Il nous faut arracher la joie aux jours qui filent, pièce filmique inspirée d’Hamlet de Shakespeare, écriture de Benjamin Porée et Mathieu Dessertine, mise en scène de Benjamin Porée

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Il nous faut arracher la joie aux jours qui filent, pièce filmique inspirée d’Hamlet de Shakespeare, écriture de Benjamin Porée et Mathieu Dessertine, mise en scène de Benjamin Porée

 Accompagné du comédien Mathieu Dessertine, le metteur en scène Benjamin Porée propose une manière nouvelle d’imaginer la pièce mythique d’Hamlet : les deux ont écrit des scenarii inspirés du drame shakespearien, retravaillant avec les acteurs au plateau pour créer collectivement un travail scénique filmique – donnant une part  très relative à des scènes filmées à l’extérieur du théâtre pour leur préférer des scènes filmées à l’intérieur de la cage de scène du théâtre des Gémeaux de Sceaux.

Une invitation à parcourir une vision rêveuse et contemporaine du mythe d’Hamlet.

Pensée intérieure – dialogue de soi à soi -, le rôle d’Hamlet s’amuse d’une intimité qui n’est pas dévoilée rigoureusement à travers le verbe scénique mais dont on devine les entrelacs privés, les doutes, les petites souffrances incertaines, grâce aux allées et venues de l’anti-héros sur le plateau, présence à la fois intense et économe.

Etre soi en restant fidèle à l’héritage parental et à la tradition ancestrale, qui respecte la transmission du pouvoir, forcément entaché d’injustice et d’iniquité. Ou bien relativiser les enjeux et accorder une importance toute relative aux malversations des uns et des autres – ici, l’épouse du roi et le frère du roi devenus amants maléfiques, des félons et des traîtres de l’intérieur du clan qui tuent le roi rival pour la couronne.

D’autant que Polonius se présente comme le grand manipulateur – de roi, reine, fils et fille, si ce n’est Hamlet qui seul devine encore les exactions d’un tel « conseiller ».

Pierre-Alain Chapuis dans le rôle s’en donne à cœur joie, entre sarcasmes, petits calculs divulgués et gaieté mimée, quand il reconnaît que sa vie privée bat de l’aile.

Le fils doit-il venger son père pour son honneur et pour la gloire – un rappel lointain de Rodrigue dans Le Cid de Corneille – ou doit-il laisser paisiblement couler ses jours en rejoignant sa belle et douce Ophélie avec laquelle il projette de s’enfuir ?

Temps, mort et survie, chacun ne goûte qu’à une existence provisoire en cette vie : « Il nous faut arracher de la joie aux jours qui filent », tel est le vers magnifique et évocateur du poète Maïakovski qui donne son titre au spectacle de Benjamin Porée.

Le film qui initie la représentation relève de l’univers paternel, relatant les faits : le père dit au fils ce qui s’est réellement passé et engage Hamlet à le venger. L’acte I correspond au travail du deuil, des souvenirs – mémoire et mort. L’acte II met au jour les mouvements irréversibles de la vie et des jours qui passent. Le dénouement voit Hamlet –  dubitatif et incertain – passer enfin au geste déterminé de l’acte vengeur.

Christophe Grégoire dans le rôle de Claudius, usurpateur du royaume fraternel incarne avec force et mise à distance de ses lassitudes un tyran cruel et sans peur, inventant la compassion pour son neveu Hamlet et vivant sa passion irréductible pour Gertrude.

Celle-ci, portée par Mila Savic, se donne sur la scène et à l’écran comme profondément humaine et sensuelle, répondant au seul désir impudique de vivre.

Maëlia Gentil est une Ophélie expressive et délicate, obstinée et pleine d’un amour fervent pour le jeune homme suicidaire en même temps qu’amant heureux : il pourrait être à son tour père, si n’avait pas mal agi encore l’effrayant Polonius.

Nicolas Grosrichard joue Laërte, frère d’Ophélie et fils de Polonius, dépassé par les événements. Et Mathieu Dessertine est un Hamlet, attachant, inquiet et réfléchi, observateur perspicace et vengeur distingué qui sait patiemment attendre son heure.

Beau cisèlement d’un travail d’envergure que le cinéma capte un peu massivement, abandonnant la scène à un vide qui rappelle certes l’isolement existentiel de l’être. Un spectacle significatif de théâtre et de cinéma – savoir-faire et quête métaphysique.

Véronique Hotte

Les Gémeaux – Scène nationale de Sceaux, 49 avenue Georges Clémenceau Sceaux, du 13 au 21 décembre 2018, les 14, 15, 19, 20 et 21 décembre à 20h, et le 16 décembre à 17h. Tél : 01 48 61 36 67

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