L’amour conjugal, d’après le roman d’Alberto Moravia, traduit de l’italien par Claude Pontet, adaptation et mise en scène de Matthieu Roy

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

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L’amour conjugal, d’après le roman d’Alberto Moravia, traduit de l’italien par Claude Pontet, adaptation et mise en scène de Matthieu Roy

L’œuvre d’Alberto Moravia combat la difficulté de saisir et de comprendre le réel – aliénation, dégoût de vivre, mépris, indifférence, peur et ennui -, par le biais subtil d’une écriture élégante, vive et précise.  Une littérature engagée dans une exploration critique de la société italienne ou occidentale contemporaine – morale et culture.

Face au spectateur – installé dans un rapport bi-frontal par-delà une table d’apparat -, dans la mise en scène soignée de Matthieu Roy de L’amour conjugal (1949)-, et glissant à l’oreille dans une grande proximité ce qui lui tient à cœur, le narrateur se dit certain de trouver le salut à travers l’amour d’une femme et la création artistique :

« Il me semble avoir droit à l’amour comme tous les autres hommes sur terre et quant à la création artistique j’étais convaincu d’y être porté par la nature de mes goûts et par un talent que, dans mes moments d’optimisme, je croyais posséder.

Le regard du narrateur-personnage Silvio est concentré, entièrement dévolu à l’intrigue en cours, comme posé d’emblée au premier plan, sous le regard attentif d’un public invité à écouter ses aveux et confidences les plus intimes. La narration progresse en même temps que l’éveil à la conscience critique du protagoniste.

Le dispositif scénographique plonge les spectateurs au cœur même de la narration, invités à partager au plus près l’espace du couple – la salle à manger et son fauteuil.

Chaque convive théâtral – bonheur de l’écoute, du regard et de la complicité spatiale avec les deux personnages, Silvio et Léda, – écoute le texte de la pièce à l’aide d’un casque audio. Les moindres sensations et perceptions de l’instant vécu – à travers ce dispositif technologique – sont à la fois sonorisées et spatialisées, révélant les diverses adresses entretenues dans le roman et réadaptées par Matthieu Roy.

Discours intérieur et méditation personnelle, adresse au lecteur-spectateur d’une conscience vivante et sa progression, puis dialogue entre les deux partenaires. A cela s’ajoutent, glissés subrepticement dans l’oreille de chacun, non seulement les bruits de la rue romaine – marteaux piqueurs des travaux urbains, passages des voitures – et les chants d’oiseaux de la campagne toscane, mais encore les mastications de Silvio à table, ses lentes dégustations de vins et ses respirations.

Grand ordonnateur et manipulateur, le « héros » raconte, commente, analyse et critique, ce qui provoque une dissociation sensible – saveur, goût, parfum, toucher – entre ce qui est dit ou bien intériorisé par le narrateur, entre pensée et vie vécue.

Léda – la femme – évoque la perdition ou le salut prometteur, ligotant l’homme dans la corruption bourgeoise ou s’imposant comme le rêve d’un bonheur et d’un ailleurs.

Johanna Silberstein, souvent silencieuse et contemplative, est plutôt mystérieuse et « in-décidée », figure à la fois de liberté mais aussi de sagesse et de raisonnement.

Le personnage masculin que joue avec brio Philippe Canalès, esthète volontaire désirant maîtriser sa vie à tout prix au-delà de la trahison féminine, résiste à l’échec.

Contemplation et jeu de scène, Silvio – tout comme son épouse Léda – diffuse avec talent cette évidence de vivre dans l’énigme, une présence poétique existentielle.

Véronique Hotte

La Scène Thélème, 19, rue Troyon 75017 Paris, du 3 au 20 octobre 2018, du mercredi au samedi à 19h. Théâtre Jean Lurçat Aubusson, les 8 et 9 octobre. Salle des fêtes Rouille, le 11 mai.

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