Bruit de couloir, solo de jonglage chorégraphique par Clément Dazin – Tout public à partir de 10 ans

Crédit photo : Michel Nicolas

Bruit de couloir©Michel Nicolas 3.jpg

Bruit de couloir, solo de jonglage chorégraphique par Clément Dazin

 Jonglage, cirque, geste et danse, Clément Dazin est un interprète paradoxalement discret en sa tenue, pantalon et t-shirt noir, mais plutôt audacieux dans la technique qu’il déploie et l’esthétique afférente – un déroulé et un décomposé de mouvements chorégraphiés et à peine dansés pour les déplacements entrepris – marche avant et marche arrière, puis arrêt et pause, enfin tournoiement et demi-tour complet, silence.

Or, il manque à ce Bruit de couloirun élément d’importance pour le portrait en majesté du jongleur : la dimension ludique de la balle de jonglage qui glisse, silencieuse, entre les mains du joueur et sur celles-ci, sur la ligne des deux bras, sur le front, sur les côtés du visage et du cou de l’interprète, à la façon d’une barque légère abandonnée et voguant en toute inconscience sur l’horizon tranquille de l’eau.

Puis l’amuseur rattrape enfin sa balle – pardon, ses balles, car elles sont nombreuses à s’échapper puis à revenir dans le creux de ses mains, un nid –, il reprend ses allées et venues sur le plateau, personnage muet et mobile en réflexion.

Bruit de couloir invite le public à un étrange voyage poétique, au plus près des sensations de la fin de vie, précisément au cours de l’instant ultime avant la mort.

Soit le moment d’un film intérieur qui défilerait plus vite que voulu. Jonglage, danse contemporaine et gestuelle hip-hop, le spectacle évoque des fragments d’émotions et d’impressions via le territoire du corps confronté à l’art de la balle et du jonglage.

Inspiré par des récits d’anciens patients qui firent l’épreuve d’instants de coma, le solo évoque une vision métaphorique de la mort sous forme d’une danse jonglée qui se remémore la vie avec mélancolie. Ombre et clair-obscur, le jongleur déplie une gestuelle ample puis saccadée, fluide et légère, qui fait de la balle une partenaire.

Le performer ôte son t-shirt noir et offre aux spectateurs un dos lisse dont les omoplates saillantes apparaissent inquiétantes dans leur mise en relief : des ailes de grand oiseau incompris, empêtré sur le sol, à la manière de L’Albatros de Baudelaire.

Les balles lancées puis rattrapées permettent à l’artiste de jonglage Clément Dazin de s’envoler enfin – et le public aussi – loin dans les airs et dans l’imaginaire, touchant, sans le croire, les sommets inaccessibles qui font de la vie le sentiment compris de la beauté révélée du monde et de la saveur de l’existence.

Un spectacle de jonglage chorégraphique entre danse, cirque, jonglage et gymnastique, dont la poésie n’échappe pas aux spectateurs, agréablement surpris de leur rencontre avec un homme-marionnette remarquable qui est en même temps passé maître de la manipulation de soi et de son corps à travers les balles jonglée.

Un solo de jonglage de teneur onirique et métaphysique.

Véronique Hotte

Festival Avignon OFF, La Caserne des Pompiers, 116 rue de la Carreterie 84000 Avignon, jusqu’au 23 juillet, relâche le mardi, à 13h30. Tél : 04 90 01 90 28

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