La Guerre des salamandres de Karel Čapek, adaptation Evelyne Loew, traduction Claudia Ancelot (Ed. La Baconnière), mise en scène Robin Renucci

Crédit photo : Jean-Christophe Bardot

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La Guerre des salamandres de Karel Čapek, adaptation Evelyne Loew, traduction Claudia Ancelot (Ed. La Baconnière), mise en scène Robin Renucci

 Pour le grand public international, Čapek est un vrai fantaisiste, révélateur du monde des robots et des gadgets. Pour ses concitoyens, il reste le conteur direct et drôle qui sait parler au petit bourgeois moyen – le « petit homme tchèque ». Il est journaliste, jardinier, voyageur, photographe, … (Jeanne Bem  – Encyclopedia Universalis)

Karel Čapek définit La Guerre des salamandres comme une œuvre de science-fiction, une fable humoristique, une « moralité allégorique », un conte d’enfance.

Un roman d’anticipation qui s’ignore en 1936, deux ans avant la mort de l’auteur.

« J’ai écrit mes Salamandres parce que c’était aux hommes que je pensais. J’ai choisi ce symbole des salamandres pas parce que je les aime plus ou moins que d’autres créatures du bon Dieu, mais parce que, vraiment, un jour, on a commis l’erreur de prendre l’empreinte d’une mégalo-salamandre du Tertiaire pour celle de l’un de nos ancêtres fossilisé. Les salamandres ont donc, entre tous les animaux, un droit historique particulier pour monter sur scène dans un rôle à notre image. »

Un prétexte bien sûr pour parler des affaires humaines, comme il l’écrit lui-même.

Dans la mise en scène de Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France – Centre dramatique national, l’auteur-narrateur est Installé dans les hauteurs de la salle de rédaction d’un journal – ambiance effervescente familière. Capek rêve et se projette dans des aventures à la Jules Verne, via un capitaine tchèque au long cours.

Le loup de mer dit avoir découvert une espèce amphibie inconnue, les salamandres – des êtres dociles, furtifs et travailleurs que les hommes soumettront à leur service.

Un patron s’y intéresse et fait travailler durement les salamandres dans des chantiers à l’autre bout du monde, loin de son entreprise qui les exploite, bâtissant sa fortune.

Journalistes et savants ont pour seul centre d’intérêt les capacités des salamandres.

L’alliance entre hommes et salamandres s’accomplit jusqu’à la révolte des secondes.

La lutte est rude, il faut aller vite devant la montée physique des eaux et les bouleversements géopolitiques ; on organise une conférence internationale ultime.

Inventivité ludique et caustique de l’auteur tchèque, l’enjeu a séduit le metteur en scène de La Guerre des salamandres. La cupidité des « plus forts » dans un contexte néo-libéral conduit ces derniers à rendre les « plus faibles » colonisés et esclaves, un choix mettant à mal non seulement les hommes mais la planète entière.

La fable écologique ne peut que nous interpeler – dérèglement climatique, désertification des territoires, fonte des glaces et montée des mers…

La mise en scène est vive, allègre, à la fois précise et joyeuse, ouverte aux points de vue et aux situations les plus divers, jouant de l’art de la B.D. avec ses figures hautes en couleur et espiègles, un rien caricaturales quand on voit la journaliste et séductrice user de tous ses atours pour « arriver » – vie professionnelle et privée.

Les interprétations sont multiples, chacun y va de sa « lucidité », étant en relation exacte avec une prise de conscience politique plus ou moins éveillée ou pertinente.

Čapek, observateur ironique, s’amuse aussi de ce qu’on peut appeler le confort des puissants, en se moquant des modes passagères et changeantes, de la presse, d’un cinéma qui a un bel avenir, du manque de lucidité des hommes petits qui se croient grands, saisis par l’aspiration forcenée à la puissance et à la destruction de l’autre.

Au milieu de la scénographie lumineuse, naïve, colorée et facétieuse – entre futurisme et années 1930 urbaines – de Samuel Poncet, les acteurs de l’aventure scénique s’en donnent à cœur joie, des figures cocasses et loufoques, moqueuses et joueuses, toujours sur le qui-vive – une expérience collective et prometteuse.

Saluons-les tous  – Judith d’Aleazzo, Solenn Goix, Julien Léonelli, Sylvain Méallet, Henri Payet, Gilbert Epron, Julien Renon et Chani Sabaty.

Spectacle vif, frappé à la fois de fantaisie romanesque et de prémonition piquante.

Véronique Hotte

Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud 75011 Paris, du 17 au 28 octobre, mardi, mercredi, vendredi à 20h, jeudi et samedi à 19h, dimanche à 16h. Tél : 01 47 00 25 20

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