La Dame aux camélias, d’Alexandre Dumas fils, adaptation de Valérie Mréjen, Arthur Nauzyciel et Pierre-Alain Giraud, mise en scène d’Arthur Nauzyciel

Crédit photo : Philippe Chancel

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La Dame aux camélias, d’Alexandre Dumas fils, adaptation de Valérie Mréjen, Arthur Nauzyciel et Pierre-Alain Giraud, mise en scène d’Arthur Nauzyciel

 Pour le metteur en scène et directeur du Théâtre National de Bretagne à Rennes, Arthur Nauzyciel qui monte La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils, la question politique de la pièce importe : comment la société fabrique-t-elle le crime ?

La bourgeoisie invente pour ses divertissements la marchandisation du corps, selon des cadres politiques et socio-économiques qui ne varient guère. Certes, l’argent détermine les rapports sociaux ou amoureux et l’institutionnalisation au XIX é de la prostitution fait l’éloge d’abord de l’identité et de la force masculines :

La relation avec la prostituée a un rôle initiatique dans la reconnaissance de la masculinité. Un homme de sexualité saine va au bordel, poursuivant l’avènement du patriarcat, des relations de soumission et de dépendance entre les genres.

La Dame aux caméliasest inspiré par l’engagement politique de Dumas fils pour l’indépendance féminine et par son amour pour la courtisane Marie Duplessis.

A travers le personnage d’Armand Duval dans le roman de 1848, Dumas fils livre une aventure presque autobiographique. En 1852, la pièce est une fiction romancée.

Dans le roman, Marguerite meurt seule, alors que dans la pièce, les amants se retrouvent juste avant sa mort, réparant l’icône abîmée pour la légende à venir.

Tandis que la voix off du narrateur installe le cadre – lieu et temps précis – et les circonstances de la vente aux enchères des biens de la défunte Marguerite Gautier, personnages, fantômes et spectres, les acteurs sur la scène incarnent des figures disparues qui ont largement frayé avec la Belle, le plus souvent, de très près.

Ces silhouettes  derrière le voile transparent de scène se souviennent et semblent évoquer la vie qui va toujours, réduits à n’être plus qu’un corps dénudé, dans le souvenir heureux de sorties à l’opéra, de soirées festives et de promenades au bois.

Ces corps se mêlent et s’emmêlent dans une chorégraphie subtile de Damien Jalet, se répondant les uns les autres, reliés par une attraction profonde. Les interprètes sont allongés sur le sol ou bien sur des canapés d’un rouge sombre, tels les rideaux et le plafond de velours lourd qui rappelle l’esthétique kitsch des maisons closes.

Les mêmes corps, non plus allongés ou recroquevillés sur le plateau mais assis, se répondent encore, un bras levé collectivement, esquissant un chœur parfait de gestes arrêtés puis repris et participant du même bal des soirées enfuies.

Et quand le rideau de scène de voilage rouge se relève pour qu’apparaissent distinctement les protagonistes, ceux-ci n’en restent pas moins irréels et comme invisibles, des figures spectrales et fantomatiques de la matière des songes.

Participent à cette belle danse lente et patiente sur la scène les acteurs Pierre Baux, Océane Caïraty, Pascal Cervo, Guillaume Costanza, Mounir Margoum, Joana Preiss et Hedi Zada, qui sont à l’écran parfois – une proximité dont on ne distingue que les bras et les jambes, les flancs et torses, fragments de corps dans des ébats intimes.

A côté de ces figurants actifs, jamais en repos, brille l’intense Marie-Sophie Ferdane, présence scénique tranquille et déclamation à la fois libre et contrôlée – le rêve et la splendeur d’une courtisane exposés selon l’esthétique d’un cérémonial à la Genet.

Véronique Hotte

Les Gémeaux – Scène Nationale, de Alexandre Dumas, mise en scène d’Arthur Nauzyciel, du 11 au 21 octobre, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 17h. Tél : 01 46 61 36 67. Comédie de Valence, les 28 et 29 novembre.La Comédie de Reims – CDN, les 4 et 5 décembre. La Comédie de Clermont-Ferrand, Scène nationale, les 11-13 décembre. Le Parvis, Scène nationale Tarbes-Pyrénées, les 16-17 décembre.Lyon – Théâtre des Célestins, du 22 janvier au 25 janvier 2019. Théâtre National de Nice, les 31 janvier et 1erfévrier. Théâtre Vidy-Lausanne, les 13-15 mars. Comédie de Caen, les 20 et 21 mars. Théâtre National de Strasbourg, du 28 mars au 4 avril. L’Apostrophe – Scène nationale de Cergy Pontoise et Val d’Oise, les 18 et 19 avril. Tandem – Scène nationale Arras-Douai, les 10 et 11 mai. La Criée – Théâtre National de Marseille, les 17 et 18 mai.

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