Maison de poupée, librement adapté de la pièce d’Henrik Ibsen, adaptation, conception et mise en scène de Lorraine de Sagazan

Crédit photo : Pascal Victor/ArtcomPress

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Maison de poupée, librement adapté de la pièce d’Henrik Ibsen, adaptation, conception et mise en scène de Lorraine de Sagazan

Du côté de la femme brille la morale de la sphère domestique privée, avec le soin porté aux enfants et à l’époux à l’intérieur du foyer familial, morale contrebalancée « équitablement », du côté de l’homme, par la sphère publique, orientée par les principes de devoir et de justice, tels sont les rôles distribués selon le sexe de l’homme et de la femme au XIX é siècle dans Une Maison de Poupée (1879) d’Ibsen.

Aujourd’hui, pense Lorraine de Sagazan qui monte la pièce féministe adaptée à une réalité strictement contemporaine, les choses ont évolué considérablement, même s’il demeure bon nombre de ratés et d’approximations. Il semblerait pourtant qu’on aille vers une égalité des droits et une possibilité de choix de vivre plus libre.

Or, perdurent les rivalités ancrées ; il est malaisé de se détacher de codes sociaux, culturels et psychologiques ancestraux, la domination masculine joue l’implicite.

Du coup, sous la baguette de la jeune femme, la situation nouvelle est inversée : le couple moderne propose une Nora active en poste à responsabilités, tandis que Torvald est un père au foyer heureux qui assure les activités diverses des enfants.

Difficile est l’existence privée et professionnelle de Nora, quand bien même la jeune cadre dynamique représenterait un idéal féminin pour certains, et un contre-modèle à bannir pour d’autres, vu la complaisance appuyée à la cause du deuxième sexe.

Mais pour la cause dramatique et scénographique en question, une Maison de Poupée se passe sur la scène de théâtre et avec le public assis sur le plateau en tri-frontal, sur des chaises d’appartement, et invité à côtoyer de près les personnages ibséniens.

Tels des proches, les figures évoluent sous les yeux des spectateurs invités, tout près du frigo, de la table, du canapé, des chaises, d’une guitare et de bouteilles de vin et de champagne à volonté, car la fête est de mise en cette célébration de Noël.

L’ami du couple est là qui vit chez eux, ironique et caustique, face au maître de maison qu’il aime, tandis qu’il révèle, gravement malade, sa mort prochaine. Dans le rôle de la tierce personne qui donne un meilleur équilibre aux relations duelles, usant d’humour et de persiflages satiriques qui trahissent le désarroi, Benjamin Tholozan est juste et en accord avec la situation fébrile et tendue qui accapare ses hôtes.

Dans le rôle de l’assistant peu recommandable de Nora, Antonin Meyer Esquerré est un Krogstad amer, sec et cassant au possible, qui retrouve sa sensibilité perdue ou abîmée grâce au retour auprès de lui de l’humble Linde, sa bien-aimée de jadis, une amie de longue date de l’époux qui est en quête d’un poste, auprès de Nora. Lucrèce Carmignac interprète une Linde attentive et raisonnable, venue du public assis.

Nora, qu’incarne l’élégance naturelle de Jeanne Fabre – mouvements à la fois épanouis et réfléchis, danse fébrile et excitation –, fait preuve de réflexion et de sensibilité. Analysant la situation qui s’offre bientôt à elle, elle s’accorde des pauses et des respirations salutaires pour mieux apprécier le point de vue de son conjoint.

Quant au rôle envahisseur de l’époux royal, il est tenu par Romain Cottard qui occupe le plateau et le verbe constamment, maître de maison accompli, se justifiant auprès de ses proches et s’auto-justifiant, s’admirant lui-même en époux socialement subversif ayant déposé les armes de la virilité, s’auto-congratulant d’une telle liberté d’esprit contrefaite.

Il est l’homme au foyer, maître de la parole, posant les questions et faisant réponse, commentant, décrivant, relatant les actes de tel ou telle, grand dieu manipulateur à l’aise chez lui comme dans le monde, une figure mondaine et moderne joliment satisfaite.

Une danse festive et scintillante – lumières et hystérie -, teintée de violence, de déception et de trahison latentes, sentiments que Nora tente de mettre au jour en vue d’une chère liberté si durement disputée aux conquérants historiques de la méprise féminine.

Véronique Hotte

Le Monfort, 106 rue Briançon 75015 Paris,  du 18 septembre au 6 octobre, du mardi au samedi à 20h30, relâches dimanche et lundi. Tél : 01 56 08 33 88

Du 9 au 13 octobre 2018- CDN de Normandie, Rouen. Les 8 et 9 novembre 2018 – Théâtre de Cornouaille, Scène nationale de Quimper. 
Le 15 novembre 2018- Le Rayon Vert, Scène conventionnée de Saint-Valery-en-Caux et le 17 novembre 2018- Festival Les Enfants du Désordre, La Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-la-Vallée, Noisiel.

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