Une Nuit américaine, une création autonome du diptyque Western et Shock Corridor, ponctuée d’attractions, adaptation et mise en scène de Mathieu Bauer

Crédit photo : Mathieu Bauer

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Une Nuit américaine, une création autonome du diptyque Western et Shock Corridor, ponctuée d’attractions, adaptation et mise en scène de Mathieu Bauer

 Pour le titre de son diptyque enjoué autant que rigoureux, Une Nuit américaine, qui réunit deux spectacles forts et singuliers, Shock Corridor et Western, le metteur en scène, musicien et directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil, le cinéphile Mathieu Bauer s’est souvenu du film de François Truffaut intitulé La Nuit américaine (1973).

 Les visions du concepteur ont privilégié les créateurs outre-Atlantique, tel le réalisateur Samuel Fuller avec son film emblématique à énigme Shock Corridor (1963), dont Bauer présente sur le plateau un drame musical – partition de Sylvain Cartigny -, interprété en direct sur le plateau. Pression balancée d’un rythme rock, mélodies, et refrains en chœur par les comédiens du groupe 42 de l’Ecole du TNS.

Couloir froid de l’enfermement mental – effroi, tension, maltraitance et élimination existentielle, ainsi la métaphores de la condition des laissés-pour-compte -, le drame noir Shock Corridor invite le public à suivre le parcours prémédité d’un reporter.

Décidé à obtenir le Prix Pulitzer, le journaliste enquête sur un meurtre commis dans un hôpital psychiatrique où il se fait interner comme patient, contre l’avis de sa petite amie strip-teaseuse et chanteuse de cabaret.

L’enquêteur qui simule la folie obtient finalement l’identité du meurtrier en interrogeant trois aliénés témoins du crime, au prix de son propre équilibre mental.

Certains patients sont d’anciens soldats que la guerre a laminés, d’autres font du racisme ambiant une folie obsessionnelle – à la fois, victimes et bourreaux. De même, les fantasmes nucléaires américains des sixties font sombrer d’autres encore.

Parfois, correspondant au hors-champ de l’écran du film et concrètement sur le plein champ de la scène théâtrale, le réalisateur s’entretient avec un journaliste de ses choix esthétiques et de sa vie d’aventurier, tandis que les acteurs « de second rôle » détaillent avec malice leur carrière, des rôles à répétition – meurtrier, policier, looser.

Les acteurs inventifs sont tous à leur place, individuelle en même temps que chorale, invitant le spectateur à déambuler avec eux le long du corridor, dans la chambre, dans le bureau du médecin soignant, comme sur la scène musicale de cabaret.

Et si Shock Corridor, créé en 2016, est repris pour le diptyque par les mêmes acteurs, c’est encore la même équipe performante qui invente le beau Western.

Coup de fouet revigorant et cinglant – en tout bien tout honneur – donné à la face du spectateur, le drame musical Western est inspiré de La Chevauchée des bannis de Lee Wells, œuvre portée à l’écran de façon magistrale par André de Toth en 1959.

Neige blanche et cotonneuse, cadre coupé de parois de bois avec fenêtre encastrée et sa clochette aigrelette qui tintinnabule et qu’arrêtent à leur passage les locataires.

L’Amérique se construit à vue – dispute rude entre éleveurs de troupeaux et fermiers ne voulant plus voir leur territoire endommagé, d’où l’invention du fil de fer barbelé pour cerner les surfaces de chacun.

Soit la naissance de la propriété privée et de la loi, d’autant que surviennent des bandits pourchassés par les autorités au milieu de ces affaires banalement locales – territoire à soi et femme à soi à défendre et individualité assumée contre le groupe.

Histoire de cow-boys, d’une conquête des territoires et de l’invention du droit légitime ordonnancé par la virilité agissante des hommes que les femmes enfermées contemplent, placées sous la coupe d’un père, d’un mari, d’un frère ou d’un voisin…

Or, chez Mathieu Bauer, les verrous du genre des rôle ont sauté avec malice : la femme incarne parfois le cow-boy alcoolique, rivé au whisky d’un comptoir de saloon.

Et les belles puritaines en longue robe noire et cheveux serrés en chignon savent réagir et se défendre contre le viol – elles servent à boire aux hommes certes, mais peuvent s’émanciper aussi, chanter et danser librement, chevelures lâchées au vent.

Quant aux hommes – figures singulières de beaux mâles abrutis qui s’ignorent -, ils offrent au public une danse captivante de cavaliers aguerrris, entre création imaginaire et brutalité frustre, montés sur un cheval hennissant et renâclant face au froid cruel hivernal – un tabouret en guise de monture couvert de lais de coton blanc.

Une échappée de fouets cinglants que l’on fait claquer et de cavaliers en lutte, la fresque théâtrale vivante est réussie – une tonicité donnant de l’allant et de l’élan tant aux spectateurs ravis que répondant encore à la musique live de Sylvain Cartigny.

A l’entracte des deux spectacles, esquimaux et sandwiches en vente, à côté des chansons et des musiques, et tours de magie qui amusent toujours et font sourire.

Esprit moqueur d’enfance rappelant, de manière ludique, la teneur de l’Histoire – violence, exclusion des plus faibles par les plus forts et construction d’un monde.

Véronique Hotte

Nouveau Théâtre de Montreuil – CDN, 10 place Jean Jaurès 93100 Montreuil, Une Nuit américaine, du 18 au 26 octobre à 19h30. Tél : 01 48 70 48 90. Scène nationale de Sète, Une Nuit américaine, le 9 novembre. Théâtre du Gymnase Marseille, Western, les 17 et 18 janvier 2019, Une Nuit américaine le 19 janvier. Théâtre de la Croix-Rousse Lyon, Une Nuit américaine, les 24, 25 et 26 janvier 2019. Scène nationale de BelfortUne Nuit américaine, le 1er février 2019. Comédie de Clermont-FerrandUne Nuit américaine, les 12 et 13 mars 2019

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