Shakespeare, Fragments nocturnes, mise en scène de Maëlle Dequiedt

Crédit photo : Studio J’adore ce que vous faites ! OnP

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Shakespeare, Fragments nocturnes, mise en scène de Maëlle Dequiedt

Maëlle Dequiedt, metteure en scène en résidence à l’Académie de l’Opéra National de Paris en 2016/2017 a présenté d’abord un workshop, Shakespeare / Fragments nocturnes ; elle crée aujourd’hui en 2018 le spectacle avec les artistes en résidence.

Shakespeare a fait don au monde d’une fantasmagorie mythique de jeunes gens. De nombreux compositeurs – Purcell, Bellini, Rossini, Thomas et Britten –, à leur tour, ont insufflé la vie à ces figures profondément humaines sur les scènes lyriques.

Shakespeare/Fragments nocturnes est composé d’extraits d’opéras qui ont tous en commun d’avoir été inspirés par des scènes du dramaturge européen, un spectacle aux confins des écritures lyriques et théâtrales, issu de la vision de Maëlle Dequiedt.

Autour de la nuit – ombres, revenants, cimetières mais aussi, étoiles et paysage lunaire d’effroi ou d’attente -, l’un des thèmes significatifs du dramaturge, la metteure en scène distingue quelques scènes amoureuses mythiques du répertoire.

Nuit de fièvre d’Ophélie, puis nuit de folie quand elle accepte de n’être qu’elle-même – aimant celui qui l’aime mais qui la rejette étrangement –  et nuit de trouble existentiel du héros éponyme de Hamlet qui réfléchit sur sa destinée fatale ; nuit d’attente longue de Giulietta qui s’inquiète pour son amant dans Roméo et Juliette.

 Nuit étrange et habitée des amoureux contrariés du Songe d’une nuit d’été – victimes hantées et manipulées malgré elles dans la toile d’araignée des désirs indistincts – intuition et usage de philtre -, et enfin la déploration de Desdémone dans Othello.

Quant à Lear de King Lear, il fait l’épreuve à la fois de l’horreur et de la lucidité quand, nu sur la lande dévastée, il tient dans ses bras sa fille défunte. Le roi déchu porte les mots des extraits du journal de Reimann sur sa création de 1968 à 1978 – une bataille virile d’épopée et de tempête, contre la nature et pour lui-même. Le souverain est en errance, chassé dans la nuit noire qui s’est abattu sur le monde.

Ces personnages connus – des figures célestes de l’imaginaire théâtral et poétique –  se croisent sans jamais se rencontrer. Dans la nuit transfigurée, reste le seul désir d’exister et d’aimer, en passant par l’écoute de trois siècles de musique – ainsi, dans le désordre, Bellini, Britten, Gounod, Purcell, Reimann, Rossini, Strauss et Thomas, sur des textes de Claude Esteban, Heiner Müller, Aribert Reimann et Billy Wilder.

La nuit est hors-de-contrôle, univers propice à tous les rêves de liberté et de désir.

Deux Giulietta se dessinent : celle de Bellini, mélancolique, celle de Gounod, vivante.

Aussi des dialogues s’instaurent-ils par-delà les siècles et les tendances musicales.

Issus de cultures autres et lointaines, les interprètes parlent les langues naturelles du monde. ils correspondent à leurs personnages, entre réel et fiction, tendus d’’abord vers les autres, leurs semblables et leurs contemporains de toutes les époques.

Sur la scène, au piano, une série d’instrumentistes, des Will – des métaphores personnifiées du désir, de la volonté et de l’obstination. Surgissent ainsi Puck et Oberon dans l’univers du Songe d’une nuit d’été. Et passent des esprits de la forêt entre Démétrius, Helena, Lysandre et Hermia : le désir se fragmente et se multiplie.

Sur la scène, la nuit noire avec la servante pour seule lumière tandis que les Will installent patiemment le décor – arbres, tenture pour le pan de la forêt, baignoire ancienne où se noie Ophélia, une couronne de roses sur la tête, un sofa de salon.

Les masques noirs – oiseaux de nuit – , les robes de tulle blanches, les robes de soirée vaporeuses et colorées, les couronnes de fleurs printanières – vert, blanc et roses – se mêlent aux tenues contemporaines, pantalon noir et chemisier blanc.

Et sonne dans l’Amphithéâtre la belle puissance musicale d’une jeunesse vigoureuse – les interprètes de l’Académie de l’Opéra National de Paris – aux voix magnifiques.

Véronique Hotte

Opéra National de Paris – Amphithéâtre Bastille, du 9 au 17 octobre 2018. OPERADEPARIS.FR

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