Le Tempestaire (1947), avec les pêcheurs et les gardiens de phare de Belle-île-en Mer, film réalisé par Jean Epstein. Des films rares à voir en ligne sur le site Henri de La Cinémathèque française.

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 Le Tempestaire (1947), avec les pêcheurs et les gardiens de phare de Belle-île-en Mer, film réalisé par Jean Epstein, 23 mn 05. Des films rares à voir en ligne sur le site Henri de La Cinémathèque française.

Une jeune fille s’inquiète de l’absence de son fiancé parti en haute mer. Elle s’en va trouver un tempestaire – un guérisseur des vents -, sorte de mage ou devin qui, selon une antique croyance, a le pouvoir de commander aux éléments naturels.

A propos du film (1947), qui sera restauré en 2013, le réalisateur Jean Epstein écrit :

« Le premier personnage – et personnage surhumain – dont il fallait s’assurer la collaboration pour pouvoir réaliser Le Tempestaire, c’était évidemment la tempête. »

Au lendemain de la guerre, le film est enfin réalisé, après une période cruelle où Jean et Marie Epstein, le frère et la sœur, ont été empêchés et attachés à un bureau administratif de la Croix-Rouge, après encore avoir évité de justesse la déportation.

Jean Epstein peut boucler encore son cycle océanique breton avec Le Tempestaire dont le cadre est Belle-Île. Un pur poème audiovisuel où le cinéaste offre une synthèse de ses recherches, en expérimentant, entre autres moyens technico-artistiques, le « ralenti sonore » qui traduit les modulations des vagues et du vent.

Le film, selon Emilie Cauquy, représenterait une manière de synthèse de l’inspiration réaliste et des recherches formelles mystiques d’Epstein. L’histoire du Tempestaire est écrite d’après la légende traditionnelle bretonne des siffleurs-guérisseurs de vent – ces anciens, souvent reclus, qui ont le pouvoir de calmer la tempête.

Le Tempestaire est l’avant-dernier volet du cycle maritime, près de quinze ans après L’Or des mers. Le film est tourné avec les pêcheurs et les gardiens de phare de Belle-Île-en-Mer, en plein hiver 1946/1947 et loin des images touristiques estivales.

Le Tempestaire est un film-concept, et, selon les mots d’Henri Langlois dans son article fondamental de 1953 publié à la mort d’Epstein dans les Cahiers du cinéma :

« Ce n’est ni un film d’hier, ni un film d’aujourd’hui. Ce qui frappe, c’est sa profonde poésie, sa résonance humaine et l’extrême équilibre de sa composition, c’est une œuvre qui démontre ce qu’aurait pu être le cinéma si certains n’étaient pas morts. C’est un chef-d’œuvre qui préfigure l’avenir. »

Jean Epstein projetait d’adapter à l’écran la légende d’Ys, la cité engloutie, et du Bag-Noz, le « bateau de la nuit », barque des morts qui transporte l’âme des noyés.

Dans ses films les plus hardis, Epstein d’est attaché à dilater le temps à l’infini, à atteindre, au-delà des apparences, la réalité inaccessible des êtres et des choses.

Véronique Hotte

Le Tempestaire, (1947), avec les pêcheurs et les gardiens de phare de Belle -île-en Mer, film réalisé par Jean Epstein, 23 mn 05. Des films rares à voir en ligne sur le site Henri de La Cinémathèque française.

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