Le Tartuffe de Molière, mise en scène de Peter Stein

Crédit photo : Pascal Victor/ArtComPress

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Le Tartuffe de Molière, mise en scène de Peter Stein

Grâce à la biographie pleine de vigueur de Molière – péripéties successives et construction à pas pesés de l’œuvre dramaturgique -, publiée ce mois d’octobre 2018 par l’excellent commentateur Georges Forestier (NRF Gallimard), sont révélées les difficultés d’autorisation du Tartuffe par Louis XIV, pièce présentée d’abord en 1664, avant une seconde version en 1667, puis une troisième en 1669.

« Car prêcher « la vie en Dieu », comme le faisaient les adeptes de la dévotion, revenait à recommander l’anéantissement de soi et la pratique de l’humilité, de la pauvreté, de la pénitence, de la chasteté, ce qui impliquait de tourner le dos à la vie mondaine, gouvernée par la recherche du plaisir, et aux conceptions galantes qui recommandaient la modération en tout, et notamment … en matière de religion. »

Des différences entre la première et la seconde version apparaissent, à propos du protagoniste, entre autres : le nouveau Tartuffe, escroc endurci, loin de se laisser chasser, une fois démasqué, comme le naïf et penaud directeur de conscience de la version primitive, se révèle le vrai maître de la maison d’où on veut l’expulser.

Molière pousse en ses limites extrêmes le jeu de la donation hasardeuse à un intrus.

« Quand commença 1669, on attendait toujours Tartuffe… On dût vivre de reprises jusqu’à ce que le roi se décide enfin à dire oui à la pièce. Fort de l’aval de Louis XIV, Molière était satisfait aussi de ce qu’il avait pu afficher sa pièce sous le titre L’Imposteur ou le Tartuffe, qui combinait les deux titres interdits et annonçait que Tartuffe avait recouvré son nom, un temps effacé au profit de Panulphe ».

En signe d’apaisement, Louis XIV avait fait frapper le 1erjanvier 1669 une médaille commémorant la « Paix de l’Eglise », mais il attendait un signe ultime pour pouvoir tourner définitivement la page, et le 3 février, tombent deux « brefs » remis par le nonce du pape dans lequel Clément IX se déclarait satisfait de la « soumission » et de l’obéissance des quatre évêques jansénistes un rien excessifs…  Et Louis XIV annonça le lendemain à Molière qu’il l’autorisait à représenter la pièce.

Dans la mise en scène de Tartuffe par Peter Stein, le protagoniste qu’interprète Pierre Arditi, avec tout la morgue distanciée qu’on lui connaît, ne craignant pas de blesser les bienséances quand il s’adresse à la maîtresse de maison, goujat au possible, s’amuse d’une sournoiserie tranquille et d’une dissimulation paisible, faisant perdre la raison au maître de céans, un Orgon incarné par le très humain Jacques Weber, grugé dans sa passion aveugle pour le trompeur.

Isabelle Gélinas est une belle épouse, respectable et élégante ; Manon Combes, une fieffée servante facétieuse qui n’a ni son regard ni sa langue dans sa poche ; Madame Pernelle par Catherine Ferran est une mère austère, entrée en dévotion entière pour Tartuffe. Jean-Baptiste Malartre se glisse à merveille dans le rôle du beau-frère honnête homme et courtisan ; Félicien Juttner est le jeune fils fougueux d’une famille bouleversée par la présence pesante d’un intrus hypocrite.

La scénographie d’un blanc lumineux se donne sur deux niveaux avec un large escalier tournant ; et les personnages de la plus belle pièce de Molière se meuvent avec grâce, comme exposés à l’œil du spectateur dans la clarté d’une mise en relief.

Quand les compagnons déménageurs, vêtus du noir traditionnel et d’une capuche, la corde enroulée sur le dos, surgissent pour jeter les propriétaires hors de chez eux, ils éveillent dans le souvenir de chacun le rappel effrayant de figures fondamentalistes.

De même, l’image finale fait mouche quand apparaît l’Exempt, l’émissaire du Roi : sur le lointain, un soleil de rayons dorés s’installe majestueusement ; Tartuffe est ligoté – panoplie noire à capuche -, emporté en Enfer – figure diabolique terrorisante.

Véronique Hotte

Théâtre de la Porte Saint-Martin,18 bd Saint-Martin 75010 Paris, dès le 14 septembre, du mardi au vendredi 20h, samedi 20h30 et dimanche16h. Tél : 01 42 45 53 66  

 

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