La Légende d’une vie, pièce de théâtre en trois actes de Stefan Zweig, traduction de Jean-Yves Guillaume, adaptation de Michael Stampe, mise en scène de Christophe Lidon

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La Légende d’une vie, pièce de théâtre en 3 actes de Stefan Zweig, traduction de Jean-Yves Guillaume, adaptation de Michael Stampe, mise en scène de Christophe Lidon

Dans les décors d’une Vienne Art Déco des années 1900 – une colonne d’or scintillant à jardin pour un rappel de Klimt et une splendide baie vitrée au lointain, cernée de lignes géométriques de métal – dont la scénographie est de Catherine Bluwal, se joue La Légende d’une viede Stefan Zweig, créée par Christophe Lidon.

La Légende d’une vie (1919) apparaît comme une illustration du Monde d’hier du même auteur viennois attaché à décrire un monde révolu auquel il ne survivra pas. Un univers intellectuel et artistique protégé mais condamné à sombrer face à l’Histoire. Ici, clivages sociaux et mensonges de sauvegarde des honorabilités.

« Un drame moral et contemporain », selon l’auteur qui écrit à son ami Romain Rolland, « le combat du fils contre la figure légendaire et faussée du père défunt qui l’opprime moralement et qu’il commence à aimer après avoir arraché le masque héroïque modelé par sa famille et reconnu l’homme coupable et humain en lui. »

Occulter l’inavouable, faire secret des dérives qui mettent à mal les bienséances, ces gestes prémédités construisent un héritage pesant dont les plus jeunes pâtissent. On sait l’écoute sensible de Zweig pour la psychanalyse de Freud, son contemporain.

Le drame d’un fils face à la légende bourgeoise d’un père construite par une mère excessive, dans lequel le père est un modèle spirituel – poète et dramaturge – duquel on ne connaît ni faiblesse ni dérive, ce que le fils ne supporte pas et rejette d’emblée.

De plus, l’héritier est un auteur qui doit tuer symboliquement le père pour trouver sa place, ce qui lui est impossible face aux murs de mensonges pressentis. La vérité adviendra par le hasard d’une rencontre avec une étrangère, l’amante de son père.

Les secrets volent en éclats pour peu à peu mettre au jour les passions d’un être banal, partagé entre le confort d’une vie bourgeoise admirée et la vérité du cœur.

L’épouse fidèle est interprétée par la vive Nathalie Dessay, organisatrice née qui ordonnance le passé d’un époux défunt selon ses vœux à elle, aidée du biographe attitré du poète qu’elle asservit et dont le rôle équivoque revient à Bernard Alane.

La petite couturière de jadis, aimée du grand maître, est une femme du temps présent qui a émigré aux Etats-Unis, patiente et noble dame qui s’est sacrifiée.

Macha Méril incarne la sagesse de l’âme et la patience existentielle, au-delà de ses propres blessures, secondant le fils pour l’ouverture d’un passage à la vraie vie, et Gaël Giraudeau cultive avec brio à la fois le découragement et l’emportement requis.

Valentine Galey joue à ses côtés une sœur aimante et attentive. Comment se départir d’une vérité officielle qui fait légende pour se trouver soi dans sa nudité ?

Un spectacle juste et délicat qui met au jour les éternelles intermittences du cœur, par-delà les mœurs mensongères et désuètes d’une époque aujourd’hui révolue.

Véronique Hotte

Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaieté 75014 Paris, depuis le 12 septembre, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 20h30, samedi à 17h et dimanche à 15h30. Tél : 01 43 22 77 74

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