La Reprise, Histoire(s) du théâtre (1), textes Milo Rau et les interprètes, conception et mise en scène Milo Rau – Festival d’Automne à Paris

Crédit photo : Hubert Amiel

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La Reprise, Histoire(s) du théâtre (1), textes Milo Rau et les interprètes, conception et mise en scène Milo Rau – Festival d’Automne à Paris

 Le théâtre – la plus ancienne forme d’art de l’humanité – est pressenti par Milo Rau et son International Institute of Political Murder, comme la faculté toujours possible de changer le monde, à partir d’abord de l’observation des contradictions sociales.

Pour ce metteur en scène suisse, journaliste et réalisateur, le théâtre est aussi un sport de combat et il monte ainsi sur le plateau la question de la violence dans la société, à travers procès et reconstituions qui interpellent directement le public.

Directeur artistique du volet de La Reprisequi initie sa série Histoire(s) du théâtre (1), une « enquête performative à long terme sur la plus ancienne forme d’art de l’humanité », Milo Rau confiera les volets suivants à d’autres artistes.

La conception de la série s’étalera sur une décennie, avec dix auteurs différents.

La question du tragique hante La Repriseà travers un fait divers belge, le meurtre homophobe d’Ihsane Jarfi, assassiné en 2012, enquête documentaire et allégorique.

 La Reprise se présente comme un essai théâtral sur la reconstitution de l’événement sordide : la violence est représentée à travers des interprètes, professionnels ou non.

Comment parler vrai sur une scène ? Telle est la problématique engagée – une leçon d’apprentissage pour le public attentif – à partir de faits à la fois précis et approximatifs. Ihsane Jarfi sort d’une boîte de nuit, entre dans une voiture où est torturé et tué par des jeunes gens enivrés qui n’avaient pas prémédité de le faire.

Sur la scène, les interprètes de la tragédie : la victime, sa mère, son père, son ex-petit ami et les tueurs, rôles décisifs dont les professionnels ou non ont conscience.

La réalité sociale de Seraing au fort chômage ouvrier est un quartier de Liège devenu célèbre par les frères Dardenne qui ont tourné leurs films dans la ville, une réserve de figurants dont font partie une retraitée lucide qui s’occupe de chiens pour améliorer ses conditions de vie (Suzy Cocco) et un magasinier DJ (Fabian Leenders), ainsi les rôles de la mère et de l’un des tueurs, emprisonné à perpétuité.

L’acteur chevronné Johan Leysen joue les maîtres d’œuvre, organisant les auditions filmées des interprètes, et avec lui, Sébastien Foucault et Sara de Bosschere. Après avoir exposé la problématique, le jury de pros écoute la teneur existentielle des figures qui se présentent à lui ; ils se mêleront à celles-ci, en jouant le drame.

Le mouvement est dialectique, partant du crime lui-même – raisons absurdes et vides de sens – qui l’ont préparé, donnant à voir le tréfonds cruel et fruste de l’humanité.

Vues de Seraing, tableaux successifs de La Reprise, solos de chacun, duo des amants et duo des parents, séances de danse alcoolisée dans la boîte de nuit avant que la voiture des meurtriers ne soit poussée sur le plateau et l’habitacle filmé.

Tom Adjibi est la victime, métier de comédien à l’humour corrosif et beau chanteur.

La Reprise, un moment de théâtre fort qui se projette sur l’immédiateté de nos vies.

Véronique Hotte

Nanterre-Amandiers CDN, 7 avenue Pablo Picasso 92022 – Nanterre Cedex, du 22 septembre au 5 octobre. Tél : 01 46 14 70 00 Le Lieu Unique à Nantes, les 9, 10 et 11 janvier 2019.

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