La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez de William Shakespeare, adaptation et mise en scène de Thomas Ostermeier

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

LaNuitDesRois4&5-®JeanLouisFernandez150.jpg

La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez de William Shakespeare, adaptation et mise en scène de Thomas Ostermeier

 Thomas Ostermeier est invité pour la première fois à la Comédie-Française, montant la comédie shakespearienne La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez, un imbroglio serré entre amours à la fois jouées et sincères, affichées et contrariées.

Selon le directeur du Français, Eric Ruf, le maître allemand choisit dans cette pièce fantasque un axe de lecture qui concerne l’équation sur la vérité du désir, mettant à mal nos certitudes concernant le caractère hétérosexuel et homosexuel de nos amours.

Une histoire de naufrage où un frère et une sœur, jumeaux ressemblants, sont sauvés chacun de leur côté, l’un pensant que l’autre s’est noyé, et réciproquement.

Viola, la jeune fille, travestie en Cesario pour survivre, entre au service du duc Orsino, âme en peine soupirant pour la comtesse Olivia qui n’en a cure. Cesario est envoyé(e) en mission auprès de l’indifférente pour que celle-ci succombe enfin au duc.

Or, la belle marquise tombe sous la loi de l’ambigu Cesario au charme troublant, « se trompant » de genre, tandis que la Viola, cachée sous Cesario, se pâme pour le duc.

Des imbroglios à la fois comiques pour le spectateur mais tragiques pour l’acteur.

Identités brouillées et confusion des sentiments, la folie et le non-sens rôdent. Sébastien (Julien Frison), le jumeau disparu, surgit de son côté, sauvé par un pirate qui l’aime (Noam Morgensztern)

Et Feste, le fou d’Olivia, mène la danse, entre jeux de langage et instrument à cordes.

Malvolio (Sébastien Pouderoux), l’intendant carriériste d’Olivia, tombe dans les sombres manigances des chevaliers ivrognes, Sir Toby – cousin de la comtesse – et Sir Andrew, l’imbécile. Sous la gouverne de la commère Maria, la dame de compagnie de la comtesse.

Et puisque l’amour est le thème privilégié de la pièce, la musique du XVII è siècle est invitée – madrigaux et passacailles,  cantates, stabat materet autre Couronnement de Poppée de Monteverdi, Frescobaldi, Vivaldi, Ferrari… , grâce à la présence d’un contre-ténor à la voix enchanteresse et un musicien au théorbe.

La dimension populaire de l’œuvre shakespearienne est servie avec un brio enthousiaste – postures farcesques et mots d’ivrognes, plaisanteries crues et rappels décomplexés de l’actualité politique exactement contemporaine. Suffirait-il de traverser une rue ou même une place pour obtenir un emploi, si Malvolio ou le fou perdait le sien ?

Les scènes grotesques et loufoques sont composées vivement, et Laurent Stocker, Christophe Montenez et Anna Cervinka s’en donnent à cœur joie, menant la danse.

Stéphane Varupenne, dans le rôle du bouffon, se tient à mi-distance des ivrognes et des maîtres, tantôt interprète musicien rigoureux, tantôt le grand acteur que l’on sait.

Le plateau offre un décor blanc et lumineux d’une île paradisiaque – arbres exotiques et présence de chimpanzés à travers l’interprétation mimétique de figurants sous une  combinaison de fourrure, décor de peau de panthère pour l’animalité universelle.

Depuis la scène jusqu’au fond de la salle, court une planche de bois, coursive qu’empruntent les comédiens, traversant l’espace au-dessus des spectateurs.

Et ceux-ci sont rois, sûrs de leur présence dans la poursuite confuse d’une identité qui échappe et leur échappe sans cesse, comme s’ils n’étaient plus les maîtres de leur destin. Une fête tournoyante et étourdissante de course d’obstacles.

Denis Podalydès dans le rôle du duc énamouré est splendide, égaré dans sa folie.

Adeline d’Hermy est piquante, sûre de son charme acidulé et souriant. Georgia Scalliet joue son double rôle avec finesse, sentiment et engouement.

Clin d’œil facétieux pour tous les personnages qui sont en petite tenue – veste d’apparat pour le haut et slip ou boxer short blanc pour le bas -, révélant la « réalité » incarnée des différences sexuelles qui ne ne vont pas forcément de soi.

Véronique Hotte

Comédie-Française, Salle Richelieu, place Colette, 75001, du 22 septembre 2018 au 28 février 2019 à 20h30, matinées à 14h. Tél : 01 44 58 15 15

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s