Supervision, un texte de Sonia Chiambretto, mise en scène de Anne Théron.

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

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Supervision, un texte de Sonia Chiambretto , mise en scène de Anne Théron.

 Apprécié souvent comme symbole français d’un art de vivre au quotidien, la cuisine française et le service hôtelier accèdent à la dimension de valeurs nationales.

Implicitement, en-deçà du spectacle d’une hôtellerie scintillante et d’une restauration recherchée, officie le monde discret et feutré du « service » et de la « supervision ».

Un peuple d’importance sans lequel rien ne saurait aller d’évidence ni d’efficacité : le veilleur de nuit, le maître d’hôtel, le réceptionniste, la femme de chambre, la gouvernante, le chef de cuisine, le second de cuisine, le commis de cuisine, le plongeur, le chef de salle, le serveur, la serveuse, le barman, la dame d’ouverture.

Une hiérarchie militaire et rigoureuse qui installe chacun à la place qui lui revient.

La mise en scène tonique par Anne Théron du texte de Sonia Chiambretto répond à l’exigence d’inventaire et de répertoire sur laquelle s’est penchée l’auteure à travers le lexique propre au milieu, les expressions verbales et gestuelles, la danse obligée.

La langue technique et poétique de Sonia Chiambretto, brute et musicale, se penche, à côté du chaos assourdissant et familier des portes qui claquent et des ustensiles de cuisine qu’on manipule bruyamment, sur des instants plus transitoires, infimes et moins collectifs – temps de repos volé, de passage, de retour à soi, de rencontre et d’ennui –, le bruit de fond de l’hôtel-restauration de la France ordinaire.

Le texte mêle fiction, documents et témoignages d’archives, inspiré d’entretiens avec des salariés divers de la profession, menés par la sociologue Sylvie Monchatre.

« Je fais les VIP bouteilles, même si c’est des bouteilles d’eau, je fais comme si c’était des bouteilles de champagne, je décore bien, je fais un petit accueil VIP mais qui ressemble à quelque chose. Et puis je suis un peu gouvernante aussi. » (Nelly)

Ana, quant à elle, assume pleinement son plaisir de servir en salle, affirmant qu’elle ne regrette pas ce choix, elle n’en avoue pas moins pourtant compter ses pas :

« Je ne rechigne pas, je ne compte pas mes heures, je compte mes pas. J’économise mes pas, je prends des raccourcis.

Ne rien oublier pour ne pas y retourner, y retourner sans rien oublier. J’économise mas pas, je protège mes jambes. »

Tension de fatigue et épuisement physique, nul ne voit la douleur de celui qui officie.

La chorégraphie de Claire Servant au service du monde professionnel hôtelier se place dans l’intérieur noir laqué d’un hôtel cossu. Et les acteurs s’expriment tant par le verbe que par la gestuelle – une danse à trois que chacun rythme en chœur.

La loi tyrannique des rythmes de travail – le coup de feu ou le rush – s’exerce selon un emploi du temps rigoureusement cadré. S’accumule ainsi l’énumération des emplois requis et des métiers répertoriés, complémentaires entre eux, que jouent, miment et simulent trois comédiens pro, amuseurs et amusés – Frédéric Fisbach, Julie Moreau et Adrien Serre -, tous au taquet quand la course démarre.

« A genoux ! Les bras en l’air ! Accroupi ! En torsion latérale ! Chaud devant, chaud ! A genoux ! Les bras en l’air ! Accroupi ! En torsion latérale ! Exécution ! Chaud devant, chaud ! Le serveur exécute les ordres du chef de rang, lequel exécute les ordres du maître d’hôtel. Chaud devant, chaud ! Préparer les tables ! Dresser le couvert ! Installer les clients ! A genoux ! Chaud devant, chaud ! »

Une course balisée avec sauts d’obstacles et reconnaissance de barrières multiples,  et des gestes mécaniques, précis, répétitifs, ordonnés, disciplinés, qui claquent, qui coupent, qui tranchent – une fuite en avant qui fraie avec la danse infernale.

Parfois, des temps de repos, de pause et de retour à soi ; cette femme de chambre, quand elle fait un lit, éprouve un plaisir certain à caresser le lissé des draps propres.

Humour, comique, distance et recul, l’ironie ludique est joueuse, et les trois acteurs facétieux font leur cabaret récréatif, gestes cassants et coupants, et heureux d’y être.

Véronique Hotte

Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier 75014 – Paris, du 28 janvier au 8 février, mardi, mercredi 20h, jeudi 19h, samedi 16h. Tél : 01 45 45 49 77.

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