Chili 1973 : Rock around the stadium, conception et écriture Hugues Reinert

Crédit photo : Arno HussenotCHILI 1973©Arnaud Hussenot 1.JPG

Chili 1973 : Rock around the stadium, conception et écriture Hugues Reinert

 Chili, le 11 septembre 1973, le gouvernement socialiste de Salvador Allende, élu démocratiquement trois ans plus tôt, est renversé par un coup d’état. Le général Pinochet prend le pouvoir par les armes. Le lendemain, L’Estadio Nacional de Santiago se transforme en camp de concentration où plus de douze mille opposants au pouvoir sont torturés, violés, assassinés, dont le chanteur Victor Jara.

 Pour couvrir les cris des victimes et éviter qu’ils ne parviennent aux oreilles du voisinage et de la presse internationale, Pinochet fait diffuser sans discontinuer de la musique dans les haut-parleurs du stade. Résonne ainsi Angie des Rolling Stones.

« Ce sont certainement les dictatures qui ont pris le plus vite au sérieux le football, devenu outil de propagande idéologique mais aussi instrument de cohésion sociale et d’identification nationaliste. » La Coupe du Monde 2018 récemment acquise ne dément pas un tel constat, quand on voit le déchaînement avéré de liesse populaire.

Parquée dans des stades, la population est distraite des questions sociales et politiques. Cultures populaires et renversements,  telle est l’étude scénique et musicale de la trilogie Amor – rock, foot et cinéma – du comédien Hugues Reinert.

Comment une culture populaire devient-elle celle de la domination dans laquelle le peuple n’est plus représenté ? Chili 1973 : Rock around the stadium– deuxième volet du projet – répond à la question, selon le regard du concepteur et musicien Hugues Reinert, accompagné du musicien et ingénieur de son Kevin Le Quellec .

Performance, installation sonore, concert et spectacle, cinéma et documentaire.

Avec guitares, pédales d’effet, batterie, synthé et musique rock pour salle de conférence et de ciné, pelouse de foot, vestiaires et place publique.

Après avoir symbolisé une jeunesse en révolte contre le vieux monde –  nouvelle énergie à la fois sexuelle et provocatrice – les Rolling Stones sont devenus les hauts représentants du monde occidental – la récupération marchande réussie d’une culture populaire – celle qui vient du peuple – et son renversement en culture dominante et de domination, jusqu’à devenir, depuis le concert à Cuba en 2016, des ambassadeurs légitimes des sociétés et du mode de vie capitalistes.

Les seuls de la génération des sixties à avoir traversé avec aisance le temps.

1973 est l’année des éliminatoires pour la Coupe du Monde de foot en Allemagne. Le Chili et l’URSS sont dans le même groupe qualificatif. Au match aller, le Chili obtient un nul en Russie. L’Estadio Nacional de Santiago doit accueillir le match retour le 21 novembre 1973. Dans un contexte de guerre froide, Pinochet étant soutenu par les USA, l’URSS refuse de jouer le match dans « le stade de la mort ».

La FIFA – Fédération Internationale de Football Association – missionne deux délégués sur place pour un compte-rendu de la situation ; ils concluent : « Nous avons trouvé que le cours de la vie était normal. Il y avait beaucoup de voitures et de piétons, les gens avaient l’air heureux et les magasins étaient ouverts. » Vision surréaliste…

Pour la FIFA et ses délégués, le match peut avoir lieu dans ce stade qui n’est qu’un centre d’orientation. Mais l’URSS reste inflexible et maintient le boycott.

La pièce de théâtre musical non fictionnel se penche sur le fameux match de football, mais avec la seule équipe nationale du Chili puisque les joueurs russes ne sont pas venus au Chili. Deux mois après le coup d’état du général Pinochet, le 21 novembre, la FIFA veut rendre légitime une rencontre qui n’aura pas lieu, une vitrine inventée au monde.

Avec conviction et détermination, Hugues Reinert déplie son argumentation, narrant le contexte et les événements, jouant peu au football sur la scène avant de rejoindre ses instruments de musique, et moins acteur de théâtre que narrateur et récitant.

Véronique Hotte

Festival OFF Avignon, La Caserne des Pompiers, 116 rue de la Carreterie 84000 Avignon, jusqu’au 23 juillet à 19h15. Tél : 04 90 01 90 28

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