Les Tourmentes – Un Coup de Dés jamais n’abolira le hasard, poème (1897) de Stéphane Mallarmé, composition musicale de Pierre-Yves Macé,  suivi de Au désert, peinture de Blandine Leloup, mises en scène de Sylvain Creuzevault-  – Festival d’Automne à Paris

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Les Tourmentes – Un Coup de Dés jamais n’abolira le hasard, poème (1897) de Stéphane Mallarmé, composition musicale de Pierre-Yves Macé,  suivi de Au désert, peinture de Blandine Leloup, mises en scène de Sylvain Creuzevault – Festival d’Automne à Paris

 L’aventure poétique se situe au niveau du langage pour Stéphane Mallarmé (1842-1898) : une prose comme désarticulée et ballottée par les houles vives du rêve et maîtrisée pourtant grâce à une extraordinaire puissance de cohésion musicale.

Et la mélancolie triomphe dans ce poème intellectuel où le choix variable des caractères typographiques ne peut que surprendre l’attention du lecteur/spectateur.

Dans la mise en scène de Sylvain Creuzevault, la scénographie de Jean-Baptiste Bellon et les lumières de Gaëtan  Weber laissent courir sur un voile sombre le motif prépondérant qui file à travers l’œuvre en grandes capitales : UN COUP DE DES / JAMAIS / N ABOLIRA / LE HASARD. Un motif réparti sur quatre points différents du poème, un mouvement ondulatoire variant de la hauteur au milieu de page et en bas.

La Création, l’Abîme, le Chaos et la Tempête sont des espaces où se déploient les forces de Vie et de Hasard au milieu desquels a surgi le Maître, le héros opposant la pensée au néant ; ainsi sonne le dernier vers : » Toute Pensée émet un Coup de Dés ».

Le Maître a voulu opposer une volonté au destin, mais englouti par les flots du naufrage, il laisse la place à l’« ombre puérile » filiale décidée à affronter l’absurde.

Par une mer démontée, les mots chantés et lus créent le monde en même temps.

Le poème devient le livret d’un opéra confié au compositeur Pierre-Yves Macé.

La tempête sur le bateau laisse entrevoir un homme tentant de tenir un mât en déshérence, le corps écartelé comme un Christ d’une grande puissance physique.

La soprano Juliette de Massy chante – splendeur et clarté – la poésie mallarméenne, et s’inscrivent sur le voile noir les vers singuliers, pleins de mystère existentiel.

La figure du poète, écrivain et créateur, assis à sa table, fait résonner sa plume.

Apparaît également une femme déesse de blanc vêtue, adossée à un cordage. Aura passé auparavant l’ombre d’un homme dans un fauteuil roulant avec son accompagnateur.

Ce spectacle débute la série des Tourmentes de Sylvain Creuzevault, un travail sur des formes – « peintures animées », « natures vives » – mettant en scène des êtres face à des espaces naturels hostiles, avec la nature vécue comme un châtiment.

Et après l’ombre et la nuit marine sous un cosmos noir d’étoiles claires insondables, vient le second  spectacle de Sylvain Creuzevault – Au déser -, dont on a apprécié le changement de décor à vue, pendant l’entracte, grâce à l’efficacité des techniciens.

Dans un espace noir encore que la peinture de Blandine Leloup va rendre plus clair, s’impose une installation plastique – performance de comédiens et artiste – dont le fond est plus pâle et blafard, comme si le sable du désert avait recouvert de ses particules fines les interprètes eux-mêmes, de la peinture par projection.

Lionel Dray et Alyzée Soudet sont les figures errantes du désert – des migrants sur des chemins planétaires dont le ciel reste décidément sourd, des rescapés de nos guerres contemporaines actuelles.

Un rappel encore des magnifiques Pièces de guerre d’Edward Bond par Alain Françon -, ou encore un souvenir des silhouettes significatives et mythiques des pièces beckettiennes – Fin de partie et Oh les beaux jours avec un peu d’En attendant Godot puisqu’est mis en relief le motif récurrent d’un duo vivant.

Ce duo de performers affronte justement le vent de sable, allant contre le courant hostile, des créatures infiniment petites malgré la stature haute de l’homme, face à l’Univers.

Se sortiront-ils de ce piège qu’est la vie sur cette terre ? L’épreuve est remarquable.

Un travail rigoureux et inventif de Sylvain Creuzevault qui renoue ainsi avec la qualité artistique d’une vision et son accomplissement sur un plateau scénique de théâtre.

Véronique Hotte

MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis Bobigny, Festival d’Automne à Paris, du 12 au 15 décembre et Construire un feu précédé de Un Coup de dés jamais n’abolira le hasard, du 18 au 22 décembre. Tél : 01 41 60 72 72 MC93.COM

Une réflexion sur “Les Tourmentes – Un Coup de Dés jamais n’abolira le hasard, poème (1897) de Stéphane Mallarmé, composition musicale de Pierre-Yves Macé,  suivi de Au désert, peinture de Blandine Leloup, mises en scène de Sylvain Creuzevault-  – Festival d’Automne à Paris

  1. Ce spectacle est-il susceptible de me réconcilier avec Creuzevault justement ? (J’ai abhorré les Démons, à titre de curseur…) Mais là, il y a de la poésie, donc probablement plus de texte, moins d’impro, plus de jeu et moins de carnage artistico-malhonnête à coups de seins nus ou de chorégraphies inspirées par le génie supérieur etc. ?

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