 1931, ou La Fiancée de Frankenstein de James Whaleen en 1935.

Le cabinet du docteur Caligari se révèle, en tout cas, comme une véritable merveille de l’art expressionniste visitant allègrement les rives du fantastique.

Véronique Hotte

Le cabinet du docteur Caligari (1919), réalisation de Robert Wiene. Le chef-d’œuvre de l’expressionnisme allemand dans une version restaurée splendide. Des films rares à voir en ligne sur arte.tv.

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