Points de non-retour (Thiaroye), texte (Arche Editeur) et mise en scène Alexandra Badea

Crédit photo : Simon Gosselin

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Points de non-retour (Thiaroye), texte (Arche Editeur) et mise en scène Alexandra Badea

  « Mobilisés en 1939 pour libérer la France, faits prisonniers par les Allemands durant les combats de mai-juin 1940, les soldats originaires des colonies d’Afrique du Nord passèrent leur temps de captivité dans les fronstalags en zone occupée …

En 1941, près de 70 000 hommes sont internés dans 22 fronstalags. » (Armelle Mahon, auteure de Prisonniers de guerre « indigènes », La Découverte)

Cette captivité fait que les Tirailleurs sénégalais, puisqu’il est question d’eux, nouent des liens avec les locaux, histoires d’amour et évasions pour rejoindre la Résistance.

Après la Libération, le 5 novembre 1944, un contingent de tirailleurs sénégalais quitte Morlaix pour Dakar sur le navire britannique Circassia. Les combattants doivent être démobilisés à la caserne de Thiaroye, près de Dakar. Or, l’administration coloniale refuse de leur payer la solde promise par l’Etat, lors de leur retour sur le sol africain.

Ni rébellion, ni mutinerie. Mais l’armée coloniale ouvre le feu – un crime de masse -, jetant les victimes dans des fosses communes, camouflant les sommes spoliées.

L’événement n’est révélé au plein jour dans toute sa vérité historique qu’en 2014.

Cette mémoire inspire le spectacle Points de non-retour (Thiaroye) de l’auteure franco-roumaine Alexandra Badea, entourée de comédiens d’origines diverses, Madalina Constantin, Roumaine ; Sophie Verbeeck, Franco-Belge ; Amine Adjina, Franco-Algérien ; Kader Lassina Touré, Ivoirien ; Thierry Raynaud, Français.

Alexandrea Badea met en scène ce volet Thiaroye de la fresquePoints de non-retour, dont le deuxième volet, Quais de Seine, sera présenté en 2019 à La Colline.

L’histoire s’accomplit sur trois générations, en partant de la médiane : Amar naît au Sénégal en 1940, après la réquisition de son père, tirailleur sénégalais parti combattre l’ennemi nazi au côté des Français. Ce père ne reviendra plus…

En 1970, Amar aime Nina, jeune originaire d’Europe de l’Est, écartelée par les blessures de la même guerre sur ses parents séparés, elle-même en exil choisi. Parti sur les traces de son père, Amar quitte Nina, sans savoir qu’il sera bientôt père.

En 2000, Nora, journaliste, assure la réalisation d’une émission radio sur le massacre oublié. Pénétrant les archives – dépositions des descendants des victimes, analyses d’historiens et sociologues-, elle découvre le témoignage d’Amar.

Sur les traces d’Amar, elle rencontre le fils grandi de celui-ci, Biram, alors qu’elle est contactée par Régis, petit-fils d’un soldat français installé au Sénégal, ayant porté sa vie comme une croix, après avoir été soldat bourreau à Thiaroye, « malgré lui ».

Héritage mémoriel, transmission, repentance, dettes morales, réparation, l’Histoire de la colonisation française, entre autres, n’a pas fini de libérer ses secrets enfouis.

La scénographie de Velica Pandura est soignée, installée sur deux plans : le fond de scène est une baie vitrée en angle où sont projetées des images de nature de campagne verdoyante ou de paysage urbain de tours parisiennes, à moins que n’apparaisse, de temps à autre, la mer au large du Sénégal, un ferry au loin.

Jeu de chassé-croisé entre passé et présent, Afrique et Europe, région et ville, sur un promontoire surmontant encore une allée sablonneuse cuivrée, de jardin à cour.

Les temps de l’histoire se croisent sur la scène, les générations frayant entre elles, avant qu’un des partenaires ne s’engage dans l’au-delà ou l’en-deçà de son époque.

Eloge du temps présent ; l’un est professeur de lettres, s’interrogeant sur le bien-fondé et la sincérité citoyenne et sociale de sa mission d’enseignement ; la femme de radio ne veut ni complaire à ses supérieurs ni mentir à ses auditeurs. Le fils d’Aram – financier –  s’est construit une morale de pierre – sauvegarde personnelle.

L’écriture didactique d’Alexandra Badea, porteuse d’une exigence philosophique rare, mène les spectateurs sur la voie de l’élucidation existentielle à travers le dévoilement des dessous honteux d’une Histoire de laquelle nous sommes issus.

Véronique Hotte

La Colline, 15 rue Malte-Brun 75020 Paris, du 19 septembre au 14 octobre 2018, du mercredi au samedi à 20h, mardi à 19h, et dimanche à 16h. Tél : 01 44 62 52 52

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