La Méduse démocratique, d’après Robespierre et Sophie Wahnich, mise en scène d’Anne Monfort.

Crédit photo : Patrice Forsans.

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La Méduse démocratique, d’après Robespierre et Sophie Wahnich, mise en scène d’Anne Monfort.

Les hésitations et les scrupules de Robespierre (1758-1794) dans l’action contrastent avec sa volonté de défendre les principes dans la justice révolutionnaire.

Un échantillon de ce Révolutionnaire mythique est proposé via le spectacle – La Muse démocratique – d’après Robespierre et Sophie Warnich, que met en scène Anne Monfort : un Robespierre admirable, Damien Houssier, orateur précis et aigu.

Le démocrate réclame le suffrage universel, l’admission de tous dans la garde nationale et les jurys tribunaux, opposé à la répression des mouvements populaires.

Incarnant la Révolution française, à la fois dans ses penchants démocratiques et ses méthodes terroristes, il attire bon nombre d’admirateurs et autant de détracteurs.

Il le rappelle, Robespierre doit son éveil à la chose publique, grâce à la philosophie des Lumières, à Rousseau qui lui fait apprécier la dignité et réfléchir à l’ordre social.

La figure historique revient du passé pour commenter notre présent, il prend position sur l’état d’urgence, dément les procès intentés contre lui depuis quelques siècles.

Le réformiste souhaite libérer les pauvres de l’oppression et de la justice contre le « complot de ennemis du peuple », se défendant de l’idée de perfection et de pureté.

L’action révolutionnaire consiste à promulguer et à faire appliquer ses « principes », les fondations de l’édification de la société nouvelle harmonieuse – l’égalité des droits, la bonté et la presque-infaillibilité du peuple, la vertu tendant au bonheur.

Il appuie le mouvement pour la chute du roi, le 10 août. Lié aux démocrates parisiens, il lui est reproché les massacres de septembre qu’il dit involontaires.

À la Convention et aux Jacobins, Robespierre combat les Girondins, bourgeois égoïstes, privilégiés par la fortune et l’éducation, hostiles au peuple – à celui de Paris.

Or, la dialectique des riches et des pauvres lui paraît simpliste, le critère de la vertu et de la croyance en l’Être suprême rejetant tous les athées, même Montagnards.

« Déjà déçu par les parlementaires, Robespierre se défiait des porte-parole du peuple et admettait que, si le peuple n’avait jamais tort en principe, il pouvait cependant être induit en erreur et que, de ce fait, l’insurrection, arme suprême, risquait de tourner à l’aventure. » (Marcel Reinhard – Encyclopedia Universalis).

Le 26 juillet 1793, il entre au grand Comité de salut public, à l’apogée de sa carrière.

La Grande Terreur n’est pas l’œuvre du seul Robespierre : il annonçait la liberté, le bien-être, l’essor du commerce et des arts, la disparition de la richesse excessive et de la corruption, en somme le bonheur général, avec pour moyen la vertu.

Non suivi par le peuple, lorsqu’il intervient à la Convention le 26 juillet, il est mis hors la loi, refusant de patronner l’insurrection populaire. Le 28 juillet 1794, il est guillotiné.

Faut-il porter le deuil de la démocratie ? A-t-elle disparu à force d’être confondue avec le consensus ? Telles sont les questions d’Anne Monfort qui, avec le comédien Damien Houssier, a repris l’idée de l’entretien avec le fantôme de Robespierre que Sophie Warnich avait écrit pour la Revue Vacarme, juste après l’attentat du Bataclan.

La haine est aujourd’hui répandue sur le concept de démocratie en perte de crédit – doute, confusion et suspicion -, assimilée à l’intériorisation de la défaite de la gauche.

Un rapport manifeste se dessine entre l’actualité et l’époque révolutionnaire.

Une figure de la Révolution hautement théâtrale, Damien Houssier est un vrai Robespierre à l’éloquence claire, autoritaire et persuasive, livrant la dialectique d’un raisonnement politique raisonné, assimilé et si vécu que le discoureur s’amuse aussi.

Recul et distance décalée, l’orateur sourit en jouant le maître d’école, un incorruptible qui réitère sa foi sans réserve dans un peuple bon, et non dans ses manipulateurs.

Autour d’une grande table de bois joliment éclairée, Robespierre /Houssier nous attend, les pieds dans l’eau, pour parler franc en bonne compagnie, admirateurs ou détracteurs – ou les deux à la fois – sur la défensive, dans l’attente d’éblouissements.

Patiemment, il s’installe à la table et s’explique, argumentant et pesant tous ses mots, se levant et s’installant ailleurs, plus près toujours des spectateurs citoyens, jusqu’à ce qu’il monte sur la table même et se distorde pour qu’on l’entende encore.

Une prestation habile et de haut vol – une réflexion renouvelée sur ce que les mots de « démocratie » et de « révolution » signifieraient et voudraient finalement dire.

Véronique Hotte

Théâtre-Studio, 16 rue Marcelin Berthelot 94140 – Alfortville, du 6 au 11 janvier. Tél : 01 43 76 86 56.

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