Douze hommes en colère de Reginald Rose, adaptation française de Francis Lombrail, mise en scène de Charles Tordjman

Crédit photo : Lot

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Douze hommes en colère de Reginald Rose, adaptation française de Francis Lombrail, mise en scène de Charles Tordjman.

 Le chef d’œuvre cinématographique de Sidney Lumet – Douze hommes en colère (1957) d’après la pièce de Reginald Rose- reste en mémoire, sans qu’on en fasse pour autant un repère, quant à sa mise en scène au théâtre par Charles Tordjman.

D’un côté, un polar mythique sexagénaire et de l’autre, une représentation scénique.

 Un jeune homme, issu des bas-quartiers, est accusé du meurtre de son père, il risque la peine de mort. Le jury composé de douze hommes se retire pour délibérer, procédant au vote : onze votent coupable, or la décision doit être prise à l’unanimité.

Le juré qui a voté non-coupable, sommé de se justifier, avoue avoir un doute, estimant que la vie d’un homme mérite une discussion plus longue : il les convainc.

Les jurés sont d’âge et de condition sociale différents, et les préjugés vont bon train, quant aux classes sociales défavorisées – un comportement qui n’a pas pris une ride et qui reste de triste actualité aujourd’hui encore -, signifiant que celui qui est pauvre – misérable et malheureux – ne peut que représenter des agissements coupables.

Les esprits sont échauffés – chaleur accablante, le ventilateur placé en hauteur ne fonctionne pas – et pour la plupart, il faut aller vite pour se dégager d’une affaire qui ne permet plus aucun doute. L’un est pressé de se rendre à un match de base-ball.

Pour eux, l’affaire est claire : le fils a poignardé son père alcoolique puis s’est enfui ; un voisin l’aurait entendu descendre l’escalier, après un cri, tandis que depuis une fenêtre d’en face, on aurait entraperçu le meurtre, lors du passage d’un train vitré.

Chacun écoute l’autre, plus ou moins attentivement, sous les directives du président.

Répliques, remarques argumentées ou gratuites, parti-pris, partialité, le chaos semble irréversible, mais la discussion progresse pas à pas, précautionneusement.

Le prévenu pourrait être innocent : le juré qui sème le doute, incarné par la sobriété tranquille de Bruno Putzulu, éclaire les onze autres par la ténacité et la constance d’un raisonnement rigoureux, mettant à bas les œillères et les préjugés de classe.

Autour de lui, tous donnent le meilleur de leurs convictions, à travers les comédiens Philippe Crubezy, Olivier Cruveiller, Adel DjemaÏ, Christian Drillaud, Pascal Ternisien.

On nomme aussi tous les autres excellents acteurs, Jeoffrey Bourdenet, Antoine Courtray, Claude Guedj, Roch Leibovici, Pierre-Alain Leleu, Francis Lombrail, Thomas Cousseau, Xavier de Gillebon et François Raüch de Roberty…

 Une rangée de citadins habillés de costumes années 1950 –  pantalon large et élégant de ville –, « mannequins » stéréotypés de papier glacé que nul doute n’effleure pour certains, satisfaits de leur confort, repliés sur leurs acquis, rétifs aux vues progressistes. Pourtant, ils adhèrent peu à peu à l’ouverture des points de vue, en dépit d’eux-mêmes.

Un mouvement politique qu’on aimerait voir se généraliser dans les esprits du temps.

Véronique Hotte

Théâtre Hébertot, 78 boulevard des Batignolles 75017 Paris, du 4 octobre au 6 janvier 2019, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 17h. Tél : 01 43 87 23 23

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