Le Lien, pièce de François Bégaudeau, mise en scène de Panchika Velez

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Le Lien, pièce de François Bégaudeau, mise en scène de Panchika Velez

 Le lien est l’un des principes et des signes symboliques de notre civilisation : le lien permet de réunir et de maintenir ensemble deux êtres, au moins, et bien davantage. Ouf!

 Le Lien est une pièce en temps réel, raconte son auteur François Bégaudeau : le temps de l’action et le temps de la représentation coïncident, soit un moment, un bout d’existence dont le spectateur saisit peu à peu tous les éléments épars, le temps d’un dialogue entre mère et fils, finalement arbitré par une amie de la mère.

Le fils écrivain déjeune chez sa mère, retraitée de la Poste, qui vit seule depuis le départ paternel du foyer familial et celui de ses trois enfants qui ont fait leur vie.

Une rencontre littéraire dans une librairie rennaise pour un ouvrage récent est l’occasion pour le benjamin d’aller rendre visite à sa mère de laquelle il s’est éloigné. Pour la metteuse en scène Panchika Velez, les deux figures vont forcément s’affronter, une fois encore, rattrapés par le rituel d’une rancœur intime installée.

La figure de la mère est le premier objet d’amour, les autres affections prennent sens selon cet élan initial qui lie mère à enfant, source affective jusqu’à l’excès possessif :

« Peut-être n’y a-t-il pas plusieurs amours. Peut-être n’est-il qu’un seul amour. Cette vieille femme se meurt de ne posséder plus son fils : désir de possession, de domination spirituelle… » (François Mauriac, Génitrix)

L’amour maternel et l’amour filial – deux directions d’un seul sentiment fusionnel – atteignent une sorte d’absolu paradoxal et contradictoire. La mère – bonté et affection – est dispensatrice de douceur, de nostalgie et de tendresse, un attachement à soi.

Seuls lui importeraient le soin et l’éducation des enfants, des devoirs vitaux pour la continuité de la société, décrits et contrôlés par la pensée masculine dominante.

Or, si la maternité est respectable, la femme qui l’incarne suscite la méfiance car la maternité ne retire pas aux femmes les défauts que la société à dominante mâle leur prête sous toutes les latitudes : frivolité, absence de raison et de sens commun.

Sourire aux lèvres, on pourrait « coincer » le fils du Lienqui reproche sourdement à sa mère qu’elle ne l’ait jamais reconnu comme figure indépendante et libre. Un reproche que la mère pourrait lui retourner dans cet égoïsme de ne la considérer qu’en tant que pietàdouloureuse à l’écoute de ses petites insatisfactions à lui.

Les exigences sont contradictoires, d’où la révolte de la mère contre une situation injuste, le fils l’admonestant et lui égrainant ses amertumes. La mère rebelle éprouve le désir d’exister par elle-même, de ne pas perdre son identité en tant que femme.

Or, le paradoxe veut que la mère qui ne cesse de répéter à son fils qu’elle est sa mère, l’invite implicitement à réfléchir d’abord sur son statut de femme négligée.

La saveur des propos, entre clarté et sous-entendus, fait mouche à chaque fois : le fils argumente selon une dialectique incisive qui s’attache à vouloir comprendre à tout prix ce qu’il ne saisit pas ou plutôt ce que sa mère ne veut guère lui avouer. Il la poursuit, la harcèle et ne la lâche pas, comme en passant, désinvolte et tenace.

La mère révèle encore que son amour est gratuit, en cela il peut être payé de retour.

Pierre Palmade dans le rôle filial est attachant et capable d’une expression vocale et gestuelle sensible, déplaçant son corps dégingandé avec maladresse, adolescent encore. Le visage tendu, la plupart du temps, jusqu’à ce que le nœud se dénoue.

Il regarde sa mère comme une maîtresse naturelle, à la fois aimant et méfiant.

Quant à Catherine Hiégel, sa parole théâtrale magistrale assène ses vérités avec une juste évidence lumineuse et distance raisonnée – un quant-à-soi qui n’appartient qu’à elle -, entre ironie mordante, réparties placides et tendresse généreuse cachée.

Véronique Hotte

Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaieté 75014 – Paris, 50 représentations exceptionnelles, du mardi au samedi à 20h30, et matinée samedi à 17h30, relâche exceptionnelle le 20 février. Tél : 01 43 22 77 74

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